Home / LGBTQ+ / Jusqu'à l'obsession / Chapitre 5 — La marque du matin

Share

Chapitre 5 — La marque du matin

last update Petsa ng paglalathala: 2026-02-18 04:41:12

Élisa

Je me réveille avant lui.

La lumière grise de l’aube glisse sur les draps froissés, sur nos corps encore emmêlés, sur la preuve silencieuse de la nuit que nous venons de traverser.

Pendant quelques secondes, je ne bouge pas.

Je sens sa respiration régulière contre ma nuque. Son bras lourd autour de ma taille. Sa jambe entrelacée à la mienne comme pour s’assurer que je suis toujours là.

Je devrais me dégager doucement.

Je ne le fais pas.

Je reste immobile, attentive aux sensations encore vives sur ma peau. Chaque parcelle de moi garde l’empreinte de ses mains. Chaque mouvement me rappelle l’intensité de cette nuit.

Et pourtant… autre chose s’infiltre.

Une question.

Lentement, je me retourne face à lui.

Même endormi, Adrien garde cette intensité presque troublante. Ses traits sont détendus, mais son expression reste marquée par quelque chose de puissant. Comme s’il ne relâchait jamais complètement le contrôle.

Je frôle sa mâchoire du bout des doigts.

Il ouvre les yeux immédiatement.

Comme s’il n’avait jamais vraiment dormi.

Son regard accroche le mien, encore chargé, encore profond.

— Tu pensais partir sans me dire au revoir ? murmure-t-il.

Je cligne des yeux.

— Je ne bougeais pas.

Un léger sourire étire ses lèvres, mais ses yeux restent sérieux.

— Tu réfléchissais.

Il me connaît déjà trop bien.

Je détourne légèrement le regard.

— Je pensais juste…

— À hier ?

Sa main remonte lentement le long de ma hanche. Doucement. Sans précipitation. Mais chaque centimètre qu’il touche réveille mon corps comme une braise qu’on ravive.

— Oui, je finis par admettre.

Il se redresse légèrement, m’obligeant à basculer sur le dos. Son corps plane au-dessus du mien, sans m’écraser, mais m’enveloppant entièrement.

— Et qu’est-ce que tu en conclus ?

Sa voix est plus grave encore que dans la nuit.

Je soutiens son regard.

— Que c’était… intense.

Il frôle mes lèvres du bout des doigts.

— Ce n’est que le début.

Une chaleur monte en moi. Mélange de désir et d’appréhension.

— Tu parles toujours comme ça ? je demande.

— Comme quoi ?

— Comme si tout était écrit d’avance.

Il me regarde longtemps avant de répondre.

— Quand je veux quelque chose, oui.

Ses mots ne sonnent pas comme une plaisanterie.

Je sens un frisson glisser le long de ma colonne vertébrale.

— Et si je décidais que je ne voulais pas aller aussi loin ?

Il ne se braque pas. Ne se crispe pas.

Au contraire.

Ses doigts remontent lentement jusqu’à ma clavicule.

— Alors je te laisserais choisir… murmure-t-il. Mais tu ne feras pas ce choix.

Mon cœur cogne plus vite.

— Tu es très sûr de toi.

— Je suis sûr de ce que j’ai vu dans tes yeux cette nuit.

Il se penche, ses lèvres effleurent ma peau, descendent lentement dans mon cou. Ce n’est pas aussi urgent que la veille. C’est plus lent. Plus profond.

Comme s’il scellait quelque chose.

Mon souffle devient irrégulier malgré moi.

— Adrien…

— Dis-moi d’arrêter.

Encore.

Il répète toujours cette phrase.

Et encore une fois… je ne la prononce pas.

Ses mains explorent avec une précision troublante. Il connaît déjà mes réactions. Les endroits où ma peau s’embrase. Les gestes qui me font basculer.

Mais cette fois, ce n’est pas uniquement charnel.

Il me regarde.

Entre chaque baiser.

Entre chaque mouvement.

Comme s’il voulait s’assurer que je suis là. Que je ressens. Que je cède.

Je passe mes doigts dans ses cheveux, l’attire vers moi.

— Tu ne supportes pas de ne pas contrôler, n’est-ce pas ? murmuré-je.

Il lève les yeux vers moi.

— Je contrôle quand ça m’échappe.

Ses mots me coupent le souffle.

— Et moi ?

Un silence.

Sa main s’arrête sur ma hanche.

— Toi… tu m’échappes déjà un peu.

C’est la première fissure.

La première faille dans son assurance.

Je la sens.

Et étrangement, ça me trouble encore plus.

Il reprend mes lèvres avec une intensité nouvelle. Moins triomphante. Plus urgente.

Nos corps se retrouvent à nouveau, mais d’une manière différente. Moins sauvage que la nuit. Plus profonde. Presque possessive.

