FAZER LOGIN— NoémieJe pose le dossier sur la table basse, je l'ouvre, les pages s'étalent, les photos glissent, les documents se chevauchent, Lila s'assoit à côté de moi, elle approche une lampe, elle met ses lunettes, elle attend, elle est prête, je prends une grande inspiration, je commence par le début, par les photos, les visages, les noms, les crimes, je lui montre Dmitri, le père, l'homme qui devait être mort, l'homme qui est vivant, je lui montre Elena, la demi-sœur, la femme de glace, la femme qui tue peut-être, je lui montre le manoir, la galerie, la cave, les chaînes, je lui montre les documents, les comptes, les transactions, les milliards, les morts, je lui montre les enregistrements, les conversations, les aveux, les menaces, et Lila regarde, elle écoute, elle ne dit rien, elle prend des notes, elle classe, elle organise, elle est méthodique, elle est précise, elle est terrifiante peut-être, et puis j'arrive à l'enveloppe, celle que j'ai trouvée au fond du dossier,
— NoémieJe monte les escaliers quatre à quatre, mes jambes tremblent, mes poumons brûlent, l'air de Paris est froid, humide, il sent la pluie, le métro, la vie, je cours dans la rue, les néons des bars clignotent, les passants me regardent, je dois avoir l'air d'une folle, d'une morte, d'une revenante peut-être, je tiens le dossier contre moi, mes doigts sont crispés sur le carton usé, je cours vers le seul endroit où je peux aller, le seul nom qui me reste, Lila, mon ancienne amie, mon ancienne colocataire, la fille qui m'a vue pleurer sur Aleksandar, la fille qui m'a vue partir, la fille qui ne m'a jamais jugée, je sonne à l'interphone, j'attends, mes mains tremblent, la porte s'ouvre, sa voix grésille dans le haut-parleur— Qui est là ?— Lila, c'est moi, c'est Noémie, ouvre, s'il te plaît, ouvreUn silence, un souffle, un bruit de porte qu'on déverrouille, la porte s'ouvre, elle est là, en pyjama, les cheveux en bataille, les yeux encore gonflés de som
— Bonjour, mademoiselle, je suis Dmitri Volkov, je suis le propriétaire du manoir, je suis le père d'Aleksandar, je suis l'homme que vous accusez, je suis venu, je suis là, je suis vivant, et je vais vous dire, mademoiselle, que tout ce que vous avez dit, tout ce que vous avez raconté, tout ce que vous avez inventé, c'est faux, c'est un mensonge, c'est une calomnie, je suis un homme d'affaires respectable, je suis un homme innocent, je suis un homme victime, et vous, vous, vous êtes une femme, une Française, une étrangère, une rien, une menteuse, une folle peut-être, et je vais vous détruire, vous et vos mensonges, vous et vos preuves, vous et votre vie, je vais vous détruire, lentement, douloureusement, définitivement, et je vais regarder, et je vais rire, et je vais aimer ça, parce que vous m'avez accusé, parce que vous m'avez trahi, parce que vous m'avez renié, et ça, ça, c'est impardonnable, ça, c'est mortel, ça, c'est la fin Je le regarde, je serre les dents, je serre les poing
— Noémie Je roule dans la nuit, Saint-Pétersbourg s'éloigne, les lumières rétrécissent, disparaissent, je suis sur une route, une route sombre, une route de fuite, une route de mort, je conduis, mes mains serrent le volant, mes yeux fixent la route, je ne sais pas où je vais, je ne sais pas où je cours, je ne sais pas si je vis, je ne sais pas si je meurs, je sais juste que je dois fuir, fuir le manoir, fuir Elena, fuir Dmitri, fuir la mort, fuir la vie, fuir tout, et je tiens le dossier contre mon cœur, je tiens ma mère, je tiens Aleksandar, je tiens Andrei, je tiens ma vie, je tiens tout, et je pense, je pense à lui, à Aleksandar, à mon Aleksandar, à l'homme que j'aime, à l'homme que j'ai laissé, à l'homme que j'ai abandonné peut-être, à l'homme qui est dans la cave, dans les chaînes, dans la mort, à l'homme qui attend, qui espère, qui souffre, à l'homme qui m'aime peut-être, à l'homme que j'aime, à l'homme que je vais sauver, à l'homme que je vais retrouver, à l'homme que je vais
— Noémie Je cours dans la nuit, je cours dans le froid, je cours dans Saint-Pétersbourg, les rues sont désertes, les canaux gelés, les palais illuminés, les ombres qui glissent, je cours vers la voiture, je monte, je démarre, je fuit, je fuit le manoir, je fuit Elena, je fuit Dmitri, je fuit la mort, je fuit la vie, je fuit tout, et je tiens le dossier contre mon cœur, je tiens ma mère, je tiens Aleksandar, je tiens Andrei, je tiens ma vie, je tiens tout, et je sais, je sais que je dois les sauver, eux, nous, ce qui reste, ce qui compte, ce qui vit encore, mais je ne peux pas, je suis seule, je suis faible, je suis morte peut-être, alors je cherche, je cherche une idée, une solution, un moyen, je cherche, je cherche, je cherche, et je trouve, une idée, une idée folle, une idée dangereuse, une idée de mort peut-être, je vais appeler la police, la police russe, la police internationale, la police tout court, je vais leur donner le dossier, les preuves, les noms, les crimes, je vais to
Aleksandar secoue la tête, non, non, tu n'es pas mon père, tu n'as jamais été mon père, tu es un monstre, un monstre qui a tué, un monstre qui a menti, un monstre qui a volé, et je te tuerai, je te le jure, je te tuerai, Dmitri s'approche de lui, il pose sa main sur sa joue, un geste paternel, un geste cruel, un geste de mort, il dit, sa voix basse, sa voix grave, sa voix de père peut-être — Tu aurais dû rester mort, mon fils, tu aurais dû rester loin, tu aurais dû oublier, tu aurais dû vivre, mais tu es revenu, tu es là, dans ma cave, dans ma main, dans ma mort, et maintenant, maintenant, je vais te tuer, te tuer vraiment, te tuer définitivement, et je vais regarder, et je vais rire, et je vais aimer ça, parce que tu m'as trahi, parce que tu m'as fui, parce que tu m'as renié, et ça, ça, c'est impardonnable, ça, c'est mortel, ça, c'est la fin Il se retourne vers Andrei, il le regarde, il sourit, un sourire de victoire, un sourire de mort, il dit, sa voix douce, trop douce, dangereu







