LOGIN« Monsieur Valmont, toutes les affaires de Madame Amélia ont été retirées de cet appartement. »
Nicolas se tenait sur le seuil du penthouse qui avait autrefois été son domicile, regardant Madame Rousseau qui se tenait debout, les mains croisées sur la poitrine.
« Quand cela s’est-il passé ? » demanda-t-il d’un ton neutre.
« Il y a environ une semaine, Monsieur. Madame Amélia est venue accompagnée d’une amie ; elles ont emporté ses affaires dans quelques cartons. »
« A-t-elle laissé une nouvelle adresse ? Ou un message quelconque ? »
Madame Rousseau secoua la tête. « Non, Monsieur. Elle a simplement rendu les clés et m’a demandé de ne dire à personne où elle partait. »
« Y compris moi ? »
« Surtout vous, Monsieur. » La femme ajouta d’une voix plus douce : « Excusez-moi si ce n’est pas à moi de le dire, mais Madame Amélia avait l’air très différente ce jour-là. Plus maigre, plus pâle. Je m’inquiète pour son état. »
Nicolas acquiesça doucement, même s’il sentait un poids sur la poitrine. « Merci, Madame. Je vous laisse. »
Dès que Madame Rousseau eut fermé la porte, Nicolas sortit son téléphone portable.
« Étienne, j’ai besoin que tu fasses une recherche pour moi. »
« Bien sûr, Monsieur. Que souhaitez-vous ? »
« Vérifie s’il y a eu des réservations de billets au nom d’Amélia Fournier au cours des deux dernières semaines. Avion, train, n’importe quoi. »
Il y eut un bref silence. « Puis-je vous demander, Monsieur ? Est-ce lié au travail, ou… »
« C’est personnel », l’interrompit rapidement Nicolas. « Occupez-vous-en. Le plus vite possible. »
« D’accord, Monsieur. »
Nicolas rangea son téléphone dans sa poche et entra dans la chambre. La pièce lui semblait plus grande que dans ses souvenirs. L’armoire dans le coin était entrouverte, dévoilant une rangée de cintres vides où pendaient autrefois les robes d’Amélia.
Il ouvrit le tiroir de la table de chevet pour y chercher quelques vieux documents. Mais sa main buta sur quelque chose qu’il ne reconnut pas : une petite boîte enveloppée dans du papier cadeau soyeux, avec un fin ruban encore soigneusement noué.
Son téléphone sonna.
« Nicolas. » La voix de Céleste retentit de l’autre côté du téléphone. « Tu es toujours dans l’ancien appartement ? Je pensais que ça ne prendrait que dix minutes. »
« Il me reste encore quelques détails à régler. »
« La réunion avec l’équipe juridique va bientôt commencer. Je t’attends dans le hall. »
« Donne-moi encore quelques minutes. »
« Nicolas. » Le ton de Céleste changea, devenant plus sec. « Pourquoi te donnes-tu encore la peine de revenir ici ? Votre relation est terminée. Cet appartement, cette femme, tout ça, c’est du passé. »
« Je viens juste récupérer mes affaires, Céleste. »
« D’accord. Mais dépêche-toi. »
La communication fut coupée. Nicolas posa son téléphone et reporta son regard sur la petite boîte qu’il tenait dans ses mains. Pas d’étiquette, pas de carte. Juste une boîte emballée avec le soin que seul quelqu’un qui tient profondément au destinataire peut apporter.
Il se souvint de cette soirée. La table à manger magnifiquement dressée, les bougies allumées, ses plats préférés soigneusement disposés. À ce moment-là, il était trop occupé à se préparer à gâcher cette soirée pour remarquer ce qu’Amélia avait préparé pour lui.
Nicolas s’assit sur le bord du lit et défit lentement le ruban de la boîte.
« Qu’est-ce que c’est… ? »
À l’intérieur de la boîte, enveloppée dans du papier de soie, se trouvait une petite photo en noir et blanc. Une image floue qui semblait familière à quiconque l’avait déjà vue.
Une échographie.
Son téléphone sonna à nouveau. C’était Étienne.
« Monsieur, j’ai trouvé quelque chose. »
« Dites-moi. »
« Il y a une réservation de billet d’avion au nom d’Amélia Fournier, à destination de Rivermont, il y a deux jours. Un aller simple. Aucun billet de retour n’est enregistré. »
« Rivermont. » Nicolas répéta ce nom à voix basse.
