LOGINAlice poussa la porte vitrée de Pragma et s’arrêta net dans l’ascenseur.
Elle chantonnait encore.
Elle se recomposa avant que les portes s’ouvrent.
L’open space était déjà en ordre de marche. Corine au téléphone, stylo en main. Serge qui déposa deux dossiers sur son bureau sans lever la tête. Monsieur Aké qui traversa le couloi
La journée continua sur ce rythme — dense, chargée, ce lundi qui ne laissait pas beaucoup de place pour souffler.Monsieur Aké convoqua une réunion surprise à onze heures — ce client de la zone franche qui voulait une révision complète de son étude stratégique pour jeudi. Alice prit des notes, distribua les tâches, fixa les délais avec cette précision efficace qui était la sienne dans les situations d’urgence.Serge marmonna quelque chose sur les délais impossibles.Corine dit qu’elle gérait.Monsieur Aké dit merci et disparut dans son bureau cloisonné.Tout le monde s’y mit.À treize heures Alice eut enfin vingt minutes.Elle fit pivoter légèrement
Alice poussa la porte vitrée de Pragma et s’arrêta net dans l’ascenseur.Elle chantonnait encore.Elle se recomposa avant que les portes s’ouvrent.L’open space était déjà en ordre de marche. Corine au téléphone, stylo en main. Serge qui déposa deux dossiers sur son bureau sans lever la tête. Monsieur Aké qui traversa le couloir à huit heures pile avec ce rythme immuable qui était le sien depuis des années.Alice posa son sac. Alluma son écran. La journée démarra en trombe — le client de la zone nord qui rappelait pour la troisième fois, les projections du trimestre trois à boucler, une réunion à neuf heures que Corine gérait depuis son bureau en lançant des regards à Alice toutes les dix minutes.
Le message de Kelma arriva au moment exact où Christian posait son sac sur le banc du vestiaire.Il lut. Sourit — ce sourire froid et amusé qui n’appartenait qu’à lui. Je signe demain. Je t’enverrai mes conditions supplémentaires en soirée.Bien sûr elle enverrait des conditions supplémentaires. C’était Kelma — elle ne lâchait jamais rien sans négocier quelque chose en retour. Il rangea le téléphone, finit de se changer, et entra dans la piscine.L’eau était à vingt-six degrés.Christian plongea sans hésiter — ce plongeon propre, ce silence immédiat sous la surface, ce monde qui devenait bleu et sourd et parfait. La piscine de l’Hôtel Savane avait cette qualité des bassins de luxe &mdash
Étienne posa sa tasse.— C’était compliqué ?— Ma mère l’est toujours.Il ne posa pas d’autres questions. Cette façon qu’il avait de laisser les choses respirer sans les forcer. Kelma but une gorgée de café, regarda Paris par la fenêtre de la cuisine — cette lumière de samedi matin, ces toits, cette ville qui prenait son temps.— On sort ? dit-il.— Où ?— J’ai une idée.La voiture les attendait en bas.Le chauffeur d’Étienne — un homme discret d’une cinquantaine d’années qui connaissait Paris comme sa poche et ne posait jamais de questions. Ils traversèrent la ville dans ce samedi matin encore calme, ces rues
Sa mère.Kelma regarda l’écran une seconde de trop avant de décrocher. Étienne dormait encore. Elle se glissa hors du lit sans faire de bruit, attrapa son peignoir et sortit dans le couloir.— Maman.— Kelma. — La voix de Nadia Demeïderos avait cette qualité particulière des femmes qui avaient grandi dans les protocoles et qui ne les avaient jamais vraiment quittés — nette, posée, avec ce fond de reproche permanent qui ne se formulait jamais directement mais qui était là dans chaque intonation. — Je t’appelle depuis ce matin.— Il est tôt maman.— Il est neuf heures passées. Ton père a parlé à Édouard De Souza cette semaine.Kelma alla dans la cuisine. Ouvrit un placard. Chercha du café.— Je t’écoute, dit-elle.— Il paraît qu’il y aurait des bruits de divorce. Ton père voulait que je t’appelle pour savoir ce qu’il en est exactement.— Papa ne pouvait pas m’appeler lui-même ?— Kelma.— C’est une question simple maman.Un silence — ce silence que Nadia Demeïderos avait eu toute la vie
Alice avait vingt-deux ans, et à cet âge-là elle n’avait pas encore appris que certaines intensités portent en elles leur propre fin.Elle était allongée contre lui, le souffle encore irrégulier, la peau parcourue de cette chaleur lente qui ne s’éteint jamais complètement, tandis que les doigts de
Christian nouait sa cravate pour la troisième fois.Pas parce qu'elle était de travers. Ses mains avaient simplement besoin de faire quelque chose pendant que sa tête faisait le reste.Dans le miroir, il voyait un homme prêt pour un dîner. Costume sombre, expression maîtrisée, la surface parfaite d
Le mot résonnait encore dans sa tête tandis qu'elle descendait les escaliers sans vraiment les sentir. Une heure. La voix de Christian semblait la suivre, collée à sa peau comme une empreinte qu'on ne peut pas effacer