MasukCe samedi matin, le ciel était gris et doux, une lumière de novembre qui rendait tout un peu irréel.
Je me réveillai à dix heures trente, ce qui ne m’était pas arrivé depuis des lustres. Mon corps était lourd, comme si la tension de la semaine s’était accumulée dans chaque muscle. Je restai allongée, les mains sur mon ventre, et je pensais à lui. Bien sûr que je pensais à lui. Depuis vendredi midi, je n’avais rien fait d’autre.
« Je vous veux. Beaucoup plus que je ne devrais. »
Ces mots tournoyaient dans ma tête comme un refrain obsédant. Je fermai les yeux et revis son regard, la manière dont sa voix avait craqué sur le dernier mot. Mon ventre se serrait, mes jambes frissonnaient. Et surtout, je sentais cette pulsation sourde entre mes cuisses qui ne m’avait pas lâchée depuis quarante-huit heures.
Ça faisait presque deux ans que je n’avais couché avec personne. Deux ans. La dernière fois, un garçon sympa mais fade, rencontré sur une appli, m’avait fait jouir poliment en dix minutes, avant de me demander si j’aimais les séries coréennes. Depuis, rien. Travail, factures, fatigue, petites déceptions accumulées… J’avais rangé cette partie de moi dans une boîte étiquetée « plus tard ».
Et voilà qu’Ethan venait de la rouvrir d’un coup de pied.
Je grognai, enfouis mon visage dans l’oreiller. Chaque seconde passée sans lui me brûlait. Si je ne faisais rien, je craquerais. Je le savais. Je finirais par le supplier dans un couloir ou dans son bureau maudit. Et après ? Il me regarderait avec ce mélange de regret et de désir, et je me haïrais de m’être laissée aller.
Je bondis du lit, pris une douche froide — la seule chose qui calmait à peine mes nerfs — puis bus un café trop fort. Mon téléphone vibra : un message de Lola.
[Brunch chez toi dans 1h ? J’apporte les croissants, Chloé apporte le champagne, et on veut TOUT savoir sur le boss qui te fait trembler des genoux.]
Je souris malgré moi. Mes amies sentaient ces choses à des kilomètres. Un simple 🆗, et je filai m’habiller. Pull trop grand, jean confortable, besoin de me sentir protégée.
Elles arrivèrent pile à midi, et le salon fut envahi par leurs rires et leurs parfums. Lola lança : « Alors ? Version non censurée ou encore le coup du “c’est compliqué” ? »
Je ris, gênée : « C’est… très compliqué. »
Chloé ouvrit le champagne avec un pop théâtral : « Compliqué, c’est le nouveau mot pour “je fonds pour mon patron et je ne sais plus quoi faire de mon corps” ? »
Je m’étouffai de rire. « Je ne suis pas amoureuse ! »
Elles me fixèrent avec un mélange d’incrédulité et de malice. « Ok, peut-être un peu attirée… beaucoup attirée, atrocement attirée. »
Je racontai tout : la salle de réunion, le bureau. À la phrase « Je vous veux, bien plus que je ne devrais », Chloé poussa un cri aigu et Lola se cacha le visage dans son écharpe.
« Il a vraiment dit ça et il est parti ? » s’écria Lola.
« Oui. Comme s’il avait peur de lui-même. »
« C’est… terriblement sexy », murmura Chloé. « Il lutte contre son désir et il perd. »
« Il ne perd pas encore », rectifiai-je. « Il résiste. Et moi… je tiens plus. »
Je baissai la voix. « Deux ans sans personne… et maintenant mon corps crie que c’est lui. Que si je rate ça, je le regretterai à vie. Mais c’est mon boss. Et il lutte contre quelque chose que je ne comprends même pas. »
Lola prit ma main : « Ou alors tu craques, c’est incroyable, et tu vis enfin quelque chose qui te fait vibrer. Tu as le droit, Amélia. Deux ans de sagesse, ça suffit. »
Le reste de l’après-midi passa en rires et bulles. Elles me firent essayer une robe pour “tester l’effet”, me prirent en photo, me rappelèrent que j’étais vivante.
Le soir tomba, et je restai seule. Je consultai son numéro personnel dans l’annuaire interne, les doigts tremblants, et tapai :
[Amélia : Vous aviez raison. Vous me compliquez la vie aussi. Mais je ne veux pas que ça s’arrête.]
Trois secondes plus tard, les trois petits points apparurent.
[Ethan : Vous n’avez pas idée du nombre de fois où j’ai écrit et effacé un message depuis vendredi.]
[Amélia : Et pourquoi ne l’avez-vous pas envoyé ?]
[Ethan : Parce que je suis censé être raisonnable.]
[Amélia : Et là, tout de suite, vous l’êtes ?]
Silence. Long.
[Ethan : Non. Pas du tout.]
Je fermai les yeux, sensation de chute libre.
