LOGINJe m'arrête, je pose la lettre, je regarde Lila, elle est pâle, elle est blême, elle tremble peut-être, elle dit, sa voix est un souffle, un cri, une prière peut-être — Mon Dieu, Noémie, Mon Dieu, elle est folle, elle est complètement folle, elle l'aime, elle le veut, elle le hait, elle veut le tuer, elle veut le garder, elle veut tout, elle est dangereuse, elle est mortelle, elle est la mort Je hoche la tête, oui, elle est la mort, elle est la folie, elle est l'amour, elle est la haine, elle est tout, elle est rien, elle est Elena, et elle va nous tuer, tous, si on ne l'arrête pas, si on ne la détruit pas, si on ne la tue pas peut-être, mais avant, avant, il y a le secret troisième, le secret de ma mère, le secret de ma vie, le secret de mon sang, je prends les dernières pages, je les lis, je les lis à voix haute, pour Lila, pour moi, pour ma mère peut-être — Moi, Natalia Volkov, je déclare, je confesse, je jure, que mon fils Aleksandar n'est pas le fi
— NoémieJe pose la photo sur la table, mes mains tremblent, mes yeux sont brouillés de larmes, Lila la prend, elle la regarde, elle la retourne, elle lit l'inscription, elle me regarde, elle attend, je respire, je respire encore, je dis, ma voix est rauque, cassée, elle ne ressemble plus à la mienne— Lila, ma mère, ma mère était là, avec eux, avec les Volkov, avec Natalia, avec Dmitri, avec le frère, elle était là, elle les connaissait, elle travaillait pour eux, elle était des leurs peut-être, et je ne l'ai jamais su, je n'ai jamais rien su, je n'ai jamais rien comprisLila pose la photo, elle prend ma main, elle la serre, elle dit, sa voix est douce, ferme, vivante— Noémie, respire, respire, tu ne peux pas tout comprendre en une nuit, tu ne peux pas tout porter, tu dois y aller doucement, étape par étape, secret par secret, commence par le début, commence par le premier secret, celui d'Aleksandar, celui de son père, celui de Dmitri, et après, après, on
— NoémieJe pose le dossier sur la table basse, je l'ouvre, les pages s'étalent, les photos glissent, les documents se chevauchent, Lila s'assoit à côté de moi, elle approche une lampe, elle met ses lunettes, elle attend, elle est prête, je prends une grande inspiration, je commence par le début, par les photos, les visages, les noms, les crimes, je lui montre Dmitri, le père, l'homme qui devait être mort, l'homme qui est vivant, je lui montre Elena, la demi-sœur, la femme de glace, la femme qui tue peut-être, je lui montre le manoir, la galerie, la cave, les chaînes, je lui montre les documents, les comptes, les transactions, les milliards, les morts, je lui montre les enregistrements, les conversations, les aveux, les menaces, et Lila regarde, elle écoute, elle ne dit rien, elle prend des notes, elle classe, elle organise, elle est méthodique, elle est précise, elle est terrifiante peut-être, et puis j'arrive à l'enveloppe, celle que j'ai trouvée au fond du dossier,
— NoémieJe monte les escaliers quatre à quatre, mes jambes tremblent, mes poumons brûlent, l'air de Paris est froid, humide, il sent la pluie, le métro, la vie, je cours dans la rue, les néons des bars clignotent, les passants me regardent, je dois avoir l'air d'une folle, d'une morte, d'une revenante peut-être, je tiens le dossier contre moi, mes doigts sont crispés sur le carton usé, je cours vers le seul endroit où je peux aller, le seul nom qui me reste, Lila, mon ancienne amie, mon ancienne colocataire, la fille qui m'a vue pleurer sur Aleksandar, la fille qui m'a vue partir, la fille qui ne m'a jamais jugée, je sonne à l'interphone, j'attends, mes mains tremblent, la porte s'ouvre, sa voix grésille dans le haut-parleur— Qui est là ?— Lila, c'est moi, c'est Noémie, ouvre, s'il te plaît, ouvreUn silence, un souffle, un bruit de porte qu'on déverrouille, la porte s'ouvre, elle est là, en pyjama, les cheveux en bataille, les yeux encore gonflés de som
— Bonjour, mademoiselle, je suis Dmitri Volkov, je suis le propriétaire du manoir, je suis le père d'Aleksandar, je suis l'homme que vous accusez, je suis venu, je suis là, je suis vivant, et je vais vous dire, mademoiselle, que tout ce que vous avez dit, tout ce que vous avez raconté, tout ce que vous avez inventé, c'est faux, c'est un mensonge, c'est une calomnie, je suis un homme d'affaires respectable, je suis un homme innocent, je suis un homme victime, et vous, vous, vous êtes une femme, une Française, une étrangère, une rien, une menteuse, une folle peut-être, et je vais vous détruire, vous et vos mensonges, vous et vos preuves, vous et votre vie, je vais vous détruire, lentement, douloureusement, définitivement, et je vais regarder, et je vais rire, et je vais aimer ça, parce que vous m'avez accusé, parce que vous m'avez trahi, parce que vous m'avez renié, et ça, ça, c'est impardonnable, ça, c'est mortel, ça, c'est la fin Je le regarde, je serre les dents, je serre les poing
— Noémie Je roule dans la nuit, Saint-Pétersbourg s'éloigne, les lumières rétrécissent, disparaissent, je suis sur une route, une route sombre, une route de fuite, une route de mort, je conduis, mes mains serrent le volant, mes yeux fixent la route, je ne sais pas où je vais, je ne sais pas où je cours, je ne sais pas si je vis, je ne sais pas si je meurs, je sais juste que je dois fuir, fuir le manoir, fuir Elena, fuir Dmitri, fuir la mort, fuir la vie, fuir tout, et je tiens le dossier contre mon cœur, je tiens ma mère, je tiens Aleksandar, je tiens Andrei, je tiens ma vie, je tiens tout, et je pense, je pense à lui, à Aleksandar, à mon Aleksandar, à l'homme que j'aime, à l'homme que j'ai laissé, à l'homme que j'ai abandonné peut-être, à l'homme qui est dans la cave, dans les chaînes, dans la mort, à l'homme qui attend, qui espère, qui souffre, à l'homme qui m'aime peut-être, à l'homme que j'aime, à l'homme que je vais sauver, à l'homme que je vais retrouver, à l'homme que je vais







