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Une Femme ?

Author: Anatory
last update Last Updated: 2025-12-28 06:10:00

Lundi matin.

Ma tête pèse trois tonnes, mes yeux piquent, et j’ai l’impression d’avoir avalé un cendrier.

Merci la tequila.

Je me traîne jusqu’à la cuisine, pieds nus, robe de la veille encore froissée sur le dossier de la chaise. Je sors le remède miracle de ma mère : deux cachets d’aspirine effervescents, un grand verre d’eau pétillante, une cuillère de miel et une pincée de piment de Cayenne. Ça pique, ça brûle, mais dix minutes après je suis à peu près humaine.

Je regarde l’heure : 8 h 12.

Si je pars maintenant, j’arrive juste à l’heure.

Je saute dans un jean noir, chemise blanche cintrée, chignon rapide, rouge à lèvres pour faire genre « tout va bien ».

Dans le métro, je ferme les yeux et je revois le cœur rouge.

Je me répète que je vais le coincer. Calmement. Professionnellement.

« Ethan, c’était quoi ce like à 3 h du mat’ ? »

Simple. Direct. Adulte.

Je pousse la porte vitrée du hall à 8 h 57. Pile poil.

Sophie, de la compta, m’attrape au vol devant l’ascenseur.

« T’as une tête de lendemain de soirée, toi ! »

« Merci, Soph, t’es adorable. »

« Raconte ! T’as fini avec quelqu’un ? »

Je hausse les épaules.

« Un mec sympa. Rien de fou. »

Elle me donne un coup de coude.

« T’inquiète, le prochain sera ton boss. J’ai vu comment il te regarde. »

Je lève les yeux au ciel, mais mon ventre se serre.

Neuvième étage.

Je pose mon sac, allume mon ordi, regarde direct vers son bureau vitré.

Vide.

Bizarre. Il est toujours là avant tout le monde.

Je me lève, direction l’accueil du rez-de-chaussée. Marc, le vigile sympa qui connaît absolument tout sur tout le monde, est en train de siroter son café.

« Salut Marc, Eth.... Mr Blackwell est déjà passé ? »

Il fait non de la tête.

« Non, il a prévenu qu’il serait en retard. Sa femme a eu un petit accident de voiture ce matin. Rien de grave, apparemment, mais il l’accompagne aux urgences pour vérifier. »

Le mot « femme » me tombe dessus comme une brique.

Je reste figée, bouche entrouverte.

« Sa… femme ? »

Marc fronce les sourcils.

« Ben oui, Claire. Tu savais pas qu’il était marié ? »

Je secoue la tête lentement.

« …Non. »

Il hausse les épaules.

« Il en parle jamais. Et il porte pas d’alliance, alors beaucoup de gens savent pas. Moi je sais parce que je les ai vus ensemble à la soirée de Noël l’an dernier. »

Je bredouille un merci et je remonte, les jambes en coton.

Marié.

Ethan est marié.

Tout tourne.

Les regards dans l’ascenseur, les murmures, « je vous veux », le cœur rouge à 3 h du mat’, tout.

Il est complètement fou.

Ou alors c’est moi qui suis complètement conne.

Je m’assois à mon bureau, fixe l’écran sans le voir.

Pas d’alliance. Jamais. Je regarde mes souvenirs en accéléré : ses mains sur la table, sur la rambarde de l’ascenseur, sur ma taille dans mon rêve. Aucune bague. Jamais.

À midi, je descends à la cantine comme un zombie.

La rumeur a déjà fait trois fois le tour de l’open space.

Table du fond : Sophie, Karim et deux filles du marketing.

Je m’assois avec mon plateau, l’air de rien.

Karim parle fort :

« Apparemment elle s’est fait emboutir à un feu rouge, rien de méchant, juste un coup du lapin. Mais il a tout lâché pour l’emmener à l’hosto. »

Sophie : « C’est mignon, quand même. »

Une des filles du marketing ricane :

« Mignon ? Claire Allen, tu parles… Une vraie glaçon. Super belle, genre mannequin, mais le genre qui te regarde comme si t’étais une tâche sur son Louboutin. »

L’autre ajoute :

« Ouais, et franchement, je savais même pas qu’ils étaient encore ensemble. On les voit jamais ensemble. Mariés depuis quoi… huit ans ? »

Sophie me regarde.

« Toi t’étais au courant, Amelia ? »

Je secoue la tête, la gorge nouée.

« Non. Première nouvelle. »

Je pique dans ma salade sans la goûter.

Tout le monde autour parle de Claire Allen comme si c’était une légende : femme d’affaires redoutable, héritière d’une grosse boîte de luxe, toujours tirée à quatre épingles, pas d’enfants, voyages d’affaires permanents.

Et Ethan, le mari discret qui ne porte pas d’alliance.

Je repose ma fourchette.

J’ai envie de vomir.

Je veux le voir.

Je veux qu’il arrive, qu’il passe devant moi, qu’il me regarde dans les yeux et que j’explose.

Ou que je pleure.

Ou les deux.

Je regarde l’horloge : 13 h 47.

Toujours pas là.

Je retourne à mon bureau, j’ouvre un mail que je n’écris pas, je fixe sa porte vitrée.

Je serre les poings sous la table.

Viens, Ethan.

Viens que je te demande en face ce que je représente pour toi.

Un jeu ?

Un caprice ?

Une erreur que tu t’autorises parce que ta femme est trop froide et que tu t’emmerdes dans ton mariage parfait ?

Je respire fort.

Je sens la colère monte , je la ravale.

Mais putain, quand il franchira cette porte,

il aura intérêt à avoir une explication.

Parce que moi, je n’en ai plus aucune.

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