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Chapter 6

Author: S.j maria
last update publish date: 2026-09-03 15:45:50

Trêve Fragile

L'orage qui avait éclaté cette nuit-là sur Marseille semblait avoir emporté avec lui quelque chose de la froideur qui régnait entre eux. Non pas que les tensions aient disparu — mais un fragile armistice s'était installé, fait de silences moins hostiles et de regards qui s'attardaient un peu trop longtemps avant de se détourner.

Ophélie descendit ce matin-là pour trouver Gabriel déjà attablé, une carte dépliée devant lui, entourée de photographies qu'il rangea précipitamment à son arrivée.

— Bonjour, dit-elle prudemment, s'asseyant en face de lui.

— Bonjour, répondit-il, sa voix moins tranchante que d'habitude.

— Vous cachez encore quelque chose ?

— Je protège encore quelque chose. Ce n'est pas la même chose.

Elle laissa échapper un demi-sourire, le premier depuis des jours.

— Vous avez décidément un vocabulaire très personnel pour désigner vos secrets.

— C'est une compétence qu'on développe, dans mon métier.

— Et quel est exactement votre métier, Gabriel ? Personne ne me l'a jamais vraiment expliqué, en dehors des rumeurs.

Il posa sa tasse, l'observant un instant comme s'il soupesait ce qu'il pouvait révéler.

— Je dirige des affaires. Import-export, essentiellement. Certaines légales. D'autres beaucoup moins.

— Vous êtes étonnamment honnête, ce matin.

— Je t'ai déjà menti une fois de trop. Je n'ai pas l'intention de recommencer.

Un serveur — Antoine, un jeune homme discret qu'elle croisait rarement — apporta le courrier du matin, une pile d'enveloppes que Gabriel trria distraitement jusqu'à s'arrêter sur l'une d'elles, le papier crème frappé d'un sceau familier.

Ophélie sentit son sang se figer en reconnaissant l'écriture sur l'enveloppe.

— C'est de mon père.

Gabriel la fixa un instant, puis la fit glisser vers elle sans un mot.

— Tu veux l'ouvrir ?

Elle hésita, les mains tremblantes, avant de déchirer l'enveloppe. La lettre était brève, écrite d'une main visiblement affaiblie :

*« Ma fille, je sais que tu me détestes, et tu as toutes les raisons de le faire. Mais je dois te voir. Il y a des choses que tu dois savoir sur cet homme que tu as épousé — des choses qu'il ne te dira jamais lui-même. Viens me voir, seule, sans lui. C'est urgent. — Ton père. »*

Elle releva les yeux vers Gabriel, qui n'avait pas bougé, le visage impénétrable.

— Il veut me voir. Seule.

— Je l'imagine bien, répondit Gabriel, une pointe d'amertume perçant sous le calme apparent.

— Vous allez m'en empêcher ?

— Non, dit-il après un silence. Mais tu n'iras pas seule. Marco t'accompagnera. Discrètement.

— Vous ne me faites pas confiance ?

— Je ne fais pas confiance à *lui*, Ophélie. Ton père est un homme désespéré, et les hommes désespérés sont capables de tout — y compris d'utiliser leur propre fille comme appât.

— Appât pour quoi ?

— Pour m'atteindre. Ou pour te reprendre. Je ne sais pas encore lequel des deux m'inquiète le plus.

Elle ne sut que répondre. La sincérité brute de cette phrase, dépourvue de son cynisme habituel, la troublait davantage que n'importe quelle menace voilée.

L'après-midi même, elle se retrouva dans un café discret du Panier, Marco posté à quelques tables de distance, observant la rue d'un œil vigilant tandis que son père — amaigri, les traits creusés par des semaines qu'elle n'avait pas vécues à ses côtés — s'asseyait face à elle.

— Tu as l'air bien installée dans cette vie, dit-il avec une amertume mal dissimulée.

— Tu m'as vendue à un homme qui, je viens de l'apprendre, a orchestré ta ruine pour se venger de la mort de sa mère. Pardonne-moi si je ne trouve pas cela particulièrement confortable.

Son père blêmit.

— Il t'a dit.

— Il m'a dit. Tu savais, n'est-ce pas ? Depuis le début, tu savais pourquoi il voulait m'épouser.

— Je l'ai compris trop tard, Ophélie. Quand j'ai voulu reculer, il était déjà trop tard — mes dettes étaient trop importantes, mes ennemis trop nombreux. Je n'avais plus le choix.

— Tu as toujours le choix de me dire la vérité, maintenant. Que voulais-tu me révéler qu'il ne me dirait jamais lui-même ?

Son père se pencha, sa voix se réduisant à un murmure à peine audible.

— Il ne s'arrêtera pas à la ruine, Ophélie. Sa vengeance ne fait que commencer. Et quand elle sera terminée... il n'aura plus besoin de toi.

Un frisson glacé la traversa, mais elle refusa de le laisser paraître.

— Qu'est-ce que ça signifie exactement ?

— Cela signifie qu'un jour, très bientôt, tu risques de découvrir que ton mariage a une date d'expiration bien plus précise que le simple « un an » qu'on t'a promis. Méfie-toi de lui, ma fille. Et méfie-toi surtout du jour où il n'aura plus besoin de faire semblant.

Elle quitta le café le cœur battant, les paroles de son père tournant en boucle dans son esprit tout le trajet du retour, sous le regard silencieux et attentif de Marco.

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