Mag-log inElle pensait entrer dans un palace. Elle entre dans une guerre silencieuse. Nahara arrive au Moretti Palace pour sauver ce qu’il reste de sa famille… Sans savoir qu’elle va croiser l’homme le plus dangereux qu’elle pouvait rencontrer : Elyas Moretti, héritier forgé dans la cruauté des alliances, fiancé à une femme qu’il n’aime pas, prisonnier d’un empire qu’il ne contrôle plus. Leur premier regard n’aurait dû être qu’un accident. Mais c’est une fissure. Un appel. Une chute. Il voit en elle ce qu’il a passé sa vie à fuir : la vérité. La fragilité. La possibilité d’aimer. Elle voit en lui ce qu’elle n’aurait jamais imaginé : la douleur. La solitude. Et un homme capable de tout détruire sans lever la main. Plus ils s’approchent, plus le destin les déchire. Plus ils résistent, plus la passion les consume. Et bientôt, ce qui n’était qu’un interdit deviendra une obsession, une malédiction, une blessure ouverte qu’ils n’arriveront plus à refermer. L’amour peut sauver. Et l’amour peut tuer. Dans leur monde, il pourrait bien faire les deux.
view moreLe taxi ralentit devant l’entrée monumentale du Moretti Palace, laissant apparaître l’un des bâtiments les plus imposants de toute la ville. Le matin n’était pas encore totalement levé, mais la façade de verre captait déjà les premières lueurs pâles du soleil, comme si l’hôtel respirait une lumière qui lui appartenait en propre.
Nahara resta immobile quelques secondes, le regard perdu sur l’immensité du lieu, la main crispée sur la poignée de la portière. Son cœur tambourinait dans sa poitrine, non pas de peur, mais de cette sorte d’appréhension que l’on éprouve lorsqu’on s’apprête à franchir une frontière qui change tout. Elle inspira profondément. Le chauffeur sentit son hésitation. — C’est ici, mademoiselle. — Oui… merci. Sa voix lui parut plus faible qu’elle ne le voulait. Elle sortit enfin, posa le pied sur le sol pavé et sentit le froid du matin lui mordre les chevilles. Son tailleur n’avait pas été choisi pour impressionner, mais pour être correct, neutre, propre. Le genre de tenue qui permettait de se fondre dans le décor sans attirer les regards — du moins, c’était ce qu’elle espérait. Elle leva la tête une dernière fois avant d’entrer. Les portes vitrées renvoyaient sa silhouette, fragile et déterminée à la fois. Un reflet qui lui rappelait que, peu importe la démesure du lieu, elle devait avancer. Pour sa sœur. Pour les dettes. Pour cette nouvelle chance qu’elle n’aurait probablement pas deux fois. Elle franchit la porte. Le hall lui coupa littéralement le souffle. Le sol en marbre blanc, les lustres en cristal suspendus au-dessus d’elle, les plantes soigneusement taillées, l’odeur florale discrète… Tout semblait calculé pour provoquer un effet précis : la sensation d’être minuscule dans un royaume qui n’était pas le sien. — Bonjour, puis-je vous aider ? demanda une réceptionniste à la voix douce. Nahara s’approcha d’un pas hésitant. — Je… c’est mon premier jour. On m’a demandé de me présenter au service événementiel. La femme hocha la tête avec un sourire professionnel. — Bienvenue. Couloir à gauche, ascenseur B, troisième étage. Nahara la remercia, mais juste avant de tourner le regard, quelque chose attira son attention. À l’autre bout du hall, près d’un escalier en marbre, un homme regardait un dossier comme si le monde entier dépendait de la page qu’il lisait. Elle ne voyait pas son visage, seulement son allure : un costume sombre, une posture droite, une présence lourde et silencieuse. Il ne parlait à personne, mais tout autour de lui, les employés semblaient ralentir, comme s’ils marchaient sur des œufs. Elle détourna rapidement les yeux. Le luxe n’était pas fait pour être observé. Il était fait pour être servi. Elle emprunta le couloir indiqué, essuya discrètement ses paumes moites contre son sac. Arrivée devant l’ascenseur, elle inspira encore une fois profondément. Le miroir devant elle renvoyait l’image d’une jeune femme brune, yeux sombres, le regard tendu mais déterminé. Elle se redressa, releva son foulard et essaya de lisser son tailleur, sachant très bien que ces gestes ne suffiraient pas à dissimuler son stress. Au troisième étage, les portes s’ouvrirent sur une femme d’une quarantaine d’années. Tailleur