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CHAPITRE 5 : INCANDESCENCE 1

Penulis: Darkness
last update Terakhir Diperbarui: 2025-12-03 20:39:00

LEON

L’hôtel semble avoir changé d’atmosphère pendant la nuit. L’air conditionné a un goût de poussière, les tapis roses dégagent une odeur de renfermé. Mes bagages sont faits, posés près de la porte. Un vol dans trois heures. Une vie à reprendre, comme si de rien n’était.

Je n’ai pas dormi. Mon corps est un champ de bataille sourd. Les cicatrices de l’accident palpitent d’une douleur familière, mais c’est une autre marque, plus récente, qui m’obsède. L’empreinte de ses ongles sur mes épaules, la sensation fantôme de ses cuisses autour de ma taille, le goût de sa peau salée encore sur ma langue. J’ai pris une douche brûlante, je me suis frotté jusqu’au rouge, mais son odeur , un mélange de son parfum, de ma sueur et de nous , semble imprégnée dans mes propres pores.

Je descends. Mes doigts hésitent sur le bouton de l’ascenseur. Le métal est froid. La panne est réparée, évidemment. La vie est une machine bien huilée qui efface les incidents. Je pousse un son rauque, un rire sans humour, et j’appuie.

Le ding résonne comme un glas.

Les portes coulissent. L’ascenseur est vide. Immaculé. Le miroir a été nettoyé, il brille d’un éclat impersonnel. On a même vaporisé un désodorisant floral, fade et agressif, qui tente en vain de masquer… de masquer quoi ? Rien. Il n’y a plus rien.

Je marche à l’intérieur. Je me tourne face aux portes. Le souvenir m’assaille, violent, sensoriel. Le poids d’elle contre le miroir là, à ma droite. La chaleur. Le son étouffé de nos respirations. L’obscurité rouge. Mes mains se ferment en poings. Mes cicatrices tirent.

Les portes commencent à se refermer.

Une main, fine, aux ongles encore parfaitement vernis d’un rouge profond, se glisse dans l’interstice.

Mon cœur s’arrête. Puis explose contre mes côtes.

Les portes s’ouvrent à nouveau.

Elle est là.

EMMA

Je n’avais pas prévu de le revoir. Je m’étais promis de prendre les escaliers, dix étages, peu importe. Mais mes talons, le cartable à la main, la réunion dans trente minutes… L’ascenseur était une nécessité pratique. Une concession à la vie d’avant.

Mes doigts ont agi avant que mon cerveau ne donne l’ordre. Ils se sont glissés entre les portes qui se refermaient. Comme si une force plus forte que ma volonté les guidait.

Et le voilà.

Debout au centre de la cabine. Il porte un costume sombre cette fois, taillé sur mesure, qui souligne la largeur de ses épaules, la minceur de sa taille. L’homme sauvage de la nuit dernière a été recouvert d’une couche de civilisation impeccable. Mais ses yeux… Ses yeux gris n’ont pas changé. Ils me frappent de plein fouet, et tout mon corps se souvient. Instantanément. Violemment.

Je reste pétrifiée sur le seuil. L’air entre nous est chargé d’une électricité si palpable que j’ai l’impression que mes cheveux pourraient se dresser sur ma tête. Le désodorisant floral tournoie, impuissant, incapable de couvrir le souvenir de notre odeur à nous.

Il ne dit rien. Il me dévisage. Son regard balaie mon tailleur anthracite, ma chemise blanche fermée jusqu’au col, mes cheveux tirés en un chignon strict. Il voit la femme d’affaires. Mais je sais qu’il voit à travers. Il voit les marques cachées sous la soie. Il voit la femme du miroir, aux lèvres tuméfiées, à la robe déchirée.

Je fais un pas. Puis un autre. L’ascenseur me semble plus exigu que jamais. Je me place à l’opposé, face aux portes, comme lui. Je fixe mon reflet dans l’acier poli des parois. Je suis pâle. Mes yeux sont cernés. J’ai l’air de ce que je suis : une femme qui n’a pas dormi, hantée.

Les portes se referment. L’ascenseur descend, avec une fluidité sinistre.

Le silence est un troisième occupant. Étouffant. Chargé de tout ce qui a été fait et de tout ce qui n’a pas été dit.

LEON

Elle sent le savon coûteux et le café. Rien de la nuit dernière. Elle s’est lavée, elle aussi. Elle a essayé d’effacer. Mais je vois la tension dans sa nuque, la façon dont ses doigts se crispent sur la poignée de son cuir. Je vois le léger tremblement de son genou quand elle croise les jambes.

Le miroir nous renvoie nos images parallèles, deux étrangers élégants et tendus à l’extrême. Deux fantômes.

Nous passons le 8ème étage. Le 7ème.

La pression dans ma poitrine devient intolérable. Cette femme m’a possédé. Elle m’a arraché des sons que je ne me connaissais pas. Elle a vu l’animal en moi et ne s’est pas enfuie. Elle l’a provoqué. Et maintenant, nous faisons semblant de ne pas nous connaître ?

Je me tourne lentement vers elle. Elle fixe toujours le miroir, mais je vois le pouls battre à la base de sa gorge.

— C’était insensé, hier, je dis, ma voix plus rauque que d’habitude.

Elle tressaille. Ses yeux se ferment une seconde. Elle avale avec difficulté.

— Oui.

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