เข้าสู่ระบบÉlisa
Je ne sais pas exactement comment nous quittons la fête.
Je me souviens seulement de sa main qui cherche la mienne avec une évidence troublante. De nos doigts qui s’entrelacent comme si le geste avait été répété cent fois auparavant. Des regards autour de nous, curieux, amusés, inconscients de la tempête silencieuse qui s’est levée entre nous.
L’air de la nuit nous frappe quand nous sortons.
Il est froid.
Mais ma peau brûle.
Je sens encore l’empreinte de ses lèvres, la pression de ses mains. Chaque pas que nous faisons vers chez lui ressemble à une chute volontaire.
— Tu es sûre ? demande-t-il, la voix plus grave que tout à l’heure.
Il ne me regarde pas immédiatement. Comme s’il me laissait une dernière porte de sortie.
Je pourrais la prendre.
Je pourrais retrouver ma liberté.
Mais quand il tourne enfin les yeux vers moi, je vois qu’il espère que je ne le ferai pas.
— Oui.
Le mot sort sans hésitation. Il est dense. Décisif.
Sa mâchoire se contracte légèrement, comme s’il retenait quelque chose.
La porte de son appartement se referme derrière nous avec un bruit sourd.
Et le silence devient épais.
Je sens son regard sur moi avant même qu’il ne parle. Je perçois l’énergie dans la pièce, chargée, vibrante, prête à exploser.
Il s’approche.
Lentement.
Comme un homme qui sait exactement ce qu’il va faire.
— Regarde-moi, dit-il doucement.
Je lève les yeux.
Erreur.
L’intensité que j’y lis me coupe le souffle. Ce n’est plus seulement du désir. C’est une faim profonde. Concentrée.
Ses doigts viennent effleurer ma joue. Il prend son temps. Comme s’il savourait chaque seconde avant l’impact.
Puis il m’embrasse.
Plus profondément que tout à l’heure.
Sa bouche capture la mienne avec une urgence maîtrisée. Il ne se précipite pas. Il explore. Il impose un rythme, et mon corps s’aligne sur le sien sans réfléchir.
Mes mains s’agrippent à sa chemise. Je sens son cœur battre aussi vite que le mien.
Il glisse une main dans le bas de mon dos, me rapprochant de lui jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’espace entre nous. La chaleur de son corps traverse les tissus.
Un frisson me parcourt de la nuque aux reins.
Ses lèvres descendent dans mon cou. Plus lentes. Plus insistantes. Chaque contact est calculé. Chaque baiser laisse une trace brûlante.
Je bascule la tête en arrière, incapable de contenir le soupir qui m’échappe.
— Tu es électrique, murmure-t-il contre ma peau.
Ses mains glissent le long de mes hanches, épousent mes courbes avec une lenteur presque dévotionnelle.
Je sens le contrôle m’échapper.
Il me soulève, et je noue instinctivement mes jambes autour de lui. Le geste est naturel. Primal. Je sens sa force, la tension dans ses bras.
Il m’emmène jusqu’à la chambre sans rompre le contact. Les murs deviennent flous. Le monde extérieur disparaît.
Il me dépose sur le lit avec une douceur surprenante.
Puis il s’arrête.
Il me regarde.
Vraiment.
Ses yeux glissent sur moi sans hâte. Je me sens exposée… et puissante à la fois.
— Tu es magnifique, répète-t-il, mais cette fois avec une intensité plus sombre.
Je me redresse légèrement pour l’embrasser à mon tour, incapable de rester passive sous ce regard. Mes doigts glissent sous sa chemise. Sa peau est chaude. Vivante. Je sens ses muscles réagir à mon contact.
Nos vêtements tombent progressivement, entrecoupés de baisers et de respirations de plus en plus courtes.
Chaque centimètre de peau dévoilé amplifie la tension.
Quand sa main glisse le long de mon dos nu, je frissonne violemment. Mes pensées s’éparpillent. Il suit la ligne de ma colonne vertébrale, lentement, comme s’il apprenait mon corps par cœur.
Il descend le long de mon corps en déposant des baisers brûlants sur ma peau. Lents. Appuyés. Patients. Je sens chaque nerf s’éveiller.
Je me cambre sous ses lèvres.
Mon souffle devient saccadé.
Il ne se presse pas. Il m’observe. Il écoute mes réactions.
