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Chapitre 2

Author: Léa Leblanc
Une voix de jeune fille s'est élevée derrière la porte.

Élise n'a pas compris le début de sa phrase, mais elle a immédiatement reconnu la voix de la sœur d'Arthur :

« Arthur m'a dit que tu passais la nuit ici. J'ai croisé ton assistant en arrivant, alors je sais que tu es forcément dans l'appartement. Ouvre la porte, j'ai quelque chose à te donner. »

L'homme a légèrement froncé les sourcils, mais n'a pas répondu.

La jeune fille a encore appelé plusieurs fois.

Puis, à bout de patience, elle a lancé :

« Si tu n'ouvres pas la porte, j'entre ! Je connais le code de l'appartement. »

Un silence de quelques secondes a suivi.

Puis Élise a entendu les touches du digicode.

Si la sœur d'Arthur la trouvait ici, elle n'aurait aucun moyen d'expliquer ce qui venait de se passer !

Élise a pensé à se réfugier dans la chambre.

Mais à peine avait-elle fait un pas que l'homme s'est levé du canapé et lui a saisi le poignet.

Elle a relevé les yeux, affolée.

Son visage était tout près de celui de l'homme.

Ses traits, à la fois élégants et virils, se révélaient pleinement à cette distance.

Il était grand, suffisamment pour donner à Élise l'impression d'occuper tout l'espace autour d'elle.

Il a baissé la voix :

« Je garderai ça pour moi. Mais tu dois m'aider. »

Élise l'a regardé, puis le bruit du digicode lui a fait comprendre immédiatement ce qu'il attendait d'elle.

Elle hésitait encore lorsque la porte s'est déverrouillée.

Élise a sursauté.

D'un mouvement rapide, l'homme l'a plaquée contre le mur.

Il s'est placé devant elle, la dissimulant entièrement derrière sa haute silhouette.

La porte n'était encore qu'à moitié ouverte lorsqu'il a lancé d'une voix sèche :

« Sors. »

La jeune fille devant la porte est devenue livide.

Elle a mordu sa lèvre, puis a refermé violemment la porte.

À travers la porte, Élise a même entendu un sanglot étouffé.

Le silence est enfin retombé dans l'appartement.

Élise était toujours plaquée contre le mur, complètement raide.

Son visage se trouvait presque contre le torse de l'homme.

Elle a respiré malgré elle son parfum boisé, frais et discret.

Gênée et soudain envahie par la chaleur, elle a posé une main contre le torse de l'homme pour le repousser légèrement.

Il a compris le message et s'est aussitôt écarté, reculant d'un pas pour lui laisser de l'espace.

Son expression était redevenue calme.

« Merci », a-t-il dit.

Élise s'est efforcée de garder contenance :

« Ce n'est rien. J'espère que tu… »

« Ne t'inquiète pas. Je ne dirai rien », a-t-il répondu avant même qu'elle ait terminé sa phrase.

Rassurée, Élise a quitté l'appartement.

Ce n'est qu'une fois dehors qu'elle a enfin osé respirer à pleins poumons.

Sa première réaction a été de supprimer les images des caméras de surveillance à l'entrée de l'immeuble.

La neige tombait maintenant de plus en plus fort.

Le vent glacé s'est engouffré dans son col et lui a fait réaliser qu'elle avait oublié son écharpe.

Tant pis.

Après la soirée qu'elle venait de passer, un peu de froid lui ferait peut-être du bien.

Élise n'arrivait toujours pas à croire ce qu'elle avait fait.

Elle n'avait jamais rien fait d'aussi insensé : embrasser le mauvais homme.

Troublée, elle a resserré son manteau autour d'elle et accéléré le pas avant de rejoindre sa voiture.

Puis elle est rentrée chez elle, dans l'appartement qu'elle louait.

Le lendemain, c'était dimanche.

Élise s'est accordé le luxe de dormir tard, et lorsqu'elle a ouvert les yeux, il était presque midi.

La neige avait cessé de tomber avec autant d'intensité et la ville entière était recouverte d'un épais manteau blanc.

Après s'être levée et préparée, Élise a entendu son téléphone sonner.

C'était Arthur.

« Élise, tu es chez toi ? »

« Oui. »

« Je suis devant ton immeuble. Descends. Et mets quelque chose de chaud, il fait froid dehors. »

« D'accord. »

Élise avait justement sorti des œufs pour préparer son petit déjeuner.

Elle les a finalement remis au réfrigérateur et est retournée dans sa chambre.

Elle s'est légèrement maquillée, s'est changée et a quitté l'appartement.

Arthur l'attendait devant l'immeuble, appuyé contre sa voiture.

Quelques flocons s'étaient déposés sur son manteau.

Avec son visage fin et son allure élégante, il avait toujours cette apparence douce et distinguée qui faisait son charme.

Élise s'est arrêtée un instant :

« Arthur. »

Puis elle s'est précipitée vers lui.

Il s'est redressé avec un sourire et a ouvert les bras.

Lorsqu'elle s'est jetée dans ses bras, il l'a soulevée dans un mouvement spontané et l'a fait tourner un instant avant de la reposer.

Puis il lui a ouvert la portière :

« Monte. Je t'emmène déjeuner. »

Élise s'est installée sur le siège passager.

Arthur s'est penché pour lui attacher la ceinture.

Son regard s'est alors posé sur les lèvres d'Élise et ses sourcils se sont froncés :

« Qu'est-ce que tu as à la bouche ? »

Élise a immédiatement porté une main à ses lèvres.

Le baiser de la veille avait laissé une légère marque, et même son rouge à lèvres n'avait pas réussi à la dissimuler complètement.

