LOGINÀ peine furent-ils sortis que Omar mit son bureau sens dessus dessous.
Ses yeux rougirent sous l’effet de la colère. Une rage incontrôlable s’empara de lui lorsqu’il les vit quitter l’entreprise en riant, comme s’ils se connaissaient depuis des années. Il déboutonna sa chemise avec nervosité et jeta sa veste au loin. Il s’assit sur son bureau après l’avoir entièrement ravagé, le corps tremblant de rage, les oreilles presque prêtes à fumer. Il se parla à lui-même, jurant contre Leïla : — Je te jure que tu verras ce que je te ferai. Je ne t’épargnerai pas. Je te ferai souffrir. Si tu ne viens pas à moi, humiliée, me demander de l’aide, alors je ne serai plus Omar, fils d’Amina. Tu verras, Leïla… tu verras. De son côté, Leïla fit la connaissance de tous les employés. Grâce à sa gentillesse, son humilité et sa bonne éducation, elle gagna rapidement le cœur de tous et s’intégra sans difficulté. Il y eut bien quelques murmures en coulisses, des regards envieux ou haineux, comme si certains la jalousaient… mais elle n’y prêta pas grande attention. Sami lui expliqua le travail dans les moindres détails afin qu’elle n’ait aucun problème avec Omar — surtout après qu’elle lui eut raconté les conditions de l’ingérable, comme elle l’appelait. Ils plaisantaient ensemble, pendant qu’Omar les observait de loin, envahi par un sentiment étrange qui le rongeait de l’intérieur. Un sentiment douloureux, presque insupportable… dont il ignorait l’origine. Leïla rentra chez elle, chose inhabituelle. Elle raconta tout à Saliha, puis s’assit près de sa mère, lui parlant de ses projets et de tout ce qu’elle comptait faire. Même si sa mère ne réagissait pas, Leïla sentait au fond d’elle qu’elle était fière. Elle appela Mariam pour s’organiser concernant les études. — « Allô, Mariam. » Elle lui raconta tout. Mariam demanda : — « Et pour tes études, qu’est-ce que tu vas faire maintenant ? » Leïla répondit : — « J’ai pensé à une idée, et j’espère qu’elle marchera jusqu’à la période des examens. » — « Laquelle ? » — « Je travaille toute la journée et je n’ai qu’une demi-heure de pause à midi. Tu essaies de m’apporter les cours, je révise seule à la maison ou je reste au bureau pour étudier. Et le dimanche, comme je ne travaille pas, on se retrouve toi, Marwan et moi, et vous m’expliquez un peu, parce que je ne peux pas suivre de cours particuliers. » Mariam répondit avec admiration : — « Franchement, c’est une excellente idée. Et en plus, tu n’as même pas besoin de soutien scolaire. Tu es intelligente, ma chérie. » Leïla rit : — « Hahaha, merci ma sœur. Sans toi et Marwan, je serais complètement perdue. » — « Ne t’inquiète pas, on est toujours avec toi. Et fais attention à lui. » — « Ne t’en fais pas… » Le téléphone d’Omar sonna. — « Allô. » — « Monsieur Omar, nous avons appris que madame Leïla étudie et qu’elle souhaite devenir, comme son père, une femme d’affaires accomplie. C’est sa dernière année. » Omar répondit froidement : — « Très bien, j’ai compris. Mais comme je vous l’ai dit, je veux toutes les informations sur elle… » Il raccrocha et se parla à lui-même : — Je ne serai pas la cause directe de ton exclusion de l’université… Mais je te ferai souffrir. Je t’écraserai sous le travail. Je ne te laisserai aucun temps pour étudier. Seule… sous la pression… De moi, Du travail que je ferai s’accumuler sur ta tête, Et de tes études… Tu seras obligée d’abandonner. Omar pensait à la façon de briser Leïla, ignorant totalement qu’elle avait déjà tout organisé avec Mariam et Marwan… et qu’elle trouverait une solution pour les examens — même avec cet ingérable. Le premier jour de travail arriva. Leïla se réveilla à quatre heures du matin. Omar avait exigé qu’elle commence à cinq heures et demie afin de l’épuiser et de l’empêcher de réviser le matin. Mais il ignorait que Leïla avait décidé d’être forte et de ne jamais lui montrer la moindre faiblesse. Elle enfila un jean noir déchiré au genou, des baskets noires et une veste noire ample. Depuis la mort de son père, elle ne portait que du noir. Son cœur saignait encore de douleur, mais elle ne devait pas flancher devant Omar. Il ne devait voir que sa force. Elle embrassa le front de sa mère, puis celui de Saliha, but un café noir bien serré pour se réveiller, puis prit un taxi. Elle se parlait à elle-même : — Mon Dieu, quel ingérable ! Les gens comme moi dorment encore, et moi je vais travailler à cinq heures et demie ! Quel supplice… On dirait qu’il a fait de ma souffrance un métier. Elle retint ses larmes avec force. — Leïla, sois forte. Tu n’es pas du genre à faiblir devant quelqu’un comme Omar… non. Elle arriva un peu en avance. Comme Omar l’avait dit, le gardien était là. Il lui ouvrit la porte. L’entreprise était totalement vide. Elle sourit intérieurement : Évidemment, personne de normal ne vient travailler à cinq heures et demie. Elle se dirigea vers son bureau, non pas pour travailler… mais pour rattraper le sommeil qu’Omar lui avait volé. Mais… Ce à quoi elle ne s’attendait pas, Ce qui ne lui avait jamais traversé l’esprit… était déjà là. Elle entra dans le bureau et découvrit