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Jeux de séduction
Jeux de séduction
ผู้แต่ง: Déesse

Chapitre 1 — L'Abandon

ผู้เขียน: Déesse
last update วันที่เผยแพร่: 2026-10-20 00:10:50

Camille

La porte du bureau de Thomas s'ouvre sans un bruit et je me retrouve face à lui, un sourire figé sur les lèvres, celui que je porte depuis quatre ans et qui, aujourd'hui, me donne l'impression d'être une étrangère. Il est assis derrière son immense bureau en verre, les mains croisées, le regard fuyant. Je connais ce regard. C'est celui qu'il prend quand il ment, quand il a peur, quand il s'apprête à me faire du mal. Et je sais déjà ce qu'il va me dire avant même qu'il n'ouvre la bouche. L'air est lourd, chargé d'une odeur de café froid et d'eau de Cologne qui me donne la nausée. Les stores sont à moitié baissés, laissant filtrer une lumière blafarde qui découpe le visage de Thomas en deux, comme si même la lumière hésitait à le regarder en face. Je reste debout, les bras le long du corps, mes doigts serrés sur la lanière de mon sac. Mes ongles s'enfoncent dans le cuir, je sens la douleur, mais je ne lâche pas. Je ne m'assoirai pas. Je ne veux pas lui donner la satisfaction de me voir m'effondrer sur une chaise, de me voir quémander une explication, de me voir supplier. Pas aujourd'hui. Pas comme ça. Le silence s'étire, épais, insupportable. Je l'entends respirer. Je l'entends déglutir. Je l'entends chercher ses mots. Et ce silence est pire que tout ce qu'il pourrait dire. Parce que dans ce silence, il y a déjà la réponse. Il y a déjà la fin. Il y a déjà tout ce que je redoutais et que je refusais de voir.

— Camille, il faut qu'on parle.

Je ferme les yeux une seconde. Une seule. Pour ne pas pleurer. Pour ne pas lui montrer à quel point ces cinq mots, prononcés avec cette voix molle et fuyante, me transpercent. Je les connais par cœur. Ce sont les mots des lâches. Ce sont les mots de ceux qui n'ont pas le courage d'annoncer la vérité en face. Ce sont les mots de ceux qui s'apprêtent à détruire une vie et qui veulent se donner bonne conscience.

— Je t'écoute.

Ma voix est calme. Trop calme. Celle d'une femme qui a passé la nuit à pleurer et qui n'a plus de larmes. Celle d'une femme qui sait que tout est fini. Celle d'une femme qui, malgré la douleur, refuse de s'abaisser. Je le regarde. Il ne me regarde pas. Il fixe ses mains, il fixe son bureau, il fixe la fenêtre. N'importe où, pourvu que ce ne soit pas moi. Et dans ce refus de me regarder, il y a toute la lâcheté du monde.

— Ma mère n'acceptera jamais une fille de ton milieu dans notre famille. Il faut que tu comprennes. Ce n'est pas contre toi. C'est... c'est la famille. C'est les apparences. C'est le nom des Valmont. Tu sais comment ils sont. Tu sais ce qu'ils attendent de moi. Je ne peux pas... je ne peux pas leur imposer ça. Je ne peux pas te faire subir ça. C'est mieux pour tout le monde. C'est mieux pour toi aussi. Tu mérites quelqu'un qui...

— Arrête.

Ma voix claque dans le silence comme un coup de fouet. Il sursaute, lève enfin les yeux, et je vois dans son regard une lueur de soulagement. Il croit que je vais accepter. Il croit que je vais me plier, comme toujours, comme pendant quatre ans. Il croit que je vais dire « d'accord », que je vais ramasser mes affaires et que je vais partir sans faire d'histoires. Il se trompe.

— Tu n'as pas le droit de prononcer mon nom. Tu n'as pas le droit de me parler de ma dignité. Tu n'as pas le droit de me dire ce que je mérite. Tu n'as même pas le droit de me regarder. Tout ce que tu as le droit de faire, c'est de te taire et d'écouter ce que j'ai à te dire.

Il ouvre la bouche, mais je ne le laisse pas parler. Je m'approche du bureau, je pose mes deux mains à plat sur la surface en verre, et je me penche vers lui. Je suis si près que je pourrais compter les cils de ses yeux. Je sens son haleine, je sens sa peur. Et cette peur me donne des ailes.

— Quatre ans, Thomas. Quatre ans de ma vie. Quatre ans à t'aimer, à te soutenir, à te pardonner tes absences, tes mensonges, tes petites lâchetés. Quatre ans à croire que tu étais différent des autres. Quatre ans à me dire que tu m'aimais, que tu m'épouserais, que nous aurions une vie ensemble. Quatre ans à défendre ton nom devant ma mère, devant mes amis, devant tous ceux qui me disaient que tu n'étais qu'un fils à papa incapable de se battre pour ce qu'il aime. Quatre ans à me battre pour toi. Et toi, tu me jettes comme une vieille chaussette parce que ta mère a décidé que je n'étais pas à la hauteur ?

Il détourne le regard. Il ne répond pas. Et c'est pire que tout.

— Regarde-moi.

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