[Amélia : Alors venez.]
Je me levai, enlevai le pull trop grand, enfilai une chemise en soie noire, sans soutien-gorge, cherchant à me sentir dangereuse. Vingt-sept minutes plus tard, on sonna à la porte.
Il était là. Jean sombre, chemise noire ouverte, cheveux en bataille, parfum de pluie et de bois chaud. Il ne dit rien, me regarda simplement, les yeux noirs, la mâchoire crispée. Je fis un pas de côté, il entra, la porte claqua derrière lui.
Et là, dans l’entrée, sans un mot, il me plaqua contre le mur, ses mains pressant légèrement mon dos, et m’embrassa avec une urgence qui me coupa le souffle, comme si chaque seconde comptait. Mon corps se cambra, chaque fibre vibrante. Tout était si réel : la chemise en soie, ses mains dans mon dos, le mur contre ma peau…
Puis la réalité me rattrapa brutalement. Mon téléphone vibra sur l’oreiller : 00 h 47.
Un message. De lui.
[Ethan : Amélia, désolé de vous déranger un samedi soir. Urgence pour le dossier Morrison. Liste des clauses de confidentialité modifiées avant demain matin. Je vous revaudrai ça. Encore désolé.]
Je fixai l’écran, les yeux écarquillés. Je relus trois fois. Quatre fois.
Je répondis, la voix rauque dans ma tête :
[Amélia : Bien sûr. Je vous envoie ça dans dix minutes.]
[Amélia : Pas de souci, vraiment.]
Je traversai l’appartement pieds nus, envoyai le mail, puis restai assise dans le noir, les jambes tremblantes, devant l’écran : « Message envoyé ».
Je ris silencieusement, un peu amère, un peu désespérée. Tout n’avait été qu’un rêve. Tout.
Le lundi matin, New York s'éveillait sous un ciel gris, chargé de cette lumière blafarde qui annonçait la pluie. Amelia sortit du métro, remonta le col de son manteau, et pressa le pas vers l'immeuble de Hartwell Consulting. La semaine s'annonçait chargée, et elle avait besoin de se concentrer. Le week-end avait été tumultueux, rempli d'émotions, de retrouvailles inattendues et de confessions nocturnes. Mais aujourd'hui, c'était lundi. Le travail. La routine. Elle avait besoin de retrouver ses repères.Elle poussa les portes tournantes, salua la réceptionniste d'un sourire poli, et se dirigea vers l'ascenseur. La rame était bondée, comme toujours à cette heure. Les employés se pressaient, les conversations s'élevaient, et l'odeur du café frais flottait dans l'air.Elle monta dans la cabine, appuya sur le bouton de son étage, et se laissa porter par le mouvement. Les portes s'ouvrirent sur l'open space. Elle fit quelques pas, le regard perdu dans ses pensées.C'est alors qu'elle le vit
La lumière du matin filtrait à travers les rideaux, dessinant des raies dorées sur le plafond de la chambre. Amelia était allongée sur le dos, les yeux encore lourds de sommeil, le corps engourdi par une nuit trop courte. Elle avait passé des heures à parler avec Lola et Chloé, à raconter, à analyser, à disséquer chaque mot, chaque regard, chaque silence de la soirée précédente. Quand elle était enfin rentrée, il était déjà tard, et le sommeil avait mis du temps à venir.Elle tendit la main vers la table de nuit, attrapa son téléphone, et cligna des yeux pour chasser le brouillard. L'écran s'illumina, révélant une avalanche de notifications. Des messages. Beaucoup de messages.Elle ouvrit d'abord ceux de Julien.Julien « Pas de souci, Amelia. Je comprends. Prends soin de ton ami. Et repose-toi bien. »Julien : « Je voulais juste te dire, si tu as besoin d'aide, je suis là. N'hésite pas. Vraiment. »Julien : « Je sais que je ne devrais pas insister, mais juste un petit mot pour te dir
La porte de l'appartement d'Ethan s'ouvrit, et Claire entra, tenant Oliver par la main. Le petit garçon avait son manteau bleu, ses cheveux bruns en bataille, et il tenait un dessin qu'il avait fait chez sa tata. Il leva les yeux vers son père, un sourire aux lèvres.« Papa ! J'ai dessiné un dinosaure ! »Ethan s'accroupit, prit le dessin, et l'observa avec attention. « C'est un tyrannosaure ? »« Oui ! Il mange des petits dinosaures. »« Il est très féroce. »Oliver rit, un rire d'enfant. Puis il se tourna vers Claire. « Merci, tata Claire ! »Claire lui sourit, un sourire doux, presque maternel. « De rien, mon chéri. »Ethan se releva, posa une main sur l'épaule de son fils. « Oliver, va ranger ton dessin dans ta chambre. Je te rejoins dans cinq minutes. »L'enfant hocha la tête, s'élança vers sa chambre, ses petits pieds claquant sur le parquet. La porte se referma derrière lui, laissant Ethan et Claire seuls dans le salon.Le silence s'installa, lourd, électrique. Ethan se tourna
