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Chapter 5

Author: S.j maria
last update publish date: 2026-09-03 15:40:19

Ce que le Silence Cache

Elle ne fit pas ses valises.

Trois jours passèrent sans qu'ils échangent un mot de plus que le strict nécessaire — un « bonjour » glacial au petit-déjeuner, un « bonsoir » tout aussi vide au dîner. Ophélie passait ses journées dans le jardin ou enfermée dans sa chambre, ressassant sans fin la même question : que faire d'une vérité qui ne changeait rien à sa situation, sinon la rendre plus insupportable ?

C'est Mathilde qui rompit finalement le silence, un après-midi où elle trouva Ophélie assise sur les marches de la terrasse, le regard perdu vers la mer.

— Vous devriez lui parler, Madame.

— Lui parler ? Il m'a menti depuis le premier jour, Mathilde. Il a orchestré la ruine de mon père pour m'enfermer ici, comme une pièce de vengeance.

Mathilde s'assit lentement à ses côtés, ses mains ridées jointes sur ses genoux.

— Puis-je vous raconter quelque chose, avant que vous ne le jugiez trop sévèrement ?

— Je vous écoute.

— J'ai vu cet enfant grandir, Madame. J'étais là , la nuit où on l'a ramené à la maison, en état de choc, incapable de parler pendant des semaines après avoir vu sa mère mourir devant lui. J'ai vu l'homme qu'il est devenu — dur, calculateur, oui, mais aussi profondément seul. Vous êtes la première personne, depuis vingt ans, à qui il ait parlé de cette nuit-là .

— Cela ne change rien à ce qu'il m'a fait.

— Non, concéda Mathilde. Mais cela explique peut-être pourquoi, hier soir, je l'ai trouvé dans son bureau, à regarder une photo de vous qu'il avait prise sans que vous le sachiez, avec une expression que je ne lui avais jamais vue.

Ophélie sentit sa gorge se serrer malgré elle.

— Quelle expression ?

— Celle d'un homme qui découvre, avec horreur, qu'il commence à ressentir exactement ce qu'il avait juré de ne plus jamais ressentir.

Ce soir-là , Ophélie le trouva dans le bureau, comme elle s'y attendait, les yeux fixés sur le coffre qu'elle n'avait toujours pas le droit de toucher.

— Gabriel.

Il se retourna, surpris de la voir là après trois jours de silence.

— Tu es venue me dire que tu pars ?

— Je suis venue vous poser une seule question. Et je veux une réponse honnête, pour une fois.

— Je t'écoute.

— Quand vous avez orchestré tout cela — la ruine de mon père, ce mariage — est-ce que vous saviez, dès le début, que cela finirait ainsi ? Que vous commenceriez à ... 

Elle s'arrêta, incapable de terminer sa phrase.

— À quoi, Ophélie ?

— À ne plus seulement vouloir vous venger de mon père à travers moi.

Il resta silencieux un long moment, le visage traversé par un conflit qu'elle ne lui avait encore jamais vu livrer aussi ouvertement.

— Non, dit-il finalement, la voix rauque. Je n'avais pas prévu ça. Je pensais pouvoir garder une distance parfaite. Te traiter comme une pièce sur un échiquier, rien de plus. Mais tu as cette manière de me regarder droit dans les yeux, sans jamais reculer, même quand je te fais peur — et j'ai commencé à oublier pourquoi je t'avais fait venir ici.

— C'est censé me rassurer ou m'effrayer davantage ?

— Je ne sais pas, avoua-t-il, et pour la première fois, elle entendit dans sa voix quelque chose qui ressemblait à de la vulnérabilité. Je n'ai plus l'habitude de ne pas savoir.

Elle s'approcha du coffre, posa sa main sur le métal froid.

— Qu'y a-t-il là -dedans, Gabriel ? La vraie réponse, cette fois.

Il s'approcha à son tour, sa main se posant sur la sienne — pas pour l'écarter, mais pour l'accompagner dans le geste.

— Tout ce qui me reste d'elle. Et tout ce qu'il me faudra pour finir ce que j'ai commencé contre ton père.

— Alors ce n'est pas terminé.

— Non, répondit-il, son regard plongé dans le sien avec une intensité nouvelle. Rien n'est terminé, Ophélie. Ni la vengeance. Ni nous.

Dehors, l'orage qu'elle avait toujours senti gronder en lui éclata enfin dans le ciel marseillais, et pour la première fois depuis son arrivée dans l'antre du lion, Ophélie ne sut plus si elle avait peur de l'homme qui se tenait devant elle, ou de ce qu'elle commençait, malgré elle, à ressentir pour lui.

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