une quantité énorme de papiers empilés, des dossiers ouverts partout, des fichiers entassés les uns sur les autres. Le bureau était dans un chaos total. Elle resta bouche bée. Une main se posa soudain sur son épaule. Elle sursauta. C’était le gardien. — « Madame Leïla, monsieur Omar a dit que tout ce travail devait être prêt avant huit heures et demie, bien organisé sur son bureau. Et vous ne devez surtout pas être en retard. » Elle cria, stupéfaite : — « Quoi ?! Presque cent dossiers en trois heures ?! » — « Ce sont les ordres. » Il partit, la laissant seule. Elle s’assit sur la chaise, poussant les papiers avec son pied, parlant à elle-même : — Cet ingérable… Il n’a aucune honte ! Il me réveille à l’aube et me demande de faire tout ça ! Tu verras, Omar… je ne céderai pas. Elle se leva, les yeux brûlants de rage. Elle rassembla les dossiers éparpillés, les rangea soigneusement et se plongea dans le travail avec toute son énergie. Sa concentration était étrange, presque excessive. À chaque moment de fatigue, la même phrase résonnait dans son esprit : — Leïla n’est pas de celles qui faiblissent devant l’ingérable. Elle travailla sans voir le temps passer. La tête plongée dans les papiers, elle insultait Omar en silence, maudissant l’enfer qu’il lui faisait vivre. Huit heures vingt-cinq. Enfin, tout était terminé. Elle s’adossa à la chaise, passa la main dans ses cheveux et leva les yeux vers le plafond avec un sourire de fierté… Elle avait gagné. Puis, soudain, elle sursauta : — « J’ai oublié ! Il les veut organisés sur son bureau ! » Elle prit tous les dossiers et courut vers son bureau, trébuchant presque. À peine entra-t-elle qu’elle glissa et tomba lourdement au sol. Les dossiers se dispersèrent partout. Elle se releva aussitôt, la main douloureuse, s’assit par terre et recommença à rassembler les papiers avec précipitation. À cet instant précis, Omar entra dans l’entreprise d’un pas assuré. Le bruit de ses chaussures résonnait dans les couloirs. Les employés le saluaient, les employées murmuraient en le regardant avec admiration… Omar, lui, y était habitué. Il prit directement l’ascenseur en direction de son bureau.Adam referma le dossier devant lui, puis s’adossa à son fauteuil et dit calmement :— Alors… nous allons commencer dès aujourd’hui.Leïla releva la tête rapidement, comme si elle ne s’attendait pas à ce que les choses avancent aussi vite.— Aujourd’hui ?!Il sourit légèrement :— Le succès n’aime pas les retards, Leïla.Elle sentit une étrange excitation parcourir tout son corps.Pour la première fois depuis des années…elle avait l’impression que quelqu’un prenait réellement son rêve au sérieux.Adam ouvrit sa tablette et commença à écrire quelques notes avant de dire :— Dans un moment, nous irons au centre de livraison de l’une des usines de mode.Elle haussa un sourcil avec surprise :— Une usine de mode ?— Oui.Là-bas, tu verras comment fonctionne un véritable système de livraison :comment les commandes sont reçues…comment elles sont triées…comment elles sont envoyées…et comment le temps et la pression sont gérés.Puis il ajouta en la regardant directement :— Si tu veux con
Au dernier étage…Adam était assis dans son vaste bureau, examinant quelques dossiers pendant qu’un employé debout devant lui expliquait un rapport financier.Adam était un jeune homme d’environ vingt-cinq ans…Ses traits étaient calmes mais tranchants.Deux yeux verts glacials derrière lesquels se cachait une intelligence effrayante.Il portait un costume noir luxueux et une montre hors de prix, et sa personnalité dégageait l’autorité d’un homme bien plus âgé que lui.Malgré son immense succès…peu de gens connaissaient sa véritable nature.Et très peu savaient qu’il n’était pas simplement un homme d’affaires ordinaire…mais la façade officielle d’un empire entier dirigé par une femme inconnue que les plus grands investisseurs craignaient.Mira.Ou plutôt…“Sally”.⸻La secrétaire entra et dit :— Monsieur Adam, Mademoiselle Leïla est arrivée.Adam releva la tête :— Leïla ?— Oui, elle a dit que Mademoiselle Mira l’avait envoyée.Son expression changea immédiatement.— Faites-la ent
— Ne me remercie pas… c’est ce qui devait arriver pour que notre mariage paraisse réel aux yeux des gens.En une seule seconde…son sourire disparut.Les yeux qui brillaient encore quelques instants plus tôt de joie perdirent soudain toute leur lumière.Et son visage, qui riait encore il y a quelques secondes, se crispa comme s’il luttait contre les larmes.Elle était venue jusqu’à lui en courant, pleine d’espoir, pensant qu’il commençait enfin à la voir… à voir ses sentiments pour lui, ces sentiments qu’elle-même ne comprenait plus vraiment.Elle attendait un signe de sa part…un geste…n’importe quoi qui pourrait l’aider à comprendre ce qui se passait en elle.Elle qui croyait le détester…sans savoir que parfois, la haine n’est qu’un autre visage de l’amour.Elle rit amèrement et dit :— Alors repose-toi… tout le monde connaîtra la vérité sur notre mariage.Il répondit calmement :— Seulement les familles… pas les autres.Elle sourit avec douleur :— Peu importe… qu’ils sachent.
