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Le Rêve

Autor: Anatory
last update Data de publicação: 2025-12-28 06:05:30

Ce samedi matin, le ciel était gris et doux, une lumière de novembre qui rendait tout un peu irréel.

Je me réveillai à dix heures trente, ce qui ne m’était pas arrivé depuis des lustres. Mon corps était lourd, comme si la tension de la semaine s’était accumulée dans chaque muscle. Je restai allongée, les mains sur mon ventre, et je pensais à lui. Bien sûr que je pensais à lui. Depuis vendredi midi, je n’avais rien fait d’autre.

« Je vous veux. Beaucoup plus que je ne devrais. »

Ces mots tournoyaient dans ma tête comme un refrain obsédant. Je fermai les yeux et revis son regard, la manière dont sa voix avait craqué sur le dernier mot. Mon ventre se serrait, mes jambes frissonnaient. Et surtout, je sentais cette pulsation sourde entre mes cuisses qui ne m’avait pas lâchée depuis quarante-huit heures.

Ça faisait presque deux ans que je n’avais couché avec personne. Deux ans. La dernière fois, un garçon sympa mais fade, rencontré sur une appli, m’avait fait jouir poliment en dix minutes, avant de me demander si j’aimais les séries coréennes. Depuis, rien. Travail, factures, fatigue, petites déceptions accumulées… J’avais rangé cette partie de moi dans une boîte étiquetée « plus tard ».

Et voilà qu’Ethan venait de la rouvrir d’un coup de pied.

Je grognai, enfouis mon visage dans l’oreiller. Chaque seconde passée sans lui me brûlait. Si je ne faisais rien, je craquerais. Je le savais. Je finirais par le supplier dans un couloir ou dans son bureau maudit. Et après ? Il me regarderait avec ce mélange de regret et de désir, et je me haïrais de m’être laissée aller.

Je bondis du lit, pris une douche froide — la seule chose qui calmait à peine mes nerfs — puis bus un café trop fort. Mon téléphone vibra : un message de Lola.

[Brunch chez toi dans 1h ? J’apporte les croissants, Chloé apporte le champagne, et on veut TOUT savoir sur le boss qui te fait trembler des genoux.]

Je souris malgré moi. Mes amies sentaient ces choses à des kilomètres. Un simple 🆗, et je filai m’habiller. Pull trop grand, jean confortable, besoin de me sentir protégée.

Elles arrivèrent pile à midi, et le salon fut envahi par leurs rires et leurs parfums. Lola lança : « Alors ? Version non censurée ou encore le coup du “c’est compliqué” ? »

Je ris, gênée : « C’est… très compliqué. »

Chloé ouvrit le champagne avec un pop théâtral : « Compliqué, c’est le nouveau mot pour “je fonds pour mon patron et je ne sais plus quoi faire de mon corps” ? »

Je m’étouffai de rire. « Je ne suis pas amoureuse ! »

Elles me fixèrent avec un mélange d’incrédulité et de malice. « Ok, peut-être un peu attirée… beaucoup attirée, atrocement attirée. »

Je racontai tout : la salle de réunion, le bureau. À la phrase « Je vous veux, bien plus que je ne devrais », Chloé poussa un cri aigu et Lola se cacha le visage dans son écharpe.

« Il a vraiment dit ça et il est parti ? » s’écria Lola.

« Oui. Comme s’il avait peur de lui-même. »

« C’est… terriblement sexy », murmura Chloé. « Il lutte contre son désir et il perd. »

« Il ne perd pas encore », rectifiai-je. « Il résiste. Et moi… je tiens plus. »

Je baissai la voix. « Deux ans sans personne… et maintenant mon corps crie que c’est lui. Que si je rate ça, je le regretterai à vie. Mais c’est mon boss. Et il lutte contre quelque chose que je ne comprends même pas. »

Lola prit ma main : « Ou alors tu craques, c’est incroyable, et tu vis enfin quelque chose qui te fait vibrer. Tu as le droit, Amélia. Deux ans de sagesse, ça suffit. »

Le reste de l’après-midi passa en rires et bulles. Elles me firent essayer une robe pour “tester l’effet”, me prirent en photo, me rappelèrent que j’étais vivante.

Le soir tomba, et je restai seule. Je consultai son numéro personnel dans l’annuaire interne, les doigts tremblants, et tapai :

[Amélia : Vous aviez raison. Vous me compliquez la vie aussi. Mais je ne veux pas que ça s’arrête.]

Trois secondes plus tard, les trois petits points apparurent.

[Ethan : Vous n’avez pas idée du nombre de fois où j’ai écrit et effacé un message depuis vendredi.]

[Amélia : Et pourquoi ne l’avez-vous pas envoyé ?]

[Ethan : Parce que je suis censé être raisonnable.]

[Amélia : Et là, tout de suite, vous l’êtes ?]

Silence. Long.

[Ethan : Non. Pas du tout.]

Je fermai les yeux, sensation de chute libre.

[Amélia : Alors venez.]

Je me levai, enlevai le pull trop grand, enfilai une chemise en soie noire, sans soutien-gorge, cherchant à me sentir dangereuse. Vingt-sept minutes plus tard, on sonna à la porte.

Il était là. Jean sombre, chemise noire ouverte, cheveux en bataille, parfum de pluie et de bois chaud. Il ne dit rien, me regarda simplement, les yeux noirs, la mâchoire crispée. Je fis un pas de côté, il entra, la porte claqua derrière lui.

Et là, dans l’entrée, sans un mot, il me plaqua contre le mur, ses mains pressant légèrement mon dos, et m’embrassa avec une urgence qui me coupa le souffle, comme si chaque seconde comptait. Mon corps se cambra, chaque fibre vibrante. Tout était si réel : la chemise en soie, ses mains dans mon dos, le mur contre ma peau…

Puis la réalité me rattrapa brutalement. Mon téléphone vibra sur l’oreiller : 00 h 47.

Un message. De lui.

[Ethan : Amélia, désolé de vous déranger un samedi soir. Urgence pour le dossier Morrison. Liste des clauses de confidentialité modifiées avant demain matin. Je vous revaudrai ça. Encore désolé.]

Je fixai l’écran, les yeux écarquillés. Je relus trois fois. Quatre fois.

Je répondis, la voix rauque dans ma tête :

[Amélia : Bien sûr. Je vous envoie ça dans dix minutes.]

[Amélia : Pas de souci, vraiment.]

Je traversai l’appartement pieds nus, envoyai le mail, puis restai assise dans le noir, les jambes tremblantes, devant l’écran : « Message envoyé ».

Je ris silencieusement, un peu amère, un peu désespérée. Tout n’avait été qu’un rêve. Tout.

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