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CHAPITRE 5 — LA BERLINE

Auteur: Déesse
last update Date de publication: 2026-10-25 03:02:14

— Rafaele

Je la jette à l'arrière de la berline et elle se débat, mais pas vraiment, pas comme une femme qui a peur, plutôt comme une chatte qu'on porte et qui fait semblant de griffer ; ses ongles raclent mon poignet, je sens la chaleur de sa peau, le contact est électrique, et je le déteste ; je le déteste parce que je n'ai pas senti ça depuis dix ans, je le déteste parce que c'est elle, cette gamine insolente aux ongles rongés, cette hyène en short de sport, et je le déteste parce que je sais que je ne vais pas la tuer, je le sais déjà, je le sais depuis la seconde où je l'ai vue sourire. La portière claque ; mes hommes montent à l'avant ; la voiture démarre ; la pluie bat le pare-brise, les essuie-glaces grincent, le moteur ronronne ; elle est assise à côté de moi, les mains sur les genoux, et elle regarde par la fenêtre comme si elle n'avait jamais vu la campagne, comme si tout ça était nouveau, comme si elle n'avait pas peur.

— Où est-ce qu'on va ?

— Chez moi.

— C'est loin ?

— Assez.

— Vous avez une grande maison ?

— Assez.

— Vous avez des domestiques ?

— Oui.

— Vous avez une salle de torture ?

Je me tourne vers elle ; elle sourit ; elle plaisante, mais à moitié, et je vois dans ses yeux une lueur qui n'est pas de l'humour, une lueur qui cherche, qui teste, qui mesure.

— Vous voulez voir ?

— Peut-être.

— Vous êtes bizarre.

— Vous aussi.

Je ne réponds pas ; je regarde la route ; les falaises approchent, la mer est noire, le vent secoue la voiture ; elle bâille, elle s'étire, elle pose ses pieds sur la banquette, elle est chez elle, elle est partout chez elle, et ça m'énerve ; je devrais la tuer ; je devrais la jeter par la portière ; je devrais la noyer dans la mer ; mais je ne le fais pas ; je la regarde du coin de l'œil, et je vois sa nuque, sa nuque fine, sa nuque fragile, et j'ai envie de la toucher, et je déteste ça.

— Vous savez que je vais vous tuer, Bellandi ?

— Vous savez que vous ne le ferez pas, Sorrentino ?

— Pourquoi vous dites ça ?

— Parce que vous ne m'avez pas tuée tout de suite. Les hommes comme vous tuent tout de suite. C'est dans le regard. Vous avez regardé, et vous n'avez pas tué. Donc vous ne tuerez pas.

— Ce n'est pas une logique.

— C'est la mienne.

Elle se tourne vers moi ; elle me regarde ; ses yeux sont noirs, profonds, sans peur ; et dans ses yeux, je vois mon reflet, et mon reflet a l'air d'un homme qui a déjà perdu.

— Vous avez peur de moi ?

— Non.

— Vous devriez.

— Pourquoi ?

— Parce que je ne vous tuerai pas. Et ça, c'est plus dangereux.

Elle sourit ; elle se penche ; elle pose sa tête sur mon épaule ; je sens ses cheveux contre mon cou, son souffle sur ma peau, son odeur de savon et de café ; je ne bouge pas ; je ne respire pas ; je la laisse faire ; et dans ma poitrine, quelque chose se serre, quelque chose qui ressemble à de la peur, et je déteste la peur, je déteste la peur plus que tout.

— Vous êtes fatiguée.

— Oui.

— Dormez.

— Je ne dors pas.

— Pourquoi ?

— Parce que je ne fais pas confiance aux hommes qui m'emmènent chez eux.

— Vous devriez.

— Non.

— Pourquoi ?

— Parce que vous êtes le premier.

Je ne réponds pas ; je la regarde ; elle ferme les yeux ; sa respiration ralentit ; elle s'endort contre moi, et je reste là, immobile, les yeux ouverts, et je compte les secondes, et je me demande pourquoi je ne la tue pas, et je sais que la réponse est pire que la question.

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    — Rafaele La voiture s'arrête dans la cour ; la pluie tambourine sur le toit ; les grilles se referment derrière nous ; et je sors, je claque la portière, je marche vers l'entrée, et elle me suit, ses talons claquent sur les pavés, et je l'entends, je l'entends respirer, je l'entends marcher, je l'entends vivre ; et dans ma poitrine, cette chose qui brûle depuis la danse, cette chose qui me ronge, cette chose qui me tue, elle ne s'éteint pas, elle ne se calme pas, elle grandit, elle enfle, elle me dévore. Je pousse la porte ; le hall est sombre, les lampes sont éteintes, les escaliers montent dans le noir ; je monte, je ne me retourne pas, je l'entends monter derrière moi, et je monte plus vite, et elle monte plus vite, et nous montons, et le silence entre nous est plus lourd que le bruit de nos pas. J'arrive sur le palier ; je me retourne ; elle est là, à deux marches de moi, le souffle court, les cheveux mouillés, les lèvres entrouv

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