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Chapitre 6 — L’empreinte sous la peau

last update Last Updated: 2026-02-18 04:42:33

Élisa

Je rentre chez moi en fin d’après-midi.

J’ai quitté Adrien plus tard que prévu. Beaucoup plus tard. Le temps s’est dissous entre ses draps, dans ses bras, dans ses silences chargés et ses regards qui me déshabillaient encore même après la nuit.

Quand je sors de son immeuble, le jour est déjà bien installé. Le monde continue normalement. Les gens marchent. Les voitures circulent. Rien ne semble bouleversé.

Sauf moi.

Je marche jusqu’au métro avec cette sensation étrange d’avoir laissé quelque chose derrière moi. Ou peut-être d’avoir emporté quelque chose avec moi.

Son odeur est encore accrochée à ma peau.

Ses marques invisibles aussi.

Je touche distraitement ma bouche en repensant à la manière dont il m’a embrassée avant que je parte. Lentement. Intensément. Comme un rappel.

— Tu reviens ce soir, avait-il soufflé contre mes lèvres.

Pas une question.

Une projection.

Je n’ai pas répondu.

Je n’ai pas refusé non plus.

---

Quand j’ouvre la porte de mon appartement, le silence me frappe.

Un silence familier. Rassurant. Indépendant.

Je referme derrière moi et m’appuie contre la porte.

Je respire.

Ici, tout m’appartient.

Chaque meuble. Chaque mur. Chaque décision.

Alors pourquoi ai-je l’impression qu’il est encore là ?

Je traverse le salon, retire mes chaussures, laisse tomber mon sac. Mes gestes sont mécaniques.

Dans la salle de bain, je me regarde dans le miroir.

Je ne suis plus tout à fait la même.

Il y a quelque chose dans mon regard. Une lueur différente. Une profondeur nouvelle. Comme si la nuit avait creusé en moi un sillon invisible.

Mes doigts glissent sur ma clavicule, sur la ligne de mon cou. Je sens encore la chaleur de ses lèvres. Mon ventre se serre au souvenir de ses mains, de la manière dont il murmurait mon prénom.

Je ferme les yeux.

Pourquoi est-ce que ce souvenir m’ébranle autant ?

Ce n’était pas seulement physique.

C’était autre chose.

Une intensité émotionnelle qui dépasse la logique.

Mon téléphone vibre.

Mon cœur rate un battement.

Je le sais avant même de regarder.

Adrien.

Un simple message.

Tu me manques déjà.

Je relis ces mots plusieurs fois.

Ils sont simples.

Mais venant de lui, ils pèsent.

Je pourrais attendre avant de répondre.

Je devrais attendre.

Mais mes doigts glissent déjà sur l’écran.

Toi aussi.

Je pose le téléphone comme s’il pouvait me brûler.

Une minute.

Puis une autre vibration.

Je pensais à toi dans ma douche.

Mon souffle se coupe.

Mon corps réagit immédiatement, traître. Une chaleur monte, lente, insidieuse. L’image m’envahit sans que je puisse la contrôler.

Je m’assois sur le bord du lit.

Pourquoi a-t-il ce pouvoir sur moi ?

Ce n’est qu’un homme.

Un homme rencontré hier.

Pourtant, j’ai l’impression qu’il occupe déjà trop d’espace dans mon esprit.

Je me lève brusquement.

Je refuse d’être happée ainsi.

Je vais dans la cuisine, bois un verre d’eau, tente de retrouver une normalité.

Mais chaque pièce me semble plus froide sans sa présence.

Chaque silence plus lourd.

Je prends une douche pour effacer son odeur.

Mauvaise idée.

L’eau chaude réveille chaque souvenir. Chaque frisson de la nuit. Mes mains glissent sur ma peau et les images reviennent avec une netteté troublante.

Sa voix.

Son regard.

Ses mains.

Je ferme les yeux sous le jet.

— Tu es à moi.

Ses mots résonnent encore.

Pourquoi ne me suis-je pas rebellée ?

Pourquoi cette phrase m’a-t-elle fait frissonner au lieu de me faire fuir ?

Quand je sors de la douche, mon téléphone vibre encore.

Je souris malgré moi.

Deuxième erreur.

Tu penses à moi, écrit-il.

Ce n’est pas une question.

Je tape :

Peut-être.

La réponse arrive immédiatement.

Je le sens.

Un frisson me traverse.

Comment peut-il affirmer les choses avec une telle certitude ?

Parce qu’au fond… il n’a pas tort.

Je m’allonge sur mon lit, le regard fixé au plafond.

Je sais que je devrais ralentir.

Poser des limites.

Respirer.

Mais quelque chose en moi a envie d’accélérer.

De replonger.

Mon téléphone sonne.

Cette fois, c’est un appel.

Je reste figée quelques secondes avant de décrocher.

— Élisa.

Sa voix traverse le combiné avec la même intensité que s’il était dans la pièce.

— Oui ?

— Tu es chez toi.

Ce n’est pas une question.

Mon cœur bat plus vite.

— Oui.

Un silence.

Je l’imagine, chez lui, peut-être allongé, peut-être debout devant la fenêtre.

— Je n’aime pas cette distance.

Ses mots me surprennent.

— Ça fait à peine quelques heures, Adrien.

— Trop longues.

Je m’assois, me recroquevillant légèrement sur moi-même.

— Tu vas vite.

— Je ne sais pas faire autrement.

Sa franchise me déstabilise encore plus que son assurance.

— Et si moi j’ai besoin d’aller plus doucement ?

Un silence plus long cette fois.

— Alors je marcherai à ton rythme… mais ne me demande pas de ressentir moins.

Ces mots m’atteignent en plein cœur.

Il ne promet pas de réduire l’intensité.

Seulement de la contenir.

Je ne sais pas si c’est rassurant… ou inquiétant.

— Élisa… ajoute-t-il plus bas.

— Oui ?

— Depuis que tu es partie, j’ai l’impression qu’il me manque quelque chose.

Mon souffle se trouble.

Je devrais me méfier d’un homme qui parle ainsi après une seule nuit.

Mais je ressens la même chose.

Un vide diffus.

— C’est peut-être justement ça qui est dangereux, dis-je doucement.

— Oui.

Il ne nie pas.

— Et tu as peur ?

Je réfléchis une seconde.

— Un peu.

— Moi aussi.

Son aveu me surprend.

Adrien et la peur ne semblent pas compatibles.

— Mais je n’ai pas l’intention de m’enfuir.

Mon cœur cogne.

Parce qu’au fond… moi non plus.

Je réalise alors, allongée dans mon appartement trop calme, qu’il ne s’agit plus seulement d’une nuit torride.

Il s’agit d’un attachement qui se forme trop vite.

Trop fort.

Et je ne sais pas encore si je suis en train de tomber amoureuse…

Ou de m’attacher à un homme qui ne connaît pas la demi-mesure.

Mais une chose est certaine :

Quand mon téléphone s’allume de nouveau avec son prénom, mon cœur s’illumine avec lui.

Et ça…

C’est peut-être le début du véritable danger.

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