Je sens mon corps répondre encore, vibrer, s’abandonner malgré les questions qui naissent dans mon esprit.

Il ne me lâche pas.

Il me retient.

Pas avec force.

Avec présence.

Quand tout se calme enfin, nous restons enlacés longtemps.

Le soleil perce à travers les rideaux.

Je trace distraitement des cercles sur son torse.

— À quoi tu penses ? demande-t-il.

Je n’hésite pas cette fois.

— Que tu es dangereux.

Il sourit légèrement.

— Pour toi ?

Je soutiens son regard.

— Pour moi, oui.

Il rapproche ses lèvres de mon oreille.

— Tu le savais dès que tu m’as vu.

Un frisson me traverse.

Parce qu’il a raison.

Je le savais.

La question n’est plus de savoir si je vais m’éloigner.

La vraie question…

C’est jusqu’où je suis prête à me perdre.

Et au fond de moi, une inquiétude délicieuse s’installe :

Je crois que je viens d’ouvrir une porte.

Et Adrien n’est pas le genre d’homme qui laisse les portes entrouvertes.

Patuloy na basahin ang aklat na ito nang libre
I-scan ang code upang i-download ang App

Pinakabagong kabanata

  • Jusqu'à l'obsession    Chapitre 182 : La première vraie toile

    — ÉlisaLa toile est posée contre le mur, face à la fenêtre, et je la regarde depuis des heures sans oser la toucher. Elle est vierge, immense, blanche de cette blancheur apprêtée qui attend le premier geste. Mais ce n'est plus la même blancheur qu'avant. Avant, elle était un refuge, un vide protecteur, un espace où Adrien ne pouvait pas entrer. Aujourd'hui, elle est autre chose. Une invitation. Un appel. Une promesse de commencement. Et moi, je suis debout devant elle, les pinceaux à la main, le cœur battant, avec une sensation que je n'ai pas ressentie depuis longtemps : l'envie de peindre. Pas de témoigner. Pas de me libérer. Pas de survivre. Peindre. Simplement. Pour la joie, pour la beauté, pour la vie.Je commence par des fonds, des couches de couleur diluée, des transparences qui se superposent. Des ocres doux, des gris bleutés, des blancs cassés. Je ne cherche pas à représenter quelque chose. Je cherche à créer une atmosphère, une lumière, un espace. Et puis, peu à peu, une fo

  • Jusqu'à l'obsession    Chapitre 181: Le vide après la guerre

    — ÉlisaLa guerre est finie, et je ne sais pas quoi faire de cette paix. C'est une sensation étrange, presque inquiétante, comme si le sol se dérobait sous mes pieds après avoir été si longtemps un champ de bataille. Pendant des mois, des années, j'ai consacré toute mon énergie à survivre, à témoigner, à me battre. Chaque jour était une lutte, chaque matin une reconquête, chaque soir une trêve précaire. Et maintenant, il n'y a plus de lutte. Plus de reconquête. Plus de trêve à défendre. Il y a un vide, immense, vertigineux, qui m'aspire vers le bas. Et je ne sais pas comment le traverser.Je reste des journées entières dans mon studio, sans peindre, sans écrire, sans sortir. Je regarde le tableau blanc, mais il ne me parle plus. Il est là, silencieux, comme une vieille connaissance qui n'a plus rien à dire. Je regarde par la fenêtre, mais la ville ne me touche plus. Elle est grise, lointaine, irréelle. Je me lève le matin sans but, je me couche le soir sans fatigue, je mange sans faim

  • Jusqu'à l'obsession    Chapitre 180 : La condamnation

    — ÉlisaLe verdict tombe un mardi matin, sous une pluie fine et glaciale qui semble vouloir laver la ville de toutes ses saletés. Je suis assise dans la salle d'audience, entourée de Caroline, de Clara, de Claire, de mon avocate. Nous avons passé des semaines à attendre ce moment, à le redouter, à l'espérer, à le repousser dans nos pensées. Et maintenant, il est là. La présidente lit le jugement d'une voix claire, posée, qui résonne dans le silence comme une lame. Les mots tombent un à un, précis, définitifs. Adrien Vance est reconnu coupable de harcèlement moral, de menaces réitérées, de violences psychologiques. La cour retient la circonstance aggravante de l'emprise. Elle souligne la préméditation, la manipulation, la destruction systématique de la personnalité des victimes. Elle mentionne les carnets, les vitrines, les bijoux, les témoignages. Et puis elle prononce la peine.Ce n'est pas la peine maximale. Je m'y attendais. La justice est ainsi faite, prudente, mesurée, soucieuse

