LOGINMila n’avait pas prévu d’accepter. Quand Ethan Marlow l’avait abordée dans le hall, sa voix mielleuse glissant entre les bavardages matinaux, son premier réflexe avait été de décliner.— Une conférence prestigieuse, avait-il lancé d’un ton léger, comme si l’idée venait à peine de naître. L’occasion de mettre en avant vos analyses brillantes. Vous savez, celles qui font de vous… l’ombre discrète de Reyford Corp.Ses mots avaient semblé un compliment, mais Mila en avait entendu le poison : l’ombre discrète. La piqûre de rappel qu’elle ne devait son existence qu’à Alec.Elle avait serré ses dossiers contre elle, hésité. Refuser, c’était confirmer aux yeux d’Ethan qu’elle se cachait. Accepter, c’était entrer dans un piège.— Je n’ai pas l’habitude de…— Justement, avait-il coupé, ses yeux brillants d’ironie. Changez l’habitude. Le monde mérite de vous entendre. Et puis… je serais honoré de vous présenter.Le sourire carnassier qui avait suivi n’avait laissé aucun doute : ce n’était pas se
Le couloir vibrait d’un bourdonnement discret : climatiseurs, ascenseurs qui soupiraient, néons trop blancs. À cette heure encore, la tour sentait le papier neuf, le verre lavé et la fatigue retenue. Mila s’était arrêtée net, le cœur culbutant dans sa poitrine, quand la voix l’avait happée par son nom de famille.— Andrews.Elle se retourna. Alec était là, découpé par la lumière froide, costume sombre qui absorbait le monde. Son visage demeurait fermé, sculpté par cette maîtrise qu’il portait comme une armure. Mais ses yeux, eux, brûlaient. Un acier chauffé à blanc sous la surface.Pendant une seconde, rien ne bougea. Le temps eut l’air de se retenir, prêt à s’ébrécher.— Vous avez deux minutes ? demanda-t-il, la voix basse, sans fioritures.Elle hocha la tête. Ses doigts serraient encore le dossier qu’elle avait promis de déposer au service juridique ; les arêtes du carton meurtrissaient la paume. Elle s’avança d’un pas — pas trop près, pas trop loin. La distance calculée de ceux qui
La matinée avait un goût métallique, comme si l’air même s’était imprégné du silence froid qui pesait sur les étages supérieurs de la tour Reyford. Mila entra dans l’open space, son badge bipant faiblement, et sentit aussitôt que quelque chose avait changé.Ce n’était pas un détail visible, mais une atmosphère. Comme une vitre invisible dressée entre elle et le reste du monde.Les employés travaillaient, les ordinateurs ronronnaient, les écrans de chiffres défilaient. Pourtant, Mila perçut dans les regards rapides de ses collègues, dans la retenue de leurs salutations, que l’épisode du déjeuner avec Ethan avait laissé des traces. Elle avait beau marcher d’un pas sûr, tailleur ajusté, cheveux impeccables, ses jambes tremblaient légèrement sous la jupe.Elle s’installa à son bureau, posa ses dossiers avec une précision maniaque. Ses mains tremblaient trop. Pour les calmer, elle serra son stylo si fort que l’encre laissa une tache bleue sur sa paume.Un bruissement parcourut la pièce : A
La pluie griffait les vitres de la tour comme une main impatiente. Dans le hall, le marbre renvoyait un froid propre, parfumé de fleurs blanches et de cirage neuf. Mila traversa l’espace trop vaste avec l’impression d’être minuscule et trop visible à la fois. Chaque pas de ses talons claquait plus fort que d’habitude, comme si le bâtiment voulait répéter sa présence pour la lui reprocher.L’ascenseur l’engloutit. Miroirs polis, éclairage pâle : son reflet la regarda sans indulgence. Elle reconnut la fatigue sous le maquillage, la raideur dans la nuque, la vigilance crispée au coin de la bouche. Elle pensa au restaurant : la nappe lourde, les verres au pied long, la voix d’Ethan qui l’étreignait de politesse… puis l’ombre d’Alec, surgissant à l’entrée, la pluie perlant sur ses épaules, ce regard qui avait glacé l’air. Tout, depuis, vibrait comme un fil trop tendu.Le ding discret annonça l’étage de la direction. Les portes s’ouvrirent sur le couloir silencieux, bordé de vitres où se re
La matinée avait filé dans un brouillard étrange. Mila s’était réfugiée dans ses dossiers, mais chaque chiffre semblait se dérober, chaque ligne se brouiller sous ses yeux fatigués. Depuis la veille, une lourdeur tenace l’empêchait de respirer pleinement. Alec l’évitait. Cassandra avait frappé avec son sourire de vipère. Et Mila, au milieu, se sentait comme une funambule sur un fil trop tendu.À 11h07, une vibration sur son bureau brisa le silence. Elle sursauta, prit son téléphone.Ethan Marlow.Le message était simple : « Déjeuner, 12h30. J’ai réservé. »Pas de point d’interrogation. Pas de politesse. Une affirmation déguisée en proposition. Mila resta figée, son index immobile au-dessus de l’écran. Elle aurait dû effacer. Refuser. Mais une part d’elle avait besoin d’air, de lumière hors de la tour Reyford.Une heure. Une parenthèse. Rien de plus.Elle tapa enfin : « D’accord. »À 12h25, elle poussa la porte de la brasserie où Ethan l’attendait. L’endroit respirait le luxe discret
La journée avait commencé comme une gifle.Mila franchit le hall vitré de Reyford Corp, ses talons claquant contre le marbre poli. Chaque pas résonnait plus fort que d’habitude, comme si le bâtiment entier amplifiait sa présence. Le hall, vaste et lumineux, baignait dans une lumière d’hiver trop blanche, presque crue. L’air sentait le cuir neuf, les fleurs fraîches disposées dans les immenses vases à l’entrée, et cette odeur subtile de café qui filtrait des gobelets portés par les employés déjà pressés. Pourtant, malgré l’animation familière, Mila ressentait une lourdeur inhabituelle.Depuis l’aveu — son aveu —, chaque geste semblait peser double. Elle n’avait pas seulement révélé un secret à Alec ; elle avait brisé un équilibre précaire, et désormais tout ce qui l’entourait avait changé de couleur. Alec ne lui avait pas reparlé. Pas un mot, pas un regard direct. Il s’était enfermé dans son bureau, multipliant les réunions et les ordres rapides, comme s’il érigeait une muraille de gla







