LOGINIl ne me regarde pas.
— Regarde-moi quand je te parle ! Il lève les yeux. Ses yeux sont humides. Il a envie de pleurer. Pauvre petit Thomas. Pauvre petit héritier qui a peur de sa maman. Pauvre petit garçon qui n'a jamais eu à se battre pour rien. Je sens une colère froide monter en moi, une rage qui me brûle la poitrine et qui me donne envie de lui arracher les yeux. Mais je ne bouge pas. Je le regarde, et je vois pour la première fois l'homme qu'il est vraiment : un lâche. Un lâche qui a préféré me briser plutôt que d'affronter sa famille. Un lâche qui a choisi la facilité, le confort, le nom. Un lâche qui n'a jamais mérité mon amour. — Ton milieu, Thomas ? Ton milieu, c'est celui qui t'a permis de rencontrer une fille qui t'aimait pour ce que tu es, pas pour ton nom. Une fille qui a tout sacrifié pour toi. Une fille qui a cru en toi. Une fille qui a accepté tes défauts, tes absences, tes mensonges. Une fille qui t'a aimé quand tu n'étais rien, quand tu n'étais qu'un fils à papa sans envergure, sans courage, sans avenir. Et tu me jettes comme une vieille chaussette parce que ta mère a décidé que je n'étais pas à la hauteur ? Je marque une pause. Je respire. Je sens les larmes monter, mais je les ravale. Je ne pleurerai pas. Pas ici. Pas devant lui. — Tu as raison. Je ne suis pas à la hauteur de ta famille. Je ne suis pas à la hauteur de tes apparences. Je ne suis pas à la hauteur de tes mensonges. Je ne suis pas à la hauteur de ta lâcheté. Mais je vaux mieux que toi. Je vaux mieux que tout ce que tu m'as fait subir. Je vaux mieux que cette famille de requins. Je vaux mieux que cette vie de mensonges. Et un jour, tu le regretteras. Un jour, tu te rendras compte de ce que tu as perdu. Un jour, tu me verras, et tu comprendras que tu as jeté la seule personne qui t'aimait vraiment. Et ce jour-là, je ne serai plus là. Je fais demi-tour et je sors du bureau sans un regard en arrière. Je traverse le couloir du siège du Groupe Valmont, la tête haute, le cœur en miettes, et je croise le regard d'Élise de Montfort, qui attend derrière la porte vitrée. Elle sourit. Un sourire triomphant, cruel, qui me transperce comme une lame. Je comprends en une seconde : elle était là avant moi. Elle sera là après. Je ne suis qu'un dommage collatéral dans leur petite histoire. Elle porte une robe de soie bleu nuit, des escarpins vertigineux, et un collier de perles que je reconnais immédiatement. Le collier que Thomas m'avait offert pour notre premier anniversaire. Il m'avait dit qu'il l'avait fait faire spécialement pour moi. Il avait menti. Il l'avait fait faire pour elle. — Camille. Quelle surprise. Je ne savais pas que tu étais encore là. Tu sais, Thomas et moi, on est tellement heureux. Il m'a tout raconté. Il m'a dit que tu avais été... compréhensive. C'est gentil de ta part. Vraiment. Je ne sais pas si j'aurais été aussi magnanime à ta place. Mais bon. Tu n'es pas à ma place. Tu n'as jamais été à ma place. Et tu ne le seras jamais. Elle sourit encore. Un sourire de vipère, doux et venimeux. Je sens la bile monter dans ma gorge. J'ai envie de lui arracher son collier, de le piétiner, de lui cracher au visage. Mais je ne fais rien. Je la regarde droit dans les yeux, et je lui réponds d'une voix glaciale : — Garde-le. Il te va mieux qu'à moi. Les perles, c'est comme les hommes : ça se porte bien quand on n'a pas de colonne vertébrale. Je la laisse plantée là, la bouche ouverte, et je continue mon chemin. Je marche jusqu'à l'ascenseur. Mes jambes tremblent. Mes mains tremblent. Mais je ne pleure pas. Pas ici. Pas devant eux. Je serre les dents, je respire profondément, et je me jure une chose : je ne me laisserai pas détruire. Ni par Thomas. Ni par sa mère. Ni par cette garce d'Élise. Je trouverai un moyen de leur faire payer. Tous.Il se positionne, il me regarde, il me domine de toute sa hauteur. Et puis, il me pénètre. D'un seul coup. Profondément. Entièrement. Je crie. De douleur. De plaisir. De surprise. Il est grand, il est large, il me remplit toute entière. Il ne bouge pas. Il me laisse m'habituer à lui, à sa taille, à sa chaleur, à son poids. Il me regarde, il guette mes réactions, il attend. Et puis, il commence à bouger. Lentement. Très lentement. Des va-et-vient longs, profonds, calculés. Chaque poussée est un supplice. Chaque poussée est une délivrance. Chaque poussée me fait monter un peu plus haut. Je gémis, je gémis, je gémis. Des gémissements qui se brisent dans ma gorge, des gémissements qui s'accélèrent, des gémissements qui deviennent des cris. Je m'accroche à ses épaules, je m'accroche à ses cheveux, je m'accroche à lui. Il accélère. Il va plus vite. Il va plus fort. Il va plus profond. Il me prend, il me possède, il me dévore. Le lit tangue sous nos corps, les draps se froissent, les pétales