Quand il revient au-dessus de moi, ses yeux sont plus sombres encore.
Je glisse mes doigts dans ses cheveux, l’attire vers moi.
Cette fois, nos corps se lient dans un mouvement profond, intense.
Un gémissement m’échappe, incontrôlé.
Le rythme s’installe. Lent au début. Presque insupportablement lent. Chaque mouvement semble étudié pour prolonger la sensation.
Puis il accélère.
Je m’accroche à lui, mes ongles traçant des lignes légères sur sa peau. Mon corps répond au sien avec une ardeur que je ne me connaissais pas.
La chaleur monte. Pulse. S’intensifie.
Je perds toute notion de temps.
Il murmure mon prénom, encore et encore, comme s’il voulait l’ancrer dans la nuit. Comme s’il voulait que je n’oublie jamais ce moment.
Quand le plaisir me submerge enfin, il me traverse comme une décharge. Je me crispe contre lui, incapable de contenir l’onde qui me secoue.
Il me rejoint, son corps tendu contre le mien, dans un souffle rauque.
Et puis le silence retombe.
Nos respirations restent désordonnées pendant de longues minutes.
Il ne s’éloigne pas.
Au contraire.
Il me garde contre lui, son bras fermement enroulé autour de ma taille. Sa main glisse lentement sur ma peau, dans des gestes plus doux maintenant. Presque protecteurs.
Je sens encore les battements de son cœur sous ma paume.
La nuit ne s’arrête pas là.
Nous nous retrouvons encore. Plus lentement cette fois. Plus profondément. Comme si chaque nouvelle étreinte scellait quelque chose de plus fort entre nous.
Quand l’aube commence à filtrer à travers les rideaux, je suis épuisée et vibrante à la fois.
Il m’observe dans la lumière pâle du matin.
Ses doigts tracent une ligne le long de ma hanche.
— Tu es à moi, murmure-t-il.
Ce n’est pas une menace.
Ce n’est pas une question.
C’est une conviction.
Je devrais m’en inquiéter.
Mais au lieu de ça, je me rapproche de lui.
Je sens déjà que cette nuit ne m’a pas seulement rapprochée de son corps.
Elle m’a liée à quelque chose de plus
profond.
Et au fond de moi, une certitude s’installe lentement :
Je ne suis plus tout à fait la même.
Et lui non plus ne me laissera plus jamais partir facilement.
— ÉlisaLe roman paraît un jeudi de mars. Il s'appelle La Pièce aux vitrines, et sur la couverture, il n'y a pas mon visage, pas le mot témoignage, pas le nom d'Adrien déguisé en énigme. Il y a le titre, mon nom, et une image , une peinture de moi, détail de Sans témoin : la fenêtre, la lumière.La fiction m'a protégée comme Claire l'avait promis. Nora n'est pas moi. Son histoire croise la mienne, la longe, s'en écarte. J'ai inventé des scènes, déplacé d'autres, donné à des personnages des traits de trois femmes mélangées. Personne ne peut dire c'est elle, c'est lui. Et pourtant , c'est le miracle de la fiction , tout y est vrai. Plus vrai, peut-être, que le témoignage ne l'aurait été. Parce que la fiction m'a permis de dire ce que le récit factuel ne peut pas dire :
— ÉlisaJe peins depuis trois heures, debout devant la toile, et je l'avais oublié. Il est assis dans le fauteuil de l'atelier, un livre à la main, et il ne lisait pas , je le réaliserai plus tard , il me regardait.La toile est difficile, en ce moment. Une grande composition, la plus ambitieuse que j'aie tentée, et elle résiste, elle me résiste depuis des semaines. Je reprends les mêmes passages, je racle, je recommence. Il y a dans cette toile quelque chose que je n'arrive pas encore à atteindre, une lumière précise, un équilibre entre le vide et la pleine présence. Ce soir-là, pourtant, quelque chose s'est débloqué. Je ne sais pas quoi. J'ai travaillé comme dans un état second, le corps chaud, le souffle court, la main sûre.Quand je pose le pinceau et que je me retourne, il est là, le livre fermé