L'appartement de Chloé était chaud, lumineux, baigné dans cette lumière douce et jaune des lampes en rotin. Des coussins étaient éparpillés sur le canapé, des bougies brûlaient sur la table basse, et l'odeur du thé à la menthe flottait dans l'air. Amelia s'était affalée sur le canapé, les jambes repliées sous elle, un mug fumant entre les mains. Elle avait encore les joues rougies par le froid, le cœur qui battait un peu plus vite que la normale, comme s'il n'avait pas tout à fait retrouvé son rythme.Lola et Chloé étaient assises en face d'elle, les yeux brillants de curiosité, les oreilles grandes ouvertes. Une bouteille de vin était déjà ouverte, et deux verres étaient à moitié vides.« Alors, raconte, dit Lola en se penchant en avant. On veut tout savoir. »Amelia but une gorgée de thé, posa son mug sur la table, et laissa les mots couler.« Je suis arrivée chez Lucas, je l'ai aidé à se poser, il était complètement ivre, il a fini par s'endormir. Et puis, la porte a sonné. »« Et
Amelia marchait d'un pas rapide dans les rues de New York, le téléphone collé à l'oreille, le cœur encore battant. La nuit était fraîche, les lumières de la ville scintillaient autour d'elle, mais elle ne voyait rien. Elle était encore dans cet appartement, encore face à Ethan, encore à entendre ses mots résonner en elle.Elle composa le numéro de Lola, puis ajouta Chloé en appel groupe. Les deux sonneries se mêlèrent, puis les voix de ses amies éclatèrent.« Amelia ! » s'exclama Lola. « Qu'est-ce qui se passe ? »« T'as découvert une pièce secrète où ils torturaient des gens ou un truc comme ça ? » demanda Chloé, un sourire dans la voix.Amelia rit, un rire un peu nerveux. « Non, pire. »« Pire ? » répétèrent-elles en chœur.« Les filles… Ethan s'est pointé. »Le silence, puis Lola : « Quoi ? »« Ethan ? » demanda Chloé, incrédule.« Oui, lui-même. »« Mais qu'est-ce qu'il foutait là-bas ? » demanda Lola.Amelia prit une inspiration. « Lucas lui a envoyé un message vocal complètement
L'apparition de Lucas dans l'embrasure de la porte avait brisé la bulle. Amelia se tourna vers lui, un sourire aux lèvres, soulagée de voir qu'il avait repris quelques couleurs. Il avait les cheveux encore humides, les yeux moins rouges, et son regard, bien que fatigué, semblait plus lucide.« Tu t'es réveillé, dit-elle. T'as l'air d'aller mieux. »Lucas esquissa un sourire timide. « Oui, un peu. Je te remercie encore, Amelia. Vraiment. »« Ce n'est rien. »Il tourna son regard vers Ethan, un pli perplexe sur le front. « Mais qu'est-ce que tu fais là, toi ? Tu l'as appelé ? »Amelia secoua la tête. « Non, je ne l'ai pas appelé. »Ethan intervint, un sourire en coin. « C'est toi, l'idiot. Tu m'as envoyé un message vocal. Complètement bourré, tu bredouillais, je n'ai pas compris un mot. Alors je suis venu ici. »Lucas cligna des yeux, puis porta une main à son front, massant ses tempes comme pour faire revenir des souvenirs épars. « Ah, merde. Je pensais que je l'avais envoyé à David. »
L’après-midi s’écoula dans une sorte de transe professionnelle, un ballet de sourires polis et de poignées de main fermes qui masquaient à peine la tempête intérieure qui faisait rage en moi. Nous étions passés en mode networking « libre » : des petits groupes se formaient et se défaisaient comme d
Le métro de 19 h 15 est bondé, mais je suis ailleurs.Je reste debout, accrochée à la barre froide, le regard perdu dans le reflet de la vitre noire.Mon visage est encore parfait : rouge à lèvres intact, eyeliner sans bavure, cheveux toujours souples.Je ressemble à une publicité de luxe.Et pourt
Le lendemain matin, je me réveillai avec une boule au ventre qui n'avait pas disparu pendant la nuit. Elle était là, installée, dense, comme un organe supplémentaire que la vie m'aurait greffé sans mon consentement. J'avais à peine dormi, les yeux rivés au plafond de ma chambre, repensant à chaque
« Ma mère a un cancer du poumon. Stade 4. » Les mots étaient toujours aussi durs à prononcer. « Elle est faible, elle maigrit, elle dort tout le temps. Et en même temps, elle est agitée. Elle s'est échappée l'autre nuit pour fumer, elle a failli se faire renverser par une voiture. »Lola posa sa ma