noir parfaitement ajusté, attitude sévère, regard acéré. — Mademoiselle Diop ? demanda-t-elle sans sourire. — Oui. — Je suis Madame Sorel. Suivez-moi. Le ton était clair : elle n’avait pas l’intention de perdre une seconde. Elles traversèrent un long couloir bordé de portes élégantes. Aucune trace de bruit, à part leurs pas. Même l’air semblait discipliné ici. — Avant tout, dit Madame Sorel, sachez que notre service est l’un des plus exigeants de l’hôtel. Vous devrez être ponctuelle, discrète, efficace, et garder une réserve absolue sur tout ce que vous voyez ou entendez. Vous comprenez ? — Oui, madame. — Parfait. Et surtout… vous devez éviter absolument d’interrompre ou d’approcher Monsieur Elyas Moretti. C’est une règle. Pas une recommandation. Nahara hocha la tête. Ce nom lui évoquait immédiatement quelque chose d’imposant, de puissant. Le genre de personne que l’on ne croisait que dans les journaux. — Très bien, madame. Madame Sorel s’arrêta devant une salle au verre dépoli. — C’est ici que vous serez formée. Vous commencerez doucement : préparation de dossiers, organisation de petites réunions, contrôle du matériel. Rien de compliqué, tant que vous suivez les procédures. — Je ferai de mon mieux. — J’espère que votre “mieux” suffira. Elles pénétrèrent dans la salle. Des piles de dossiers, des tableaux d’organisation, des plans d’événements… Tout semblait millimétré. Nahara sentait déjà la pression. Mais soudain, une ombre passa dans le couloir derrière la vitre. Une silhouette masculine. Une démarche lente, assurée, presque féline. Elle tourna la tête par réflexe. Et tout s’arrêta. Il était là. L’homme du hall. Cette fois, assez proche pour que son visage soit clair. Elyas Moretti. Il n’avait rien d’un héritier de tabloïd. Aucun sourire fabriqué, aucune chaleur. Un visage marqué, dur, comme taillé dans un matériau qu’on ne pouvait pas briser. Des yeux sombres, impossibles à déchiffrer, mais perçants au point de donner l’impression de tout voir. Elle voulut détourner le regard. Mais il la regarda avant qu’elle n’y parvienne. Un contact d’une seconde. Une seule. Mais une seconde qui s’étira jusqu’à lui couper le souffle. Ce n’était pas un regard intéressé. Ni un regard méprisant. C’était un regard… direct. Brut. De ceux qui ne passent jamais sur un visage par hasard. Nahara sentit son ventre se serrer. Une chaleur étrange remonta le long de sa colonne vertébrale, dérangeante et inexplicable. Elle ne connaissait pas cet homme, mais son regard avait quelque chose d’intrusif, comme s’il avait ouvert une porte en elle qu’elle n’avait pas eu le temps de verrouiller. Il détourna les yeux sans un mot, sans la moindre émotion apparente, et poursuivit son chemin. Madame Sorel inspira brusquement. — Ne restez pas immobile comme ça, murmura-t-elle. Vous venez de voir Monsieur Moretti. Et, par pitié, évitez ce genre de… fixations. Cela pourrait vous coûter cher. Nahara rouvrit la bouche pour s’excuser, mais aucun son n’en sortit. Elle ne savait pas ce qui venait de se passer. Elle savait seulement que c’était mauvais signe. Très mauvais signe. Elle s’assit à la table que Madame Sorel lui désignait et tenta de se recentrer sur la formation. Mais les mots de sa supérieure glissaient sur elle comme des vagues lointaines. Son esprit restait accroché à ce regard. Ce court moment suspendu qui n’aurait jamais dû exister. Madame Sorel parlait encore, décrivait les tâches, les responsabilités, les règles strictes… mais la voix devenait lointaine. Nahara n’avait pas souvent ressenti ce genre de sensations. Ce mélange de peur, de curiosité, de quelque chose de brûlant et d’incompréhensible. Elle inspira profondément, cherchant à chasser ce trouble absurde. Elle n’avait pas le droit de se laisser distraire. Pas maintenant. Pas alors que tout son avenir reposait sur ce travail. Pourtant… une partie d’elle savait. Elle savait que ce regard n’était pas un détail. Pas un hasard. Pas quelque chose qu’elle pourrait oublier avec la routine du travail. Quelque chose venait de commencer. Quelque chose qu’elle n’avait pas prévu. Quelque chose qu’elle ne voulait pas, peut-être… mais qui avait déjà laissé sa trace. Et même si elle tenta de reprendre le fil de la formation, de mémoriser les instructions et de se replonger dans la réalité, une phrase lui traversa l’esprit, sourde et dangereuse : Elle avait vu l’homme qu’elle devait éviter à tout prix… Et une partie d’elle avait déjà échoué.Les jours suivants s’installèrent dans une tension feutrée, presque élégante dans sa cruauté. Rien n’explosait. Rien ne se déclarait ouvertement. Tout se jouait dans l’invisible, dans ces micro-décisions qui façonnent un destin sans jamais en avoir l’air. Nahara avançait désormais dans un territoire où chaque pas comptait double. Elle avait appris à lire les silences. À distinguer ceux qui protégeaient de ceux qui isolaient. À reconnaître les regards qui calculaient, ceux qui jaugeaient une menace potentielle, et ceux — plus rares — qui exprimaient une forme de respect discret. Son rattachement aux événements à haute confidentialité changea profondément son quotidien. Les dossiers qu’on lui confiait n’étaient jamais complets. Les informations arrivaient fragmentées, parfois contradictoires. Il fallait deviner ce qui manquait, comprendre ce qui ne serait jamais écrit, anticiper les zones de tension avant même qu’elles ne se forment. Cette complexité la stimulait autant qu’elle l’épu
Le lendemain matin, Nahara se réveilla avec cette sensation étrange que l’on éprouve après avoir traversé une nuit trop dense : le corps était là, fonctionnel, mais l’esprit semblait encore suspendu entre deux états. Elle resta allongée quelques minutes, les yeux ouverts, à écouter le silence de l’appartement. Il n’était pas apaisant. Il était chargé. Comme si tout ce qui n’avait pas été dit la veille s’y était accumulé. Elle se leva finalement, se prépara sans hâte. Aucun geste n’était précipité, mais aucun n’était superflu. Elle avait compris quelque chose de fondamental : ce n’était plus la vitesse qui la sauverait, mais la justesse. Lorsqu’elle entra au Moretti Palace, elle sentit immédiatement que l’atmosphère avait changé. Pas de manière spectaculaire. C’était plus subtil, plus pernicieux. Les regards ne se détournaient plus aussi vite. Certains s’attardaient, d’autres semblaient jauger, comparer, recalculer. Elle n’était plus seulement une présence compétente. Elle était deve
La journée du dîner officiel débuta dans un silence presque irréel. Nahara arriva au Moretti Palace avant le lever du jour. Le ciel était encore sombre, l’air froid, et l’hôtel semblait suspendu dans une respiration retenue. Elle traversa le hall désert, ses pas résonnant plus fort que d’habitude, comme si le bâtiment lui-même enregistrait sa présence. Elle savait que cette journée ne ressemblerait à aucune autre. Pas seulement à cause de l’enjeu professionnel, mais parce qu’elle sentait confusément que quelque chose se déciderait au-delà des fonctions, des titres et des apparences. Une frontière intérieure, peut-être. La salle destinée au dîner était encore vide. Les tables n’étaient que des silhouettes couvertes de nappes impeccablement pliées. Nahara posa son sac, retira son manteau, et inspira profondément. Elle n’avait plus le luxe de douter. Chaque minute comptait. Les premières équipes arrivèrent peu après. Elle donna les consignes avec une assurance calme, presque détachée.
Les jours qui suivirent confirmèrent ce que Nahara avait pressenti : rien ne serait plus jamais simple. Le Moretti Palace continuait de fonctionner avec la même précision extérieure, mais sous cette surface lisse, quelque chose s’était déplacé. Une ligne invisible avait été tracée, et elle se trouvait désormais juste dessus. Elle sentit le changement dès le lundi matin. Plus aucun message informel. Plus de demandes directes. Les instructions arrivaient par intermédiaires, souvent tard, parfois incomplètes. Pas assez pour constituer une faute évidente, mais suffisamment pour la mettre en difficulté si elle ne redoublait pas d’attention. Chaque tâche demandait désormais un effort supplémentaire, comme si le système lui opposait une résistance silencieuse. Nahara ne protesta pas. Elle observa. Elle comprit rapidement que le danger ne viendrait pas d’une attaque frontale, mais d’une accumulation de petites contraintes, de micro-déséquilibres destinés à la fatiguer, à la pousser à commet






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