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Sa Femme ?

Author: Anatory
last update publish date: 2025-12-28 06:10:00

Lundi matin.

Le réveil fut brutal, froid et gris, la lumière blafarde du jour filtrant à travers les rideaux mal fermés de mon appartement, plongeant la pièce dans une pénombre lourde et étouffante.

Ma tête pesait trois tonnes, lancinante et douloureuse, chaque battement de sang résonnant dans mon crâne comme un marteau sourd. Mes yeux piquaient, gonflés par la fatigue et l’alcool, les paupières lourdes au point d’être difficiles à soulever, et j’avais l’impression d’avoir avalé un cendrier entier, la gorge sèche, amère et irritée, chargée de l’arrière-goût âcre de l’alcool fort.

Merci la tequila.

La soirée de la veille flottait dans ma mémoire par bribes floues, entre rires étouffés, verres enchaînés et cette détente factice que j’avais cherchée pour oublier les tourments des derniers jours.

Je me traînai lentement jusqu’à la cuisine, les membres raides et alourdis, pieds nus sur le carrelage froid qui me faisait frissonner.

La pièce était silencieuse, seulement troublée par le faible bourdonnement du frigo, un vide qui amplifiait ma migraine et mon malaise.

Je sortis du placard le remède miracle de ma mère, celui qu’elle me recommandait à chaque lendemain difficile : deux cachets d’aspirine effervescents, un grand verre d’eau pétillante fraîche, une cuillère de miel pour adoucir la gorge et une pincée de piment de Cayenne — son ingrédient secret — qui réveillait le corps en un instant.

Je bus la mixture d’un trait, sans hésiter. Ça piquait la langue, brûlait la gorge et l’estomac par vagues successives, une chaleur vive qui parcourait mon corps, mais dix minutes plus tard, la douleur s’atténuait peu à peu, la brume dans mon esprit se dissipait, et je redevins à peu près humaine, capable de reprendre le fil de ma journée.

Je relevai la tête pour regarder l’horloge posée sur le plan de travail : 8 h 12.

Un léger sursaut me parcourut. Si je partais maintenant, sans traîner, j’arrivais juste à l’heure au bureau.

Je me dépêchai alors, les gestes rapides et automatiques : je sautai dans un jean noir ajusté, enfilai une chemise blanche cintrée qui corrigeait mon air fatigué, attachai mes cheveux en un chignon rapide devant le miroir de l’entrée, puis passai une touche de rouge à lèvres discrète, juste assez pour masquer la pâleur de mon visage et donner l’illusion que tout allait bien.

Le trajet jusqu’au métro se fit dans le froid matinal, les rues encore calmes, à peine traversées par quelques travailleurs pressés. Dans la rame bondée, je m’adossai contre une paroi froide et fermai à demi les yeux pour m’isoler du tumulte.

Et sans que je puisse l’empêcher, une image revint sans cesse : ce petit cœur rouge, apparu sous ma story à trois heures du matin passées. Un simple like, anodin en apparence, mais chargé de non-dits qui me rongeaient depuis l’aube.

Les doutes et les émotions confuses se bousculaient dans mon esprit. Je m’étais promis de ne plus me laisser submerger par lui, par cette attirance trouble qui nous liait depuis des mois.

Je me répétai intérieurement, avec fermeté, que j’allais le coincer aujourd’hui, au calme, sans précipitation, sans laisser paraître mes émotions. Calmement. Professionnellement. Strictement dans le cadre du travail, en apparence.

Une question simple, claire, sans détour, que je lui poserais dès que je croiserais son regard : « Ethan, c’était quoi ce like à 3 h du mat’ ? »

Simple. Direct. Adulte. Rien de plus.

Je sortis du métro, marchai d’un pas rapide dans la rue commerçante et poussai la porte vitrée du hall à exactement 8 h 57. Pile, comme prévu.

Le hall était lumineux, animé par les premiers arrivants, le bruit des pas et des conversations étouffées.

Sophie, de la compta, m’attrapa au vol devant l’ascenseur, scrutant mon visage avec un sourire malicieux.

« T’as une tête de lendemain de soirée, toi ! »

« Merci, Soph, t’es adorable, » répondis-je avec un sourire fatigué.

Elle insista aussitôt : « Raconte ! T’as fini avec quelqu’un ? »

Je haussai les épaules.

« Un mec sympa. Rien de fou. »

Elle me donna un coup de coude complice.

« T’inquiète, le prochain sera ton boss. J’ai vu comment il te regarde. »

Je levai les yeux au ciel, feignant l’indifférence, mais mon ventre se serra malgré moi.

Les portes de l’ascenseur se refermèrent doucement.

Neuvième étage.

Je posai mon sac sur mon bureau, allumai mon ordinateur, puis levai immédiatement les yeux vers son bureau vitré.

Vide.

Aucune silhouette. Aucun mouvement.

Bizarre. Très bizarre. Ethan était toujours le premier arrivé.

Une inquiétude naquit en moi.

Je me levai et descendis vers l’accueil.

Marc était là, café à la main.

« Salut Marc… Mr Blackwell est déjà passé ? »

Il secoua la tête.

« Non. Il a prévenu tôt ce matin. Sa femme a eu un petit accident de voiture. Rien de grave, mais il l’accompagne aux urgences. »

Le mot « femme » me frappa de plein fouet.

Le souffle se coupa.

Je restai figée, incapable de bouger, tout le reste disparaissant autour de moi.

« Sa… femme ? » murmurai-je.

Marc fronça les sourcils.

« Tu savais pas qu’il était marié ? »

Je secouai lentement la tête.

« Non… je ne savais pas. »

Il haussa les épaules.

« Il n’en parle jamais. Et sans alliance, personne ne se doute de rien. Moi, je les ai vus à la soirée de Noël. »

Je murmurai un merci et remontai dans l’ascenseur, les jambes en coton.

Marié.

Ethan était marié.

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