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Chapitre 3 — La ligne que je franchis

last update Terakhir Diperbarui: 2026-02-18 04:40:03

Élisa

Je comprends trop tard que je viens de sourire.

Ce n’est pas un sourire nerveux. Pas un rictus de défense.

C’est une acceptation silencieuse.

Et Adrien le voit.

Ses yeux s’assombrissent légèrement, comme si une flamme venait d’être alimentée. Il ne dit rien tout de suite. Il n’en a pas besoin. Il avance d’un demi-pas, et cette fois l’espace entre nous disparaît presque.

Je sens la chaleur de son corps.

Je pourrais lever la main et le toucher.

Je pourrais partir.

Je ne fais ni l’un ni l’autre.

— Tu devrais arrêter de me regarder comme ça, dis-je doucement.

— Comme quoi ?

Sa voix est plus basse. Plus proche.

— Comme si j’étais déjà à toi.

Un silence. Dense. Vibrant.

Il lève la main, lentement, laissant le temps à mon corps de protester. Mais je ne recule pas. Ses doigts frôlent une mèche de mes cheveux encore légèrement humides de la pluie.

Ce n’est qu’un contact léger.

Et pourtant mon souffle se brise.

— Tu n’aimes pas cette idée ? murmure-t-il.

Sa main glisse de mes cheveux à ma nuque. Il ne serre pas. Il n’impose rien. Mais la pression subtile de ses doigts me fait frissonner.

Je déteste l’effet qu’il a sur moi.

Ou peut-être que je l’adore.

— Tu vas trop vite, dis-je.

— Non. C’est toi qui as déjà avancé.

Il a raison.

Je sens mon cœur cogner contre ma poitrine, comme s’il voulait sortir pour se livrer à lui. Mon corps réagit d’une manière presque embarrassante. Ma peau est hypersensible. Chaque centimètre de moi semble conscient de sa proximité.

— Tu joues à quoi ? je souffle.

Il rapproche son visage du mien, au point que son souffle effleure ma bouche.

— Je ne joue pas.

Ses lèvres ne touchent pas les miennes.

Pas encore.

Il laisse l’attente s’installer. Insupportable. Délicieuse.

Je pose ma main contre son torse pour garder un semblant de distance. Sous mes doigts, je sens la fermeté de son corps. La chaleur qui irradie à travers le tissu de sa chemise.

Mauvaise idée.

Mon geste n’a rien d’un rejet. Au contraire, il nous rend encore plus conscients l’un de l’autre.

— Tu trembles, remarque-t-il.

— Il fait chaud ici.

— Non.

Ses doigts glissent légèrement derrière ma nuque, attirant mon visage plus près du sien. Pas violemment. Juste assez pour que ma résistance devienne théorique.

— C’est moi.

Une onde traverse mon ventre.

Il me regarde comme si chaque réaction de mon corps était une réponse qu’il attendait.

Je devrais me souvenir de mes principes. De mes peurs. De mes leçons passées.

Mais tout devient flou.

Il effleure enfin ma lèvre inférieure du bout du pouce. Lentement. Comme s’il découvrait une texture précieuse.

Mon souffle se coupe net.

— Dis-moi d’arrêter, chuchote-t-il.

Je devrais.

Je sais que je devrais.

Mais je ne dis rien.

Son pouce glisse, trace une ligne presque invisible le long de ma bouche, puis descend, effleurant ma mâchoire, ma gorge. Là où ma peau pulse sous l’effet de son approche.

Mon corps le trahit.

Je ferme les yeux une seconde, submergée par la sensation.

Quand je les rouvre, il me fixe comme s’il enregistrait chaque micro-expression.

— Tu es en train de décider, dit-il doucement.

— De quoi ?

Sa main descend encore, frôle ma clavicule au-dessus du tissu de ma robe.

— Si tu me laisses entrer dans ta vie… ou si tu me laisses entrer ailleurs.

La chaleur me monte aux joues.

Il ne dit rien de cru.

Mais tout est là.

Je sens le désir s’enrouler en moi, lentement, puissamment. Pas seulement physique. Il y a autre chose. Une tension psychologique. Une lutte.

Je me surprends à glisser mes doigts derrière sa nuque.

Cette fois, c’est moi qui le touche.

Je sens ses muscles se tendre sous ma paume.

Son souffle change.

— Élisa… prévient-il.

Son avertissement n’est plus pour moi.

Il est pour lui.

Je me hisse légèrement sur la pointe des pieds. Nos lèvres se frôlent enfin. Ce n’est qu’un effleurement. Une promesse. Une collision retenue.

L’électricité me traverse tout entière.

Il m’embrasse.

Pas brutalement.

Lentement.

Comme s’il revendiquait le terrain centimètre par centimètre.

Ses lèvres capturent les miennes avec une intensité contrôlée. Ce n’est pas un baiser timide. C’est un baiser qui apprend, qui explore, qui marque.

Je sens mes genoux faiblir.

Sa main quitte ma clavicule pour se poser dans le creux de mes reins, me rapprochant davantage de lui. Mon corps épouse le sien presque malgré moi.

Chaque contact devient amplifié. Mes doigts s’agrippent à sa chemise. Mon souffle se mélange au sien.

Le monde autour de nous s’efface.

Je ne pense plus.

Je ressens.

La chaleur de sa bouche.

La fermeté de ses mains.

La manière dont il ralentit le rythme, comme s’il savourait ma réaction.

Quand il se détache légèrement, je reste suspendue dans ce vide chaud et vertigineux.

— Tu vois ? murmure-t-il contre mes lèvres.

Je peine à parler.

— Voir quoi ?

Son front touche le mien.

— Que tu étais déjà en train de tomber.

Son ton n’a rien de moqueur.

Il est grave.

Possessif.

Et au fond de moi, une vérité s’impose avec une intensité presque douloureuse :

Je viens de franchir une ligne.

Et je pressens que ce n’est que le début.

Parce que ce que je viens de ressentir n’a rien d’une simple attirance.

C’est une empreinte.

Et je crains déjà de ne plus pouvoir l’effacer.

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