Heureusement, elle a réussi à garder son sang-froid :

« J'ai travaillé tard hier soir sur un dossier de conseil. J'étais tellement fatiguée que j'ai dû me mordre la lèvre sans m'en rendre compte. »

Élise n'avait pas tout à fait menti.

En effet, elle ne s'était endormie que tard dans la nuit, trop agitée par ce qui s'était passé la veille.

Un an plus tôt, Élise avait obtenu son diplôme de master.

Elle avait étudié la science des données et rêvait de devenir analyste de données.

Pourtant, elle travaillait maintenant dans une agence de conseil et de stratégie.

À l'université, elle avait longtemps cru que les compétences et les diplômes suffiraient.

Puis elle avait commencé à envoyer des candidatures.

Elle avait vite compris que, dans certains milieux, les relations et les réseaux comptaient parfois davantage.

Même lorsque son profil correspondait parfaitement aux postes auxquels elle postulait, ses candidatures n'aboutissaient pas.

Son directeur de mémoire l'avait recommandée à plusieurs entreprises, sans plus de succès.

Arthur n'a rien soupçonné.

Il a démarré et a soupiré :

« Je ne suis pas encore ruiné, tu sais. Pourquoi est-ce que tu te tues au travail comme ça ? Si tu as besoin d'argent, je peux t'en donner. Ou alors reste à la maison et profite de la vie. Tu n'as pas besoin de travailler. »

« J'ai quand même envie de me débrouiller par moi-même. Si un jour je n'ai vraiment plus le choix, je viendrai te demander de l'aide. »

Élise lui a adressé un sourire en refusant gentiment sa proposition.

Arthur lui a caressé la tête avec un air résigné :

« Très bien. Alors fais ce que tu veux tant que tu y tiens. Quand tu en auras assez, tu finiras bien par m'écouter et tu accepteras de rester tranquillement à la maison pour devenir Madame Delaunay. »

Élise n'a rien répondu.

Depuis qu'elle avait obtenu son diplôme, Arthur lui répétait qu'il ne voulait pas la voir se fatiguer dans le monde du travail.

Il aurait préféré qu'elle reste chez elle et vive sans avoir à se soucier de rien.

Mais ce n'était pas la vie qu'Élise voulait.

Voulant réussir par elle-même, elle n'avait donc pas demandé l'aide d'Arthur lorsqu'elle avait commencé à chercher du travail.

Elle avait finalement trouvé un poste dans une agence de conseil et de stratégie.

Pour le moment, elle y travaillait tout en continuant à chercher un poste davantage en rapport avec sa formation.

Après quelques minutes de silence, Arthur lui a tendu une petite boîte de pâtisseries :

« Tu n'as sûrement rien mangé. Prends ça en attendant. »

Élise avait effectivement faim.

Elle l'a remercié et a ouvert la boîte.

Une vingtaine de minutes plus tard, la voiture s'est arrêtée devant un club privé très sélect du centre-ville.

Élise connaissait l'endroit, parce qu'Arthur l'y avait déjà emmenée.

C'était l'un des lieux les plus prisés des familles les plus fortunées de Montval, où les héritiers des grands groupes venaient dîner, boire un verre ou retrouver leurs relations d'affaires.

Tout y respirait le luxe.

On racontait même que les plantes ornementales à l'entrée valaient plusieurs centaines de milliers d'euros.

Arthur y disposait d'un salon privé qu'il utilisait aussi bien pour ses rendez-vous professionnels que pour retrouver ses amis.

Une fois installés, Élise, qui avait de plus en plus faim, a insisté pour qu'ils commandent rapidement.

Mais Arthur a secoué la tête :

« Encore un peu de patience. J'ai invité quelqu'un. Il va arriver. »

Élise pensait qu'ils allaient déjeuner tous les deux.

Elle l'a regardé, surprise :

« Qui ? »

Arthur s'est assis à côté d'elle :

« Quelqu'un d'assez exceptionnel. Il dirige un véritable empire qui couvre des secteurs aussi variés que l'aérospatiale, l'énergie et les biotechnologies. »

Élise a réfléchi un instant.

Puis une idée lui est venue.

« Tu ne parlerais pas du patron du Groupe Altéa ? »

Arthur lui a caressé la tête :

« Tu connais même ça ? »

Il était impossible de ne pas connaître le Groupe Altéa.

Le groupe était immense et présent dans quantité de secteurs, dont certains correspondaient exactement au domaine dans lequel Élise rêvait de travailler.

À l'époque où elle cherchait un emploi, elle avait même espéré pouvoir intégrer un jour une entreprise de cette envergure.

Mais ce n'était resté qu'un rêve.

Le dirigeant du Groupe Altéa était réputé pour sa discrétion.

Il ne faisait pratiquement jamais d'apparition publique et personne ne savait grand-chose de lui.

Élise s'était toujours imaginé qu'un homme capable de bâtir un tel empire devait avoir au moins une cinquantaine d'années, voire davantage.

Arthur a soudain regardé vers la porte :

« Le voilà. »

Élise a suivi son regard.

La porte du salon privé s'est ouverte, et un homme est entré.

Il avançait tranquillement, vêtu d'un long manteau sombre.

Grand et droit, il avait une présence froide et maîtrisée.

Même sans dire un mot, il imposait une distance qui dissuadait naturellement quiconque de l'approcher.

Élise a senti son cœur manquer un battement.

C'était lui.

L'homme qu'elle avait embrassé par erreur la veille…

C'était le patron du Groupe Altéa ?

Elle a immédiatement baissé les yeux et s'est mise à arranger nerveusement les plis de ses vêtements, faisant mine d'être très occupée.

À côté d'elle, Arthur s'était déjà levé pour l'accueillir avec un large sourire :

« Victor ! Qu'est-ce qui t'a retenu ? Ça fait une éternité qu'on t'attend. Viens, assieds-toi ici. »
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