  • Jusqu'à l'obsession    Chapitre 179 : La chute du masque

    — ÉlisaQuand vient mon tour, je ne suis plus sûre d'avoir la force de me lever. La matinée a été éprouvante, les témoignages de Caroline et des autres femmes ont ouvert des brèches en moi, des brèches par lesquelles remontent des flots de souvenirs, de peurs, de douleurs que je croyais apaisées. Mais il le faut. Je le sais. Je le sens. Ma place est là, à la barre, face aux juges, face à lui, face à cette vérité que j'ai portée si longtemps toute seule. Alors je me lève, je traverse la salle, je m'installe à la barre. Mes jambes tremblent, mais je tiens debout. Je prête serment d'une voix que je veux ferme, et je sens le regard d'Adrien posé sur moi. Je ne le fuis pas. Je le soutiens. Et ce regard, pour la première fois, ne me paralyse pas. Il m'éclaire.La présidente me pose les premières questions. Simple, précises, factuelles. Depuis quand connaissiez-vous Adrien Vance ? Comment votre relation a-t-elle commencé ? Où viviez-vous ? Je réponds d'une voix calme, mesurée, sans chercher

  • Jusqu'à l'obsession    Chapitre 178: Le jugement

    — ÉlisaLe palais de justice est un bâtiment immense, solennel, écrasant. Je l'ai vu tant de fois de l'extérieur, en passant en voiture ou à pied, sans jamais y entrer. Aujourd'hui, je franchis ses portes pour la première fois, et je me sens minuscule, comme une fourmi pénétrant dans une cathédrale. Les couloirs sont interminables, les sols de marbre résonnent sous les pas, les portes vitrées laissent entrevoir des salles d'audience vides. Il y a une odeur de poussière et de papier, une odeur d'institution, de formalité, de gravité. Caroline marche à côté de moi, silencieuse, le visage pâle. Clara nous a accompagnées jusqu'aux marches, puis elle est restée dehors, incapable d'entrer. Elle m'a dit qu'elle m'attendrait, qu'elle serait là à la sortie, quoi qu'il arrive. Et je sais qu'elle le fera.La salle d'audience est plus petite que je ne l'imaginais. Les murs sont couverts de boiseries sombres, les bancs sont en bois clair, les hautes fenêtres laissent entrer une lumière grise qui t

  • Jusqu'à l'obsession    Chapitre 177 : La honte de l'apaisement

    — ÉlisaJe ne sais pas quoi faire de cette paix. Elle m'encombre, elle me déstabilise, elle me fait peur. Je me surprends à guetter le drame, à chercher la faille, à provoquer presque le conflit pour retrouver une sensation familière. Avec Gabriel, tout est trop calme, trop simple, trop doux. Il ne me fait pas trembler, il ne me fait pas pleurer, il ne me fait pas perdre le sommeil. Et une partie de moi, une partie que je déteste, une partie qui a été façonnée par des années de violence et de manipulation, me murmure que ce n'est pas de l'amour. Que l'amour, c'est le feu, c'est le manque, c'est la douleur. Que sans ces ingrédients, il ne reste qu'une tiédeur fade, une affection sans profondeur, une relation qui ne vaut pas la peine d'être vécue.Cette voix intérieure me hante, surtout la nuit. Je me retourne dans mon lit, je fixe le

  • Jusqu'à l'obsession    Chapitre 51 : La déclaration 3

    Il hoche la tête, lentement. Ses yeux sont brillants, mais il ne pleure pas. Il lutte, comme toujours, contre cette vulnérabilité qu'il refuse de montrer.— Je vais devenir cet homme. Je te le promets. Je vais me battre contre moi-même, contre

  • Jusqu'à l'obsession    Chapitre 47 : Les messages 2

    Je m'étire, attrape mon téléphone machinalement sur la table de nuit. L'écran s'allume. Et là, un détail me frappe, me percute de plein fouet.La conversation avec Thomas est ouverte.Je ne l'avais pas laissée ouverte. J

  • Jusqu'à l'obsession    Chapitre 38 : La promotion manquée 3

    AdrienElle rentre avec une heure de retard. Je suis sur le canapé, un livre à la main, mais je n'ai pas lu une ligne depuis trente minutes. Les mots dansent devant mes yeux, se brouillent, perdent leur sens. J'attendais. Je comptais les minutes. Je me ré

  • Jusqu'à l'obsession    Chapitre 34 : Mon refuge

    Elle me regarde, hoche la tête. Sophie me connaît depuis quinze ans. Elle a vu mes amours, mes déceptions, mes renoncements. Elle sait que celle-ci est différente.– Tu l'appelles comment, maintenant ?– Quoi ?– Lui.

Higit pang Kabanata
Galugarin at basahin ang magagandang nobela
Libreng basahin ang magagandang nobela sa GoodNovel app. I-download ang mga librong gusto mo at basahin kahit saan at anumang oras.
Libreng basahin ang mga aklat sa app
I-scan ang code para mabasa sa App
DMCA.com Protection Status