LOGINCamille
Le premier jour, je pense que c'est un oubli.
Je monte à l'heure habituelle, mes cruches à la main, la lanterne qui balance sa lumière tremblante sur les marches de pierre. Soixante et une marches. Je les connais par cœur maintenant. Chaque dénivelé, chaque pierre qui dépasse, chaque endroit où le vent s'engouffre par les fentes des murs.
La porte de chêne.
Je frappe tr
Son visage se durcit. — Élise n'est plus une menace. Elle est confinée dans ses quartiers. Elle ne t'approchera plus. — Elle me déteste. — Elle déteste tout le monde. Surtout elle-même. — Elle t'aime. C'est pour ça qu'elle me déteste. — Elle n'aime personne. Elle veut posséder, c'est différent. Il se penche vers moi, pose son front contre le mien. — Je suis fatigué, Camille. Fatigué de me battre. Fatigué d'avoir peur. Fatigué d'être seul. — Tu n'es pas seul. — Non ? — Non. Tu m'as. Même quand je suis en colère. Même quand tu es en colère. Tu m'as. Il respire fort, une inspiration tremblante. — Tu m'aimes ? dit-il. La question est simple. Presque enfantine. Le Seigneur, le maître du domaine, l'homme qui a tué sa femme, qui a traversé la guerre et la folie et le deuil, demande
Camille Je ne sais pas combien de temps nous restons là, dans la grande salle, nos mains liées, nos souffles mêlés, le feu qui meurt doucement derrière nous. Longtemps. Assez longtemps pour que mes larmes sèchent sur mes joues. Assez longtemps pour que la colère d'Alistair retombe, remplacée par quelque chose de plus fragile. Quelque chose qui ressemble à de la honte. — Je suis fatiguée, dis-je enfin. Ma voix est rauque, éteinte. J'ai crié. J'ai pleuré. Je n'ai plus de forces. — Moi aussi, dit-il. — Pas de la même fatigue. Toi, tu es fatigué de te battre contre des ennemis imaginaires. Moi, je suis fatiguée d'être cet ennemi. Il ne répond pas. Ses doigts serrent les miens, un peu plus fort. C'est sa seule réponse. La seule qu'il sache donner, peut-être. — Je vais monter, dis-je. Je dégage ma main. Il ne me retient pas. Je traverse la salle, mes pas résonnent sur les dalles froides. Je passe devant la table du dîner, encore dressée, avec ses couverts en argent et ses verres
Camille---Je le trouve dans la grande salle.Il est debout devant la cheminée, dos à la porte, les mains appuyées sur le manteau de pierre. Les flammes jettent des ombres mouvantes sur son visage que je ne vois pas. Ses épaules sont contractées, tendues comme des cordes prêtes à rompre.— Alistair.Il ne se retourne pas.— Alistair, écoute-moi. Ce n'est pas ce que tu crois.Un silence. Puis un rire. Un rire bref, cassant, qui n'a rien d'un rire.
Elle pose ses mains sur mon visage. Ses doigts sont mouillés, chauds. Ses yeux plongent dans les miens.— Toi, je t'aime. Lui, c'est juste un garçon que j'ai rencontré il y a deux jours. Il ne me fait rien. Rien du tout.— Mais tu lui as souri.— Parce que je suis polie. Parce que c'est ton neveu. Parce que je ne veux pas faire de vagues.Mes mains remontent dans son dos, caressent sa colonne, s'arrêtent entre ses omoplates.— Je ne supporte pas l'idée qu'on te regarde, dis-je. Qu'on te désire. Qu'on t'approche.— Personne ne m'a
Alistair---Je l'ai vue avant qu'ils ne me voient.J'étais à la fenêtre de mon bureau, une lettre à la main, le regard perdu sur la cour enneigée. Je réfléchissais à Camille. À sa mère qui refuse mon aide. À ce mariage que je veux lui proposer mais que je n'ose pas évoquer. À ce fantôme de Rosalind qui s'éloigne un peu plus chaque jour mais qui revient la nuit, dans mes rêves, avec son fusil et son sourire.Et puis je les ai vus.Camille est sortie de la chapelle, un livre à la main. Elle va souvent là-bas,
J'entends le galop d'un cheval avant de le voir.La grille s'ouvre. Un cavalier entre dans la cour, monté sur un cheval noir magnifique, couvert de sueur malgré le froid. L'homme met pied à terre, confie les rênes à un palefrenier accouru, et se tourne vers le château.C'est là que nos regards se croisent.Il est jeune. Plus jeune qu'Alistair. Vingt-cinq ans peut-être, pas plus. Des cheveux blonds, longs, attachés en catogan. Un visage fin, des yeux bleus très clairs, presque transparents. Une allure élégante, militaire presque, dans son manteau de voyage sombre.Il me voit. Il s'arrête. Son regard m







