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CHAPITRE 4 : COMBUSTION 2

Author: Darkness
last update Petsa ng paglalathala: 2025-12-03 20:38:28

Emma

Nous ne nous embrassons plus. Nous haletons bouche à bouche, échangeant l’air vicié, le goût de l’autre. La sueur coule en ruisseaux, mélange nos odeurs en un parfum unique, animal, indécent. Je vois défiler dans ses yeux gris chaque pensée interdite, chaque fêlure, chaque dévoration. Il voit les miennes. Il n’y a plus de masque. Nous sommes deux âmes nues, accrochées l’une à l’autre dans la chute.

La pression en moi devient un bloc de lave, un point de non-retour. C’est trop. C’est insoutenable. Je veux fuir cette intensité, je veux m’y dissoudre.

— Je… je ne vais pas tenir… 

— Lâche-toi… lâche tout pour moi 

Sa voix est brisée, un ordre, une supplique. Il accélère, devient frénétique, désespéré. Comme si le monde allait finir dans le prochain grondement de l’ascenseur.

C’est cette pensée qui fait céder la dernière digue. La fin du monde partagée avec un inconnu. Mon corps explose en une série de contractions violentes, silencieuses, qui arrachent tout de moi, âme comprise. Un cri muet déforme ma bouche. Je mords la courbe de son épaule, la peau salée, pour m’ancrer à la réalité.

Ma jouissance le fait sombrer à son tour. Il pousse un rugissement rauque, étouffé, un son de bête prise au piège, et il s’enfonce une dernière fois, à fond, jusqu’à la garde. Je sens la pulsation chaude, intime, en moi, la marque ultime et liquide de cet acte.

LEON

Elle tremble contre moi, de petits tremblements convulsifs qui parcourent tout son corps. Les miens répondent en écho. Mes bras, qui la soutiennent encore, sont en feu et en coton. Je reste en elle, recueillant les derniers soubresauts de son plaisir, les miens, mélangés.

Le temps se dissout. Il n’y a plus que le son de nos respirations haletantes, le bourdonnement lointain, le clignotement paresseux de la lumière rouge. L’odeur du sexe et de la sueur est dense, palpable, le parfum de notre crime parfait.

Je me retire enfin, lentement, et le geste est une séparation douloureuse, presque une amputation. Ses jambes lâchent prise. Elle glisse le long du miroir, incapable de se tenir debout. Je l’attrape avant qu’elle ne tombe, la guide pour qu’elle s’assoie sur le sol froid. Je m’effondre à côté d’elle, le dos contre la paroi opposée, les jambes allongées.

Le silence qui s’installe est lourd de tous les mots jamais prononcés et de tous ceux qui ne le seront jamais.

Je tourne la tête. Elle est là. Sa robe en lambeaux, remontée sur ses cuisses marbrées de l’empreinte de mes doigts. Ses lèvres sont tuméfiées, saignantes par endroits. Le rouge à lèvres a disparu, effacé par ma peau, par nos baisers. Elle fixe le plafond rougeâtre, les yeux grands ouverts, brillants d’une lueur que je ne sais pas interpréter. Est-ce du regret ? De l’effroi ? De l’émerveillement pur ?

Je tends une main. Mes doigts effleurent la marque en forme de croissant que mon collier a laissée sur la peau fine de sa nuque. Elle ferme les yeux, un frisson parcourant son corps, mais elle ne se dérobe pas.

Nous ne parlons pas. Aucun son ne pourrait être à la hauteur du vide et du plein que nous venons de vivre.

Soudain, avec un grondement mécanique et un sursaut, l’ascenseur reprend vie. La lumière principale s’allume d’un coup, blanche, crue, impitoyable.

Nous clignons des yeux, aveuglés, comme tirés d’un rêve trop vif pour être vrai.

Les chiffres au-dessus de la porte se remettent à clignoter. Le monde extérieur nous réclame.

EMMA

Le ding de l’ascenseur arrivant à mon étage est le son le plus cruel que j’aie jamais entendu.

Je me lève. Mes muscles hurlent. Mes jambes flageolent. Je tire sur le tissu de ma robe pour la remettre en place, un geste absurde, futile. Tout en moi est à nu, en désordre, marqué.

Je ne le regarde pas. Je ne peux pas. Si je croise son regard, je resterai. Je me jetterai sur lui à nouveau. Ou je m’effondrerai en larmes. Je sens son regard sur moi comme une brûlure physique, une caresse sur chaque centimètre de peau exposé.

Les portes s’ouvrent. Le couloir beige et silencieux de l’hôtel s’offre à moi. Un monde de moquette épaisse, de lumière tamisée, de normalité étouffante.

Je fais un pas. Puis un autre. Le sol semble bouger sous mes pieds.

Je m’arrête. Au bord du gouffre. Je me retourne.

Il est toujours assis par terre. Sa chemise grande ouverte sur son torse marqué, son pantalon défait. Ses cheveux en désordre. Ses yeux gris, ces yeux qui ont tout vu, me capturent une dernière fois. Il n’y a pas de tendresse. Pas d’adieu. Pas de « à bientôt ».

Il y a la reconnaissance brute, nue, de l’incendie que nous avons allumé et dans lequel nous nous sommes consumés. Une vérité sans fard.

Je tourne les talons. Je sors. Les portes se referment derrière moi dans un souffle doux et définitif, coupant le lien physique, scellant celui, bien plus profond, qui vient de se forger.

Dans le couloir, je marche. Chaque pas est un effort. L’odeur de lui, de nous, est incrustée dans ma peau. Dans mes pores. Au plus profond de moi. Indélébile.

Mon corps est une carte de ses marques, douloureuse, vivante, dévorée et dévorante.

Quelque chose en moi a brûlé jusqu’à la cendre. Quelque chose d’autre est né, ardent, vorace, et terriblement dangereux.

J’ouvre la porte de ma chambre. La vie, avec ses obligations, ses mensonges, son calme plat, m’attend, identique en apparence.

Pourtant, rien ne sera plus jamais pareil.

Et au fond de mon silence, je porte déjà la mémoire brûlante de cette chute libre. La mémoire de la chair, de la pulsion, et de l’effrayante, magnifique vérité qui nous a pris dans son étreinte de fer.

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