LOGINLe dimanche commence tard.
Je me réveille à 13 h 17, la bouche pâteuse, la tête lourde d’alcool et de rêves où Ethan me plaque contre le mur de l’ascenseur encore et encore. Je grogne, je tends la main vers mon téléphone. Aucun message. Évidemment.
Lola m’a déjà envoyé quinze vocaux.
« Amelia, debout ! On sort ce soir. Pas de discussion. Tu viens ou je viens te chercher avec un seau d’eau glacée. »
Je réponds d’une voix rauque :
« Ok, ok, je viens. Mais si je vomis sur ta robe, c’est ta faute. »
Elle répond en hurlant :
« Parfait ! 22 h 30 devant le Rex. Robe courte, talons, maquillage de guerre. On va te faire oublier ton patron tyranniquement sexy. »
Je passe la journée à faire semblant de vivre : je range, je fais une machine, je tente un banana bread qui ressemble plus à une brique. À chaque fois que je passe devant le miroir, je me surprends à vérifier si j’ai l’air « assez bien » pour qu’il regrette. Ridicule.
À 22 h 28, je suis devant le Rex, robe noire ultra courte, cuissardes, lèvres rouge sang. Lola pousse un cri de hyène en me voyant.
« Bordel, Amelia ! Tu vas tuer quelqu’un ce soir ! »
Chloé arrive en courant, manteau en fausse fourrure rose bonbon.
« J’ai des shots dans mon sac. On commence fort. »
On entre. La musique nous avale.
Première tequila sur le comptoir.
Lola : « À toutes les mauvaises décisions qu’on va prendre ce soir ! »
Chloé : « Et à tous les mecs qui ne seront jamais Ethan ! »
Je lève mon verre.
« À ça. »
On fonce sur la piste.
Je danse comme si ma vie en dépendait. Bras en l’air, cheveux qui fouettent, yeux fermés. Pendant vingt minutes, j’oublie. Vraiment.
Et puis des mains se posent sur mes hanches. Chaudes. Sûres.
Je me retourne. Grand, brun, yeux verts, chemise noire entrouverte. Sourire de connard charmant.
« Salut, toi. Tu danses comme si tu voulais punir quelqu’un. »
Je ris, déjà un peu ivre.
« Peut-être que oui. »
« Je peux être ta cible ? »
« T’as l’air de pouvoir encaisser. »
Il se penche à mon oreille, sa voix couvre la musique.
« Je m’appelle Lucas. Et toi ? »
« Amelia. »
« Amelia… ça sonne comme un problème. »
« Le meilleur genre. »
On danse. Très près. Très vite.
Il me fait tourner, me rattrape, me plaque contre lui.
« T’es célibataire ? » demande-t-il.
« Oui à 100% . »
« J’adore moi aussi à 100% . »
Lola surgit, avec le téléphone d'Amélia à la main.
« Selfie ! Vous êtes trop beaux, là ! »
Flash. Je passe mon bras autour du cou de Lucas, on sourit comme des idiots.
Elle crie : « Story du siècle ! »
Lucas me reprend par la taille.
« Tu me donnes ton numéro ? »
Je hausse les épaules, l’alcool me rend courageuse.
« Pourquoi pas. »
Il sort son téléphone.
« Vas-y, dicte. »
Je lui donne les chiffres en riant.
« Tu vas vraiment m’appeler ? »
« Demain matin, promis. Même si j’ai la gueule de bois. »
Il se penche, m’embrasse doucement.
« T’es trop belle bébé. »
Je l’embrasse encore. Plus fort. Plus longtemps.
C’est bon. C’est chaud. C’est… facile.
Et pourtant, au fond de moi, quelque chose reste froid.
Chloé nous sépare en riant.
« Ok les gars , on va boire ! »
On fait la tournée des shots.
Je perds le compte.
Je danse encore.
Je ris.
Je vis.
À 2 h 47, on sort. L’air froid me gifle.
Lola commande l’Uber.
Dans la voiture, je sors mon téléphone pour mettre une playlist douce.
Je vais sur mon I*******m.