— ÉlisaLa décision d'habiter ensemble prend des mois, et ces mois-là sont peut-être la chose la plus saine de toute notre histoire.Parce que nous en parlons. Vraiment. Pas comme on glisse vers une évidence, par paresse, par peur de la solitude, par habitude , mais comme on négocie un pacte entre deux pays souverains. Nous faisons des listes, presque avec humour, mais pas tout à fait. Ce qui est non négociable. Pour moi : un atelier dans l'appartement, une pièce qui soit à moi, avec une porte. Des matinées de solitude garanties. Le droit de partir quelques jours, parfois, sans rendre de comptes. Pour lui : son établi, ses horaires de marche solitaire le dimanche, le silence après vingt-deux heures.Et puis il y a la question du lieu, la plus importante de toutes, et c'est moi qui la pose :— Pas chez toi. Pas chez moi.Il comprend im
— ÉlisaJ'y vais un jeudi matin, seule, sans le dire à personne. Pas à Gabriel, pas à Clara, pas à Claire. Ce n'est pas un secret , c'est une chose qui ne concerne que moi, une visite que je dois faire sans témoin, comme on retourne seul sur une tombe.L'immeuble est là, dans sa rue calme du septième, identique. La façade haussmannienne, les balcons de fer forgé, la porte cochère verte dont la peinture s'écaille exactement comme avant. Le gardien n'est plus le même , un homme jeune, que je ne connais pas, traverse la cour avec un sac de courses, et je suis soulagée de ne pas reconnaître, et de n'être pas reconnue.Je reste sur le trottoir d'en face, une dizaine de minutes. Je regarde les fenêtres du quatrième. Les rideaux ont changé. Il y a une plante sur le balcon, un géranium rouge, chose impossible du temp
— ÉlisaNous partons au Portugal en mai, dix jours, sans programme. Lisbonne d'abord, puis le nord, puis n'importe où selon l'humeur. Rien de spectaculaire , c'est le mot que je répète à Clara, et qui la rassure à moitié. Des tramways jaunes qui grincent dans les ruelles, du soleil sur les azulejos, des cafés où l'on boit des bicas debout au comptoir, du linge qui sèche aux fenêtres au-dessus des rues escarpées, des sardines grillées sur des terrasses bancales, du vin vert trop frais.Et c'est exactement dans cette banalité que je découvre quelque chose d'immense.Je m'en aperçois le troisième jour, assise dans un tramway qui descend vers l'Alfama, Gabriel à côté de moi qui dort, la tête ballottée par les secousses. Je regarde les passagers, les façades, la ville, et soudain je ré
— ÉlisaPendant une semaine, je porte la question avec moi comme une pierre dans ma poche : est-ce que je réponds ?Il serait si facile d'écrire quatre lignes. Élégantes, mesurées, définitives. Quelque chose comme : J'ai lu ta lettre. Je te souhaite de devenir quelqu'un de bien. Ne m'écris plus. Une clôture propre, un dernier mot posé comme un couvercle sur un bocal. Il y aurait une satisfaction là-dedans, je ne me mens pas. La satisfaction de finir le chapitre par un point final de ma main. La satisfaction, peut-être, de lui montrer ma force.Claire m'écoute en parler, un soir, et elle me demande :— Pour qui tu écrirais ? Pour toi, ou pour lui ?La question me cloue. Parce que je ne sais pas. Parce que si j'écris pour moi, pour clore, alors la lettre n'est pas nécessaire , la clôture a déjà eu
Il hoche la tête, lentement. Ses yeux sont brillants, mais il ne pleure pas. Il lutte, comme toujours, contre cette vulnérabilité qu'il refuse de montrer.— Je vais devenir cet homme. Je te le promets. Je vais me battre contre moi-même, contre
AdrienElle rentre avec une heure de retard. Je suis sur le canapé, un livre à la main, mais je n'ai pas lu une ligne depuis trente minutes. Les mots dansent devant mes yeux, se brouillent, perdent leur sens. J'attendais. Je comptais les minutes. Je me ré
Elle me regarde, hoche la tête. Sophie me connaît depuis quinze ans. Elle a vu mes amours, mes déceptions, mes renoncements. Elle sait que celle-ci est différente.– Tu l'appelles comment, maintenant ?– Quoi ?– Lui.
Je me jette dans ses bras, le mouillant complètement.– Je t'aime aussi. Même quand tu es trop protecteur. Surtout quand tu essaies de ne pas l'être.On reste comme ça, enlacés, pendant que l'eau dégouline de mes vête