CamilleJe le regarde, interdite, le cœur battant à tout rompre. Je veux lui dire que c'est une plaisanterie, que c'est une blague, que c'est une mauvaise blague. Mais je ne fais rien. Je reste là, les lèvres entrouvertes, le souffle court, comme une condamnée qui accepte son sort. Car je sais une chose : ce n'est pas une plaisanterie. Ce n'est pas une blague. C'est un avertissement. Un avertissement que je vais devoir écouter. Pourtant, au plus profond de moi, une voix s'élève. Une voix que je ne connaissais pas. Une voix qui me dit de me battre. De ne pas me laisser faire. De ne pas me laisser briser.— Non.Le mot sort de ma bouche avant que je ne puisse le retenir. Un mot simple, court, mais qui résonne dans la chambre comme un coup de tonnerre. Gabriel se fige. Il me regarde, et dans ses yeux, je vois une chose étrange. De la surprise. De l'incrédulité. Et autre chose. Quelque chose qui ressemble à du respect.— Non ? Tu oses me dire non ?— Oui. J'ose. J'ose te dire non. J'ose t
Je le regarde, interdite, le cœur battant à tout rompre. Je veux lui répondre, je veux lui dire que je ne suis pas prête, que je ne veux pas, que je ne peux pas. Mais les mots ne sortent pas. Ma gorge est sèche. Ma langue est nouée. Et puis, il lève la main. Lentement. Très lentement. Il pose ses doigts sur mon épaule nue, et ce simple contact me brûle comme une braise. Il fait glisser sa main le long de mon bras, jusqu'à mon poignet, qu'il enserre. Puis il me fait pivoter, d'un geste doux et ferme à la fois. Je me retrouve dos à lui, face au miroir en pied qui trône dans un coin de la chambre. Je vois nos deux reflets. Lui, grand, sombre, imposant, derrière moi. Moi, petite, pâle, fragile, devant lui. Il ne me quitte pas des yeux dans le miroir. Il dégrafe ma robe, un bouton après l'autre, avec une lenteur calculée, cruelle, qui me fait frissonner. Chaque bouton qui s'ouvre est une promesse. Chaque bouton qui s'ouvre est une menace. Chaque bouton qui s'ouvre me rapproche un peu plus
CamilleLa voiture s'arrête devant un hôtel particulier, un joyau d'architecture caché au cœur de la ville, dont je n'avais jamais remarqué l'existence. Les façades en pierre de taille sont baignées par la lumière dorée des réverbères, les fenêtres à meneaux sont illuminées de l'intérieur, et les portes en fer forgé, immenses, majestueuses, s'ouvrent sur un hall qui me coupe le souffle. Gabriel descend le premier, il me tend la main sans un mot, et je la prends, mes doigts tremblants se glissant dans les siens. Sa paume est froide, mais sa prise est ferme, autoritaire, possessive. Il m'entraîne à l'intérieur, et je le suis, mes escarpins claquant sur le marbre noir et blanc, mes yeux tentant de saisir chaque détail de ce décor somptueux. Le hall est immense, écrasant de luxe et de froideur. Des lustres en cristal de Bohême pendent du plafond comme des grappes de glace, projetant sur les murs des reflets dansants. Des dorures à la feuille d'or ornent les colonnes, des tapis en soie rou
Il descend de l'estrade, sous les applaudissements nourris des invités. Il vient vers moi, il me prend la main, il m'embrasse. Un baiser long, profond, possessif. Un baiser qui me coupe le souffle. Un baiser qui me brûle les lèvres. Un baiser qui me marque au fer rouge. Et quand il s'écarte, il me regarde droit dans les yeux, et il murmure :— Tu as entendu ? Tu es à moi. Et je te protégerai. Contre tous. Même contre toi-même.Je le regarde, interdite, le cœur battant. Je veux le croire. Je veux croire qu'il me protégera. Je veux croire qu'il m'aime. Mais je sais une chose : ce discours n'est pas une promesse. C'est un avertissement. Un avertissement que je vais devoir écouter. Et je sens, au plus profond de moi, une chose que je ne m'explique pas. Une chose qui me terrifie. Une chose qui me dit que je ne suis pas prête pour ce qui m'attend. Pourtant, je ne baisse pas les yeux. Je le regarde droit dans les yeux, et je réponds d'une voix ferme :— Je n'ai pas besoin que tu me protèges,
Élise me regarde, interdite. Son sourire faux s'efface, remplacé par une expression de surprise, puis de colère. Elle serre les mâchoires, elle plisse les yeux, elle ouvre la bouche pour répondre. Mais avant qu'elle ne puisse dire un mot, une voix froide, autoritaire, s'élève derrière elle.— Élise. Tu as fini ?Gabriel est de retour. Il se tient derrière Élise, les bras croisés, le regard noir. Élise blêmit, elle balbutie quelques mots, puis elle s'éloigne, les épaules voûtées, les talons claquant sur le marbre. Gabriel me regarde, et dans ses yeux, je vois une chose étrange. Une chose qui ressemble à de la fierté. À de l'admiration. À du désir.— Tu t'es bien défendue. J'ai entendu. Tu as du cran. J'aime ça. J'aime ça beaucoup. Mais rappelle-toi une chose, Camille : je suis le seul à pouvoir te défendre. Je suis le seul à pouvoir te protéger. Les autres… les autres ne sont que des ombres. Des ombres qui passeront. Des ombres qui s'effaceront. Mais moi… moi, je resterai. Toujours.Je