Les rayons du soleil commencèrent à la déranger, alors elle bougea légèrement dans son lit avant de se réveiller paresseusement.Et comme d’habitude, Omar n’était pas dans la chambre.Elle soupira doucement, puis se leva, se lava le visage et prit rapidement son petit-déjeuner avant de se diriger vers son armoire pour changer de vêtements.Elle choisit une robe rose et noire, avec des talons hauts rose foncé qui mettaient en valeur sa féminité d’une manière élégante et discrète. Elle appliqua un maquillage noir autour de ses yeux bleus, les rendant encore plus captivants et profonds.Elle prit son sac et partit directement chez Meriem.À peine entra-t-elle qu’elle trouva la maison plongée dans un joyeux désordre, chacun occupé à quelque chose.Les filles rangeaient leurs vêtements, les tantes et les femmes de la famille remettaient de l’ordre après la soirée, et Mounira était noyée sous les assiettes dans la cuisine, tandis que les garçons dehors ramassaient les chaises et réorganisai
À peine Leïla entra-t-elle dans la chambre qu’elle se figea sur place.Omar venait juste de sortir de la douche, l’eau dégoulinant encore de ses mèches noires, tandis qu’une simple serviette était nouée autour de sa taille.Le visage de Leïla rougit immédiatement de gêne, et elle baissa rapidement la tête en murmurant intérieurement :« Mon Dieu… »Elle fit semblant de rester calme et se dirigea vers la chaise pour retirer ses talons, tandis que lui observait son trouble en silence… avant de sourire avec une malice évidente.Il savourait énormément la situation.Il s’approcha de l’armoire, prit ses vêtements avec un calme volontaire, puis se plaça juste devant elle et commença à défaire le bord de la serviette comme si elle n’était même pas là.Leïla poussa un petit cri :— Monsieur Omar ! Vous n’êtes pas seul ici !Il leva un sourcil avec une innocence provocante :— Et avec qui suis-je ?Elle releva légèrement la tête et répondit avec nervosité :— Avec moi !Il s’approcha davantage
Tout le monde finit enfin par s’installer à sa place.Meriem et Marouane étaient assis côte à côte sur le grand canapé doré au milieu du salon.La famille de Meriem était à droite, celle de Marouane à gauche, tandis que tout le monde les entourait.Les tantes étaient occupées à parler et rire,quant aux beaux jeunes hommes dispersés dans la pièce… chacun lançait discrètement des regards à une fille différente.Quant à Leïla et Omar…ils étaient assis l’un à côté de l’autre, chacun observant l’autre à sa manière.Les discussions habituelles commencèrent…la politique, le tourisme, l’état du pays, le pétrole, le travail, les prix…Ils étaient même à deux doigts de débattre du futur de la planète entière.Pendant que tout le monde discutait, Meriem se leva pour préparer le café, et Leïla la suivit à la cuisine.⸻Meriem murmura avec malice :— « Tu sais ce que font les Turcs pendant les fiançailles ? »Leïla éclata de rire :— « Non… quoi ? »Meriem s’approcha d’elle et lui expliqua rapi
Omar passa devant son bureau. Il remarqua son sac posé à même le sol et quelques feuilles vierges sous le bureau. Bref, l’endroit était en désordre… mais pas plus que ce matin. Il esquissa un sourire moqueur et se dirigea vers son propre bureau.Juste avant d’y entrer, il la vit déposer ses dossier
Une semaine et demie s’était écoulée depuis ce jour-là.L’argent que Saliha avait obtenu en vendant ses bijoux était presque épuisé, et l’état de sa mère ne s’était absolument pas amélioré.Cependant, Leïla avait fait la connaissance de Sami, le jeune homme qui l’avait transportée à la clinique lor
Leïla rentra à la maison, épuisée, vidée de toute énergie. Dès qu’elle entra, elle trouva Saliha en train de nourrir sa mère. Wassila restait silencieuse, comme figée, sans prononcer le moindre mot. Sa mère s’endormit sur le lit, tandis que Leïla et Saliha étendirent des couvertures à même le sol e
Mariam demanda avec inquiétude :— « Où est-ce que vous vivez maintenant ? »Leïla répondit d’une voix épuisée :— « Chez la femme qui travaillait autrefois chez nous. »— « Et qu’est-ce que tu vas faire maintenant ? »Leïla soupira :— « Je ne sais pas… Je ne veux pas abandonner mes études. Je doi







