ANMELDENDans le corridor, après la séance, je fais le compte avec Damaris, et le compte est sombre.
— Les délais ? dis-je.
— Les troupes de Fenris sont à dix jours de marche. Estel, douze. Solaris a promis ses compagnies d'élite, mais elles sont à l'ouest, quinze jours au mieux. En regroupant à Valcroix, nous pouvons frapper les gorges dans trois semaines.
— Trop tard, dis-je. La conjonction dont par
— SeleneLe retour au manoir prend trois jours.Nous chevauchons doucement, sans hâte. Rhaegar à ma droite, Nyra à ma gauche, Kaelen et Damaris derrière, les vingt hommes en file. Nous traversons des forêts, des rivières, des villages qui nous saluent. La nouvelle de la négociation s'est répandue. Les gens savent que la femme rousse est partie vers l'est, que la guerre n'aura pas lieu, que l'Alpha d'Alverac a tenu tête sans verser de sang.Ils nous regardent passer avec ce respect que les meutes réservent aux vainqueurs qui n'ont pas eu à tuer.Nyra, à dix-sept ans, a les épaules droites et le regard clair. Elle a tenu un couteau, elle n'a pas tué. Elle a entendu la lettre de Cassien, elle l'a brûlée. Elle a vu Ombrelune sur son trône, elle ne s'est pas inclinée. Elle est, déjà, plus Alpha que je ne l'ét
Elle sourit, plus largement.— Si tu refuses, la guerre continue. Mes hommes sont partout. Ils ne gagneront pas contre toi, pas tout de suite. Mais ils te fatigueront. Ils te harcèleront. Ils toucheront à ce que tu aimes, un par un, jusqu'à ce que tu comprennes que la lumière ne suffit pas.Je la regarde.Je regarde Nyra, qui se tient à ma droite.Je regarde Rhaegar, à ma gauche.Je regarde la femme sur le trône.— Kaï.— Selene.— Je refuse.Elle ne bouge pas.— Je refuse ton partage, continué-je. Je refuse ta paix armée. Je refuse de te reconnaître comme une puissance. Tu n'es pas une puissance. Tu es une héritière d'un rituel de sang qui a vidé des femmes pendant un siècle. Tu es la fille d'Ombrelune. Tu es née dans l'ombre de quelque chose que je combats depuis
L'homme est au sol, désarmé, immobile. Il halète. Il regarde Nyra. Il ne demande pas grâce. Il attend.Nyra tient le couteau.Elle le tient contre la gorge de l'homme.Elle ne le tue pas.Elle ne le tue pas parce qu'elle m'a vue, un jour de Noël, dans une chapelle abandonnée, retenir ma propre main à une seconde de tuer Ilyria.Elle ne le tue pas parce qu'elle a appris, depuis huit ans, que la force n'est pas dans la lame, mais dans la décision de la retenir.Elle se redresse. Elle garde le couteau en main.— Relève-toi.L'homme la regarde.— Relève-toi, répète-t-elle. Tu es désarmé. Tu es vivant. Tu vas repartir. Tu vas dire à Ombrelune que la fille de l'Alpha n'a pas tué un homme désarmé. Tu vas lui dire que si elle veut me prendre, elle devra venir elle-même.
Je note l'information.— Bien, Kaelen. Continue la recherche. Ramène-moi Ilyria vivante, si tu la trouves. Ou ramène-moi la preuve de sa sortie.Il incline la tête.— Bien, Alpha.Il sort.Je reste seule dans mon cabinet.Je pense à Ilyria.Je pense à la lettre qu'elle m'a envoyée un an plus tôt, celle où elle disait qu'elle avait commencé à comprendre.Je pense au laboratoire brûlé.Je pense à la femme qui s'est jetée dans le feu et qui, probablement, en est sortie par un tunnel qu'elle avait repéré seule, dans la pénombre, avant d'allumer la première flamme.Je pense qu'Ilyria n'est pas morte.Je pense qu'elle a choisi de disparaître.Je pense qu'elle a brûlé la preuve de ce qu'elle a été pour pouvoir, un jour, revenir
Je ne connais pas le nom de ta mère biologique. Ombrelune ne donnait jamais son nom. Elle signait avec une pierre noire. Mais je sais qu'elle n'est pas morte. Elle vit quelque part, à l'est, au-delà des territoires officiels. Elle n'a jamais renoncé à toi. Elle t'a placée ici, dans le camp de son ennemie, pour que tu grandisses à l'endroit exact où elle voulait un jour te reprendre.Je suis désolé, Nyra. Pas pour moi. Pour toi. Pour la vie qu'on t'a faite sans te demander.Cassien.Le silence, sous le frêne, dura longtemps.L'eau coulait sur les pierres avec un bruit de soie. Un oiseau chanta quelque part dans les branches, puis se tut. Le vent passa dans les feuilles naissantes, comme un murmure.Nyra n'avait pas bougé.— Nyra.Elle tourna la tête vers moi. Ses yeux étaient secs.— Oui, mère.
Il m'a regardée longuement.— Merci, Alpha.— Ne me remercie pas. Remercie-toi d'avoir arrêté de porter.Il s'est levé. Il a suivi Damaris.Je suis restée seule dans la pièce sans fenêtre.J'ai regardé la table, la chaise vide, la lampe.J'ai regardé mes mains.Elles n'avaient pas tremblé.Elles n'avaient rien cassé, rien brûlé, rien tordu.C'était la torture propre.Et pourtant, en sortant de cette pièce, je me suis arrêtée dans le corridor et j'ai appuyé mon front contre la pierre froide. J'ai fermé les yeux. J'ai respiré dix fois, lentement, en comptant chaque inspiration, chaque expiration, comme j'avais appris à le faire dans les nuits qui avaient suivi la découverte du coffre.J'avais appris ce que je voulais apprendre. Un réseau. Un n







