로그인SolèneLe bandeau est sur mes yeux depuis le moment où j'ai franchi la porte. Il ne m'a pas laissé le temps de poser mon sac, d'enlever mon manteau, de reprendre mon souffle après la course du métro. Ses mains étaient déjà là, sur mes tempes, et la soie noire a avalé le monde avant même que je puisse dire bonjour.Maintenant, je suis assise sur le tabouret, les mains posées sur mes cuisses, le crin lâche autour de mon cou comme un collier trop grand. J'ai appris la position. J'ai appris le silence. J'ai appris à attendre sans attendre, à respirer sans compter, à exister sans repères. Six semaines que je viens dans cet atelier, et mon corps sait désormais ce que mon esprit refus
Je gémis. Le son m'échappe sans que je puisse le retenir, un petit bruit animal qui résonne dans le silence de l'atelier. Je suis rouge de honte et d'excitation. Je remercie le ciel qu'il ne soit pas là pour l'entendre.Et puis j'entends un bruit.Infime. Presque imperceptible. Un frottement. Comme un tissu qu'on déplace, comme une semelle qu'on pose délicatement sur le parquet. Mon cœur s'arrête. Mon sang se fige dans mes veines.Il est là.Il a toujours été là.Il n'a jamais quitté la pièce.L'ouverture et la fermeture de la porte n'étaient qu'une mise en scène, un tour de passe-passe acoustique destiné à me faire croire à son départ. Il est resté dans l'atelier, tapi dans un coin, à me regarder me consumer de désir et d'incertitude. Il m'a menti. Il m'a manipulée. Il a fait de moi le jouet de son expérience.Une vague de chaleur me submerge. De la colère ? De l'excitation ? Les deux, inextricablement mêlées, comme les
Ma voix est plus rauque que je ne le voudrais. Je ne sais pas si je lui parle ou si je me parle à moi-même. Je repose la palette et le chiffon sur l'établi, loin de nous. Mes doigts tremblent légèrement quand je défais le bandeau. La lumière de la lune entre par la verrière et éclaire son visage comme un projecteur divin.Ses yeux sont noirs. Ses pupilles ont mangé l'iris, ne laissant qu'un mince anneau de couleur autour d'un gouffre d'obscurité. Ses joues sont rouges, presque fiévreuses. Sa bouche est entrouverte, humide, gonflée comme si elle venait d'être embrassée pendant des heures. Elle me regarde comme si elle ne m'avait jamais vu. Comme si j'étais la seule chose au monde qui méritait d'être regardée.Mon Dieu, comme j'ai envie de l'embrasser.Je ne le fais pas. Ce serait trop tôt. Ce serait briser le rythme
GabrielElle est magnifique quand elle a peur.Je ne devrais pas penser ça. Ce n'est pas professionnel. Ce n'est pas convenable. Mais je ne suis pas son professeur de violon. Je n'ai jamais été son professeur de violon. Je suis un luthier qui a accepté, par curiosité d'abord, par fascination ensuite, d'apprendre à une avocate comment écouter un instrument. Et voilà que je me retrouve avec un crin autour de son cou et une érection qui m'empêche de penser clairement.Le bandeau est revenu sur ses yeux. Elle est assise, droite comme une statue de sel, le cou offert, le fil lâche contre sa gorge. Sa robe est simple, un fourreau gris qui épouse ses courbes sans les souligner, un vêtement de travail porté avec une élégance inconsciente. Ses mains sont posées sur ses cuisses, paumes vers le ciel. Ouvertes. Réceptives. Elle s'est mise
Sa voix est brève, presque rude. Je pose mon sac à main près de la porte et m'installe sur le tabouret. Mon tabouret. Il est devenu mon tabouret au fil des semaines, celui où je m'assois toujours, celui dont le bois a épousé la forme de mes hanches. Le bandeau de soie noire est posé sur l'établi, à côté d'un pot de vernis entamé. Il l'a laissé là, bien en évidence. Comme une promesse. Comme une menace. Comme un défi silencieux : Tu es venue. Tu es revenue. Tu en veux encore.Oui. J'en veux encore.Gabriel repose ses outils avec des gestes précis, retire la loupe de son œil et se tourne vers moi. Dans sa main droite, il tient quelque chose que je ne distingue pas bien. Un fil. Très fin, presque invisible dans la pénombre de l'atelier. Il le fait glisser entre ses doigts comme un prestidigitateur prépare son tour.
Pas un bruit. Pas une odeur. Une température. La chaleur. Une présence tiède, à peine plus chaude que l'air ambiant, mais vivante. Une perturbation infime dans l'atmosphère de l'atelier, comme une pierre qu'on jette dans un étang et dont les rides se propagent jusqu'à moi. Elle se tient légèrement sur ma droite, à moins d'un mètre. Je pourrais presque dessiner sa silhouette dans le noir, deviner la largeur de ses épaules, la hauteur de sa tête.Je lève lentement la main. Mes doigts rencontrent du tissu. Du lin. La chemise de Gabriel. Sous le tissu, son torse est ferme, chaud, et je sens son cœur battre contre ma paume. Lent. Régulier. Comme un métronome ancien qui donnerait le tempo à une symphonie silencieuse.— Ici, je murmure.Ma voix est rauque, chargée d'une émotion que je ne reconnais pas. Sa main rec
ChiaraLes jours passent. Ils s'écoulent comme l'eau du canal, lents en apparence, profonds en réalité, charriant des choses que je ne vois pas toujours mais que je sens passer.Alessandro tient sa promesse. Chaque nuit, il s'installe sur la chaise près de la fenêtre. Chaque matin, je me réveille e
ChiaraJe me lève. Mes jambes me soutiennent. Je traverse la pièce, le frôle en passant. Dans l'escalier, nos ombres se mêlent sur la pierre.— Chiara.Je m'arrête à mi-marche. Je ne me retourne pas.— Cette nuit, dit-il. Je ne serai pas... Je ne...Il cherche ses mots. Les mots sont des outils qui
ChiaraLe bouillon arrive, tiède et gras. Je le bois en silence. Ma mère me regarde. Elle n'a rien d'autre à faire, apparemment. Son devoir maternel s'achève ici, dans cette surveillance alimentaire qui tient lieu d'affection.— Il faudra faire quelque chose pour tes bras, dit-elle. Des manches plu
MatteoSon corps se raidit, ses yeux se ferment à moitié, sa bouche s’ouvre sur un cri muet. Une série de frissons violents la parcourt, et elle se love contre ma main, pantelante, les larmes coulant à nouveau sur ses tempes.Je la tiens contre moi, la laissant redescendre, déposant des baisers dou