Je vois la story que Lola à posté sans me demander : moi collée à Lucas, nos bouches presque jointes, légende « Amelia is BACK, baby ».
Et en bas… un petit cœur rouge.
3 h 04 du matin.
Ethan.
Je clique. Il a vu. Il a liké.
Mon ventre se noue instantanément.
Chloé, à moitié endormie, marmonne :
« Pourquoi tu fais cette tête ? »
Je montre l’écran.
« Il a liké la story. »
Lola se redresse d’un coup.
« Attends, ton patron ? À trois heures du mat’ ? »
« Oui. »
Chloé éclate de rire.
« Il est en train de se branler sur ta story, c’est sûr. »
Je lui donne une tape.
« Arrête ! »
Lola, sérieuse tout à coup :
« Ou alors… il est jaloux. »
Je regarde par la fenêtre.
« Il a aucun droit d’être jaloux. »
Lola : « Exact. Mais il l’est quand même. »
Silence dans la voiture.
Je relis le cœur rouge dix fois.
Je clique sur son profil. Toujours la même photo de lui en costard, regard noir, impénétrable. Aucune story. Rien depuis des mois.
L’Uber s’arrête devant chez moi.
Je descends, les talons qui claquent sur le trottoir mouillé.
Lola crie par la fenêtre :
« Envoie-lui un message ! Dis-lui que t’as passé une meilleure soirée que lui ! »
Je ris.
« Jamais de la vie. »
Je monte.
J’enlève mes chaussures dans l’entrée.
Je me démaquille à moitié.
Je m’écroule sur mon lit, encore en robe.
Et je fixe ce cœur rouge.
Je tape, puis j’efface.
Je tape encore.
Finalement, je n’envoie rien.
Mais je murmure dans le noir :
« Tu fais quoi, Ethan ?
Tu dors pas non plus, hein ?
Je ferme les yeux.
Mon téléphone reste allumé sur l’oreiller.
Le cœur rouge brille encore.
Et moi, je ne sais plus si je suis en colère, flattée, ou juste… complètement foutue.
Je n’ai jamais été aussi consciente de mon propre corps qu’en ce matin-là.Chaque pas dans le hall de l’entreprise résonnait en moi comme un avertissement. Mes talons claquaient sur le marbre avec une régularité trop parfaite, comme si je marchais au rythme d’un métronome intérieur qui comptait les secondes avant la prochaine explosion. J’avais passé la nuit précédente seule dans mon lit, les clés de l’appartement d’Ethan posées sur ma table de nuit, brillant sous la lueur de la rue comme un petit phare interdit. Je les avais regardées pendant des heures, incapable de dormir, revivant chaque caresse, chaque murmure, chaque moment où j’avais supplié sans honte. Et maintenant, je revenais au bureau, vêtue comme toujours jupe crayon, chemisier cintré, cheveux attachés en un chignon impeccable , mais je me sentais nue. Exposée. Comme si ma peau portait encore l’empreinte de ses lèvres.La normalité devenait un exercice périlleux.Je souriais aux collègues avec une mesure calculée, réponda
J’arrivai au bureau avec un léger retard une demi-heure, pas plus. Le hall était animé, les collègues saluant d’un geste distrait. À l’accueil, on me sourit poliment. « Ça va mieux ? » demanda une voix familière. Je hochai la tête, murmurai un « Oui, merci », et passai. Tout me semblait différent. Les couloirs plus longs, les lumières plus crues, les conversations banales autour de moi plus artificielles. J’avais l’impression que tout le monde savait. Que chaque regard était un jugement silencieux, que chaque sourire cachait une question. Évidemment, ce n’était que dans ma tête. Personne ne pouvait deviner ce que je cachais sous mon apparence impeccable. Mais moi, je le sentais dans chaque geste : une hypersensibilité, un secret qui pulsait sous ma peau comme un deuxième cœur.Je m’installai à mon poste, allumai mon ordinateur, plongeai dans le travail. Sérieusement. Comme toujours. Je répondis aux mails avec précision, participai à une visioconférence sans faillir, classai des dossie
Le matin filtrait à travers les rideaux clairs de l’appartement, une lumière douce et dorée qui se posait sur les draps froissés comme une caresse timide. J’ouvris les yeux lentement, encore engourdie par le sommeil, le corps lourd d’une fatigue délicieuse et coupable. Pendant un instant, je restai suspendue entre deux réalités, le cœur battant à un rythme irrégulier. Le plafond au-dessus de moi n’était pas le mien haut, immaculé, avec des moulures discrètes qui trahissaient le luxe discret de l’endroit. L’air n’avait pas l’odeur familière de mon petit studio : pas de trace de mon café bon marché, ni du parfum floral de mon linge. Ici, tout portait l’empreinte d’Ethan un mélange boisé et masculin, subtil mais omniprésent, qui s’était imprégné dans les draps, dans ma peau, dans mes souvenirs de la nuit.Je tournai légèrement la tête. Ethan dormait à côté de moi, ou du moins en avait-il l’air. Allongé sur le dos, un bras replié sous la tête, l’autre étendu sur le matelas comme s’il cher
Sa voix grave la fit frissonner. Il lui tendit la main, l’aida à descendre, et ne la lâcha plus jusqu’à l’ascenseur. Le silence entre eux était électrique, chargé d’une tension palpable. Deuxième étage. Les portes s’ouvrirent sur un appartement vaste et luxueux : cuisine américaine intégrée au salon, plans de travail en marbre noir, salon immense avec un canapé en cuir clair face à un grand écran encastré, lumières tamisées qui donnaient une ambiance intime et sensuelle. Tout était impeccable, masculin, reflétant son pouvoir et son contrôle.Amelia observa autour d’elle, impressionnée malgré elle. « C’est… magnifique », murmura-t-elle.Ethan s’approcha par derrière, ses mains effleurant ses épaules. « Tu te sens bien ici ? »Elle hocha la tête, la gorge serrée. Ils parlèrent à demi-mots de cette nuit fatidique au bureau, de ce qui n’aurait jamais dû arriver… et qui les avait changés à jamais. Ethan se rapprocha dangereusement, son corps chaud contre son dos. Amelia sentit la peur la t
La journée touchait à sa fin, mais Amelia n’arrivait pas à se concentrer, son esprit vagabondant comme un papillon piégé dans une toile invisible. Les heures s’étaient écoulées dans un brouillard épais, un mélange de routine mécanique et de tourments intérieurs qui laissaient son corps tendu comme une corde prête à rompre. Elle fixait l’écran de son ordinateur sans vraiment voir les lignes de texte qui défilaient, ses doigts immobiles sur le clavier. Chaque tâche accomplie un mail envoyé, un dossier classé lui semblait vide de sens, une façade fragile pour masquer le chaos qui bouillonnait en elle. Comment pouvait-elle prétendre travailler normalement alors que chaque pensée la ramenait à Ethan ? À ce regard échangé dans son bureau, à ces mots qui avaient allumé un feu en elle qu’elle ne savait pas éteindre ? Elle se sentait comme une étrangère dans son propre corps, divisée entre la femme professionnelle qu’elle avait toujours été et cette nouvelle version d’elle-même, impulsive, ass
Le matin avait un goût étrange, un mélange fade d’appréhension et de résignation qui collait à la gorge comme une brume matinale. Amelia se tenait devant l’immeuble imposant de l’entreprise, figée quelques secondes de trop, son sac serré contre sa poitrine comme un bouclier dérisoire. Les portes vitrées renvoyaient son reflet : une jeune femme aux traits tirés, aux yeux brillants d’une fatigue qui n’était pas seulement due au manque de sommeil.Elle inspira profondément, gonflant ses poumons d’un air chargé de l’odeur urbaine bitume humide, café des passants pressés, effluves lointains d’une boulangerie voisine. Ce simple geste, ce rituel banal, était censé lui donner le courage nécessaire pour affronter la journée. Mais au fond d’elle, elle savait que rien ne pourrait vraiment la préparer à ce qui l’attendait.Elle avait décidé de venir. Fuir plus longtemps n’aurait rien réglé. Hier, avec ses amies, le panier de victuailles envoyé par Ethan, les rires forcés autour de la table basse,