« Avez-vous besoin d’autre chose, Monsieur ? »
« Non. Merci, Étienne. »
Nicolas mit fin à l’appel, mais sa main continuait de serrer le téléphone sans qu’il n’entende plus rien.
Il retourna la photo d’échographie qu’il tenait dans sa main. Au dos, figurait une date qu’il reconnut immédiatement. La date de leur anniversaire de mariage. La soirée où il avait posé la lettre de divorce sur la table à manger.
Dans un coin de la photo, il y avait une petite note manuscrite du médecin.
Âge gestationnel : 6 semaines.
« Six semaines… », murmura Nicolas d’une voix à peine audible.
Il essaya de faire le calcul. Si cette échographie avait été réalisée le soir même, et que l’âge gestationnel était déjà de six semaines à ce moment-là…
Ses mains se mirent à trembler.
« C’est impossible… »
Il fixa la photo, puis la boîte vide posée sur ses genoux, puis à nouveau la photo. Ce soir-là, alors qu’il se tenait face à Amélia et lui disait vouloir épouser une autre femme, alors qu’il laissait Amélia seule au milieu d’une table de dîner remplie de plats et de surprises qu’elle n’aurait jamais eu l’occasion de découvrir…
Amélia était déjà enceinte de son enfant.
Et maintenant, elle était partie. À Rivermont. Seule.
« Amélia est partie… alors qu’elle portait mon enfant. »
La porte de la chambre s’ouvrit sans qu’on frappe.
« Nicolas, j’ai attendu trop longtemps… » Céleste s’arrêta sur le seuil, le regard fixé sur la petite photo que Nicolas tenait toujours dans sa main. « Qu’est-ce que c’est ? »
Nicolas cacha rapidement la photo dans la poche de sa veste, mais trop tard.
« Ce n’est rien. » Sa voix n’était pas aussi assurée que d’habitude.
Céleste entra et le fixa d’un regard perçant. « C’est une échographie, n’est-ce pas ? À qui appartient-elle, Nicolas ? »
Nicolas resta silencieux, pris au dépourvu. Céleste le regarda avec un sourire en coin qui n’atteignait pas ses yeux.
« Je savais dès le début que tu me cachais quelque chose », dit-elle doucement. « Alors dis-moi la vérité. Que se passe-t-il ? »
« À qui est-ce que ça appartient, Nicolas ? »Céleste se tenait toujours sur le seuil de la porte, les yeux rivés sur la main de Nicolas qui venait de glisser la photo dans la poche de sa veste.« Je t’ai dit que ce n’était rien. » Nicolas se leva du bord du lit, ajustant sa veste d’un geste trop maîtrisé pour paraître décontracté.« Nicolas. » La voix de Céleste était grave et avait un poids qu’on ne pouvait ignorer. « Je ne suis pas idiote. C’est une échographie. Et la seule personne qui ait jamais vécu ici avec toi, c’est Amélia. »Nicolas ne répondit pas. Il se dirigea vers la fenêtre, tournant le dos à Céleste.« Elle est enceinte ? » insista Céleste, d’une voix plus douce. « Quand vous avez divorcé, elle était enceinte ? »« Ça ne te regarde pas. »« Ça ne me regarde pas ? » Un petit rire dépourvu d’humour s’échappa des lèvres de Céleste. « Nicolas, je suis ta femme maintenant. Si ton ex-femme est partie avec ton enfant, ça me regarde tout à fait. »Nicolas poussa un long soupir
« Monsieur Valmont, toutes les affaires de Madame Amélia ont été retirées de cet appartement. »Nicolas se tenait sur le seuil du penthouse qui avait autrefois été son domicile, regardant Madame Rousseau qui se tenait debout, les mains croisées sur la poitrine.« Quand cela s’est-il passé ? » demanda-t-il d’un ton neutre.« Il y a environ une semaine, Monsieur. Madame Amélia est venue accompagnée d’une amie ; elles ont emporté ses affaires dans quelques cartons. »« A-t-elle laissé une nouvelle adresse ? Ou un message quelconque ? »Madame Rousseau secoua la tête. « Non, Monsieur. Elle a simplement rendu les clés et m’a demandé de ne dire à personne où elle partait. »« Y compris moi ? »« Surtout vous, Monsieur. » La femme ajouta d’une voix plus douce : « Excusez-moi si ce n’est pas à moi de le dire, mais Madame Amélia avait l’air très différente ce jour-là. Plus maigre, plus pâle. Je m’inquiète pour son état. »Nicolas acquiesça doucement, même s’il sentait un poids sur la poitrine.
« Amélia, tu es là ? Je passe. »La voix de Juliette retentit derrière la porte du petit appartement où Amélia résidait provisoirement depuis deux semaines. La porte s’ouvrit avant même qu’Amélia n’ait eu le temps de répondre, et sa meilleure amie entra précipitamment, son téléphone encore allumé à la main.Amélia se leva du canapé et se frotta les yeux. « Qu’est-ce qu’il y a ? Tu as l’air paniquée. »Juliette resta sur le seuil, hésitante un instant. « Je crois que tu devrais voir ça par toi-même. »« Voir quoi ? »Sans répondre, Juliette s’assit à côté d’Amélia et alluma la petite télévision qui se trouvait dans la pièce. L’écran diffusait le journal télévisé de midi, avec un gros titre clignotant en bas de l’écran : « Le mariage somptueux du PDG de Valmont Global Industries et de l’héritière de la famille Beaumont. »Amélia sentit son cœur se glacer.À l’écran, la caméra braquait un bâtiment somptueux orné de fleurs blanches et de lustres en cristal, rempli d’invités en tenue de so
« Mademoiselle, ça va ? »La voix provenait d’une femme d’âge mûr derrière le comptoir d’une petite pharmacie située non loin du penthouse. Amélia se tenait près du rayonnage des médicaments, s’agrippant fermement au mur, car elle avait la tête qui tournait et le corps chancelant.Amélia leva les yeux. Une sueur froide perlait sur ses tempes. « Je… je vais bien. »Mais dès qu’elle fit un pas, le monde autour d’elle se mit soudain à basculer. La femme se précipita pour la retenir par le bras. « Vous êtes très pâle. Vous vous sentez mal ? »« Ça va. C’est peut-être juste un petit vertige. » Amélia secoua doucement la tête. Depuis la veille, elle n’avait rien mangé.La femme aida Amélia à s’asseoir sur une petite chaise dans un coin de la pharmacie, puis lui tendit un verre d’eau. Le vertige s’atténua légèrement, mais la nausée qui lui nouait la gorge ne disparut pas pour autant. Amélia ferma les yeux, essayant de réguler sa respiration.« Je crois que j’ai besoin d’un test de grossesse
Cette nuit-là, Amélia ne dormit pas. Elle resta simplement allongée sur le bord de son lit, les yeux rivés sur le plafond sombre, écoutant les pas de Nicolas qui résonnaient de temps à autre depuis l’extérieur de la chambre. Elle serrait toujours fermement contre sa poitrine la photo de l’échographie, seule chose qui lui tenait compagnie dans ce long et douloureux silence.Au lever du jour, Amélia se leva après une nuit blanche. Elle se prépara tant bien que mal puis sortit de sa chambre. Nicolas était déjà assis à la table de la salle à manger, une tasse de café à la main, tiré à quatre épingles comme d’habitude. Mais pour une raison qu’elle ne s’expliquait pas, cet homme qui était son mari depuis trois ans lui semblait désormais être un étranger qui, par hasard, vivait sous le même toit qu’elle.« Tu n’as pas dormi. » Ce n’était pas une question.« Je vais bien. » Amélia se dirigea vers la machine à café sans le regarder.Un silence gênant emplit la pièce. Amélia se servit un café e
Amélia Fournier esquissa un petit sourire en allumant la dernière bougie sur la table à manger de leur appartement-terrasse, face aux lumières scintillantes de la ville de Montelune.Ce soir-là, elle fêtait son troisième anniversaire de mariage avec Nicolas Valmont. Depuis le midi, elle avait préparé tous les plats préférés de son mari : du bœuf bourguignon, du coq au vin, des pommes de terre rôties au romarin et une tarte Tatin, afin de créer un dîner exceptionnel. De temps à autre, elle jetait un coup d’œil à l’horloge murale, espérant que Nicolas rentrerait bientôt, comme d’habitude.« Tout est enfin prêt. Nico va adorer, ce sera notre dîner romantique », murmura Amélia en souriant.Mais il y avait une autre raison qui rendait cette soirée si importante. Ce matin-là, Amélia avait reçu la nouvelle qu’elle attendait depuis si longtemps : elle était enceinte. Avec un sourire radieux, elle posa la main sur son ventre, puis regarda la petite boîte cadeau cachée dans un tiroir de la cuis







