Se connecterCHAPITRE 2
Le silence qui suivit l'impact de la gifle dans le salon privé semblait lourd, presque palpable, chargé de l'électricité statique d'un orage imminent. Lyra sentait son cœur marteler sa cage thoracique comme un oiseau affolé, mais elle refusa de baisser les yeux. Le regard de Killian Vance, fixé sur elle, avait changé. Il n'y avait plus seulement la morgue du magnat intouchable ; il y avait désormais cette lueur d'obsession malsaine, une fascination pure et vénéneuse pour la seule femme qui venait de lui marquer la chair en public.
— Sortez d'ici, murmura-t-il, sa voix basse vibrant d'une menace sourde qui valait tous les cris du monde. Avant que je ne perde le peu de contrôle qu'il me reste. Sans demander son reste, Lyra tourna les talons, sa robe rouge sang frôlant les boiseries sombres. Elle ouvrit la lourde porte de chêne et s'enfuit à travers les couloirs du quatre-vingtième étage, fuyant la foule, fuyant les regards, fuyant ce monstre aux yeux d'acier. Sa respiration était saccadée, ses mains tremblaient malgré l'armure de glace qu'elle s'efforçait de maintenir. Elle avait gagné le premier duel, mais elle savait, au plus profond de ses entrailles, qu'elle venait d'ouvrir une boîte de Pandore dont elle ne verrait jamais le fond. De l'autre côté de la porte, resté seul dans le salon, Killian passa lentement la main sur sa joue encore brûlante. Le rouge de la gifle contrastait avec la pâleur de sa peau. Un rire court, rauque et dénué de toute joie s'échappa de ses lèvres. Elle avait du feu dans les veines. Exactement ce qu'il cherchait pour pimenter sa vengeance. Le lendemain matin, l'onde de choc de la soirée n'avait pas tardé à frapper l'agence d'architecture où travaillait Lyra. Assise à son bureau, les yeux cernés par une nuit blanche, elle feuilletait des plans d'urbanisme lorsque la porte de son box s'ouvrit brutalement. Son supérieur, blême et tremblant, tenait une tablette numérique entre ses mains moites. — Lyra... c’est un désastre, bégaya-t-il. Le groupe Vance vient de résulter tous nos contrats en cours. Et... et ils rachètent notre bail immobilier. On est ruinés. Du jour au lendemain. Lyra se figea, la feuille de papier lui échappant des mains. Le piège se refermait déjà. Killian n'avait pas attendu vingt-quatre heures pour passer à l'offensive. Ce n'était plus seulement une guerre personnelle ; il venait de détruire sa vie professionnelle d'un simple coup de stylo.La rage l'emporta sur la panique. Refusant de couler sans se battre, Lyra quitta l'agence en trombe, prit sa voiture et roula à tombeau ouvert vers le quartier d'affaires, direction le siège social de Vance Industries. Personne ne l'arrêta à l'accueil ; le personnel semblait déjà instruit de sa venue, ou peut-être la terreur qu'inspirait le nom de Killian agissait-elle comme un sésame invisible.
Elle traversa l'immense open space du dernier étage, ignorant les secrétaires qui tentaient de lui barrer la route, et poussa violemment les doubles portes vitrées du bureau de Killian Vance.
L'homme était assis derrière un bureau en verre massif, dominant la skyline de la ville baignée par la lumière crue de l'après-midi. Il signait des documents avec une lenteur agaçante, comme s'il l'attendait. Lorsqu'elle fit irruption, il releva lentement la tête, un sourire narquois et glacial étirant le coin de ses lèvres. — Miss Sterling. Je vois que les mauvaises nouvelles voyagent vite, dit-il d'une voix de velours, croisant ses mains sur le bois. Lyra s'avança à grands pas, claqua ses paumes sur le bureau et se pencha vers lui, les yeux flamboyants de haine. — Vous êtes un monstre sans foi ni loi ! lacha-t-elle, la voix tremblante de colère. Détruire mon agence, licencier des innocents juste pour atteindre ma famille... C'est abject ! Vous n'avez aucune limite ! Killian se leva lentement, sa haute silhouette imposante éclipsant la lumière du jour. Il contourna le bureau, réduisant la distance entre eux à pas lents, prédateur confiant dans son territoire. — La vie n'a pas de limites, Lyra, elle n'a que des règles que vous avez choisies d'enfreindre hier soir, répondit-il en s'arrêtant à quelques centimètres d'elle, l'enveloppant de son parfum boisé. Votre père a détruit ma famille par le vol et le mensonge. Je détruis la vôtre par la loi et le pouvoir. C'est un juste retour des choses. — Alors affrontez-moi directement au lieu de vous cacher derrière vos millions et vos lois corrompues ! cria-t-elle, à bout de nerfs. Killian tendit la main, effleurant du bout des doigts la mèche de cheveux rebelle qui s'était échappée du chignon de Lyra. Un frisson violent parcourut l'échine de la jeune femme, un mélange de répulsion et d'une attraction terrifiante qu'elle détestait ressentir. — Je vous offre une alternative, murmura-t-il, son regard d'acier se plantant profondément dans le sien. Oubliez Whispering Pines. Signez l'abandon de vos parts. Et en échange, je rétablis les contrats de votre agence dès aujourd'hui. Lyra le fixa, sidérée par le cynisme de la proposition. C'était un chantage pur et simple. Un ultimatum taillé sur mesure pour briser sa fierté. — Jamais, cracha-t-elle en reculant d'un pas pour briser son emprise. Je préfère mourir que de vous donner ce que vous voulez. Le sourire de Killian s'élargit, sombre et fasciné. — Dans ce cas, mon petit chaton, préparez-vous à perdre tout le reste, car je ne lâcherai rien..A SUIVRE
CHAPITRE 6 Le soleil se leva sur Whispering Pines sans apporter la moindre chaleur. Dès six heures du matin, Lyra arpentait déjà le rez-de-chaussée, habillée d'un simple pantalon noir et d'un chemisier, observant par les fenêtres le dispositif mis en place autour de sa maison natale.L'illusion de liberté s'était évaporée. Deux gardes armés patrouillaient près de l'ancienne roseraie de sa mère ; des caméras à détecteur de mouvement avaient été discrètement encastrées dans la maçonnerie victorienne, et le portail principal restait verrouillé en permanence. Elle était prisonnière d'une forteresse de luxe. À sept heures précises, refusant d'être traînée par les gardes de Killian, elle poussa les portes de l'ancien bureau de son père , aujourd'hui devenu l'antre de Vance.L'immense pièce sentait le tabac brun et le café noir. Killian était déjà assis derrière le bureau en acajou massif, absorbé par l'écran d'un ordinateur portable. Il leva les yeux à son entrée, son regard balayant sa s
CHAPITRE 5 Le bruit des talons de Lyra sur le parquet d’ébène résonnait comme un glas à travers les couloirs immenses de Whispering Pines. Autrefois, cette maison sentait la cire d’abeille, les fleurs séchées et le feu de cheminée. Aujourd'hui, une odeur froide de cèdre, de cuir neuf et du parfum ambré de Killian avait dévoré l'air.Lorsqu'elle poussa la lourde porte en chêne sculpté de sa nouvelle chambre, son souffle se bloqua net dans sa gorge.Ce n’était pas une chambre d'amis. C’était son ancienne chambre d'enfance. Mais Killian ne s'était pas contenté de l'annexer : il l'avait profanée avec un soin chirurgical. Les tapisseries aux motifs floraux avaient été arrachées au profit d'un velours gris sombre, presque noir. Le grand lit à baldaquin, où sa mère venait lui border ses couvertures, avait été remplacé par une structure monumentale en fer forgé et draps de soie anthracite. Seul restait, posé sur une coiffeuse moderne, un ancien portrait encadré de Lyra adolescente.Il n'avai
CHAPITRE 4 :Les mots de Killian résonnaient encore dans l'esprit de Lyra comme un arrêt de mort. De retour dans son appartement plongé dans le noir, elle passa la nuit entière à faire les cent pas, luttant contre la panique qui menaçait de la submerger. Chaque meuble, chaque tableau semblait lui rappeler qu'elle était sur le point de tout perdre. Pourtant, céder à son chantage signifiait renoncer à sa liberté, se livrer corps et âme à un prédateur qui ne cherchait qu'à la consumer.À l'aube, les premières lueurs du jour peignèrent le ciel d'une teinte grise et morose. À sept heures précises, un coup violent retentit à sa porte. Ce n'était pas la police, ni un simple huissier, mais deux hommes en costume mandatés par la holding Vance. Ils ne prirent même pas la peine d'attendre son accord : l'ordre d'expulsion venait d'être validé en urgence par un juge complaisant, acheté ou menacé par l'influence démesurée de Killian.— Vous avez une heure pour rassembler vos affaires, Mademoiselle
CHAPITRE 3Les mots de Killian résonnaient encore dans l'esprit de Lyra comme un écho funeste tandis qu'elle quittait la tour Vance, le cœur battant la chamade. Elle avait refusé son chantage, persuadée que sa fierté et sa résistance tiendraient lieu de bouclier. Mais la réalité du monde impitoyable des affaires frappa avec la brutalité d'un couperet dès le lendemain matin.Au réveil, son téléphone portable s'affola. Une succession de notifications et de messages alarmants de ses anciens collègues et partenaires s'affichait sur l'écran.— Lyra, c'est l'enfer. Les banques viennent de geler tous les comptes de l'agence. Et la ville a rejeté notre permis pour le grand projet du centre-ville, expliqua sa directrice associée, la voix brisée par les sanglots, à travers le combiné. On est blacklistés partout. Personne ne veut plus travailler avec nous. C'est le groupe Vance, ils ont acheté ou menacé tous nos investisseurs.Lyra sentit le sol se dérober sous ses pieds. Installée sur le rebord
CHAPITRE 2 Le silence qui suivit l'impact de la gifle dans le salon privé semblait lourd, presque palpable, chargé de l'électricité statique d'un orage imminent. Lyra sentait son cœur marteler sa cage thoracique comme un oiseau affolé, mais elle refusa de baisser les yeux. Le regard de Killian Vance, fixé sur elle, avait changé. Il n'y avait plus seulement la morgue du magnat intouchable ; il y avait désormais cette lueur d'obsession malsaine, une fascination pure et vénéneuse pour la seule femme qui venait de lui marquer la chair en public.— Sortez d'ici, murmura-t-il, sa voix basse vibrant d'une menace sourde qui valait tous les cris du monde. Avant que je ne perde le peu de contrôle qu'il me reste.Sans demander son reste, Lyra tourna les talons, sa robe rouge sang frôlant les boiseries sombres. Elle ouvrit la lourde porte de chêne et s'enfuit à travers les couloirs du quatre-vingtième étage, fuyant la foule, fuyant les regards, fuyant ce monstre aux yeux d'acier. Sa respiration
CHAPITRE 1 Le sommet de la tour Vance scintillait de mille feux, dominant la ville comme un oeil de métal et de verre suspendu dans le vide. Au quatre-vingtième étage, le bal de charité annuel de la fondation battait son plein. C'était un théâtre d'ombres sophistiquées, une parade de grands crus, de smokings impeccables et de robes de haute couture qui bruissaient au rythme d'un orchestre de jazz feutré. Les lustres en cristal répandaient une lumière artificielle et glacée sur des visages figés dans des sourires convenus. Un monde de requins costumés, où chaque poignée de main cachait une lame prête à trancher.Près d'une immense baie vitrée incurvée, Lyra Sterling ajusta les bretelles fines de sa robe fourreau. Une couleur rouge sang, provocatrice, presque indcente dans ce sanctuaire de la neutralité bourgeoise. C’était son armure. Une armure de soie et de défi qu'elle avait endurée avec la rage au ventre. Elle n'était pas là pour célébrer la philanthropie hypocrite de ses hôtes, ni







