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CHAPITRE 2 : LE RÈGLEMENT

Author: Déesse
last update publish date: 2026-08-17 02:54:39

Il ne répond pas. Il s'assoit derrière son bureau, ouvre un dossier, le feuillette. Je reste debout. Je ne sais pas quoi faire de mes mains. De mon café. De moi-même.

— Asseyez-vous, répète-t-il sans lever les yeux.

Je m'assois. La chaise est inconfortable. Ou peut-être que c'est moi qui suis inconfortable. Difficile à dire.

Il lit mon CV. Enfin, je suppose que c'est mon CV. Mes diplômes. Mes expériences. Mes échecs. Mes rêves. Tout ce que je suis, résumé en quelques lignes. Tout ce que je ne suis pas, étalé en Times New Roman.

— Vous n'avez pas fini vos études, dit-il.

— Non.

— Pourquoi ?

— Parce que la vie est trop courte pour rester assise dans une salle de cours à écouter des professeurs qui ne savent pas de quoi ils parlent.

Il lève les yeux. Il me fixe. Je soutiens son regard. Je ne sais pas pourquoi, mais je soutiens son regard. Peut-être que c'est l'adrénaline. Peut-être que c'est la pluie qui a lavé mes peurs. Peut-être que c'est la certitude que je n'ai aucune chance d'obtenir ce poste, alors autant mourir avec panache.

— Vous avez démissionné de votre dernier emploi, dit-il.

— Oui.

— Pourquoi ?

— Parce que mon patron était un porc sexiste qui passait ses journées à regarder des vidéos de chatons et à me demander de lui apporter du café.

Il ne réagit pas. Pas un cillement. Pas un battement de cil.

— Et vous pensez que je suis différent ? demande-t-il.

— Je ne vous connais pas, dis-je. Mais vu votre réputation, je pense que vous êtes pire.

Le silence tombe. Un silence énorme, écrasant, qui remplit toute la pièce. Je me demande si je viens de commettre une erreur fatale. Ou si je viens de marquer des points. Difficile à dire.

— Et malgré cette réputation, vous avez postulé, dit-il finalement.

— Oui.

— Pourquoi ?

Je réfléchis. Je pourrais mentir. Dire que j'admire son parcours, que je veux apprendre à ses côtés, que je rêve de faire carrière dans la finance. Mais ce serait faux. Et je ne sais pas mentir. Pas à lui. Pas maintenant.

— Parce que j'ai besoin d'argent, dis-je. Et parce que je pense que derrière le robot, il y a un être humain.

Il me regarde. Longtemps. Trop longtemps. Je soutiens son regard. Je ne cille pas. Je ne détourne pas les yeux.

— Vous êtes insolente, dit-il.

— Je sais.

— Vous êtes en retard.

— Je sais.

— Vous êtes trempée.

— Je sais.

— Vous avez renversé du café sur mon bureau.

— Je sais.

— Et vous pensez que je vais vous engager ?

— Non, dis-je. Mais au moins, j'aurai essayé.

Il me fixe encore. Ses yeux gris me transpercent. Je me sens nue. Vulnérable. Exposée.

— Vous commencez demain, dit-il.

Je cligne des yeux. Une fois. Deux fois. Trois fois.

— Pardon ?

— Vous commencez demain. Huit heures précises. Pas huit heures sept. Pas huit heures quinze. Huit heures.

— Mais... pourquoi ?

Il se lève, contourne son bureau, se dirige vers la porte. Il l'ouvre. Il attend.

— Parce que vous avez raison, dit-il. Derrière le robot, il y a un être humain. Mais il est très bien caché.

Je me lève, choquée, incrédule, le cœur battant. Je m'avance vers la porte. Je m'arrête à sa hauteur. Il me dépasse d'au moins trente centimètres. Je lève les yeux vers lui.

— Vous ne le regretterez pas, dis-je.

— On verra, répond-il.

Je sors. La porte se referme derrière moi. Je reste debout dans le couloir gris, trempée, épuisée, vivante.

Et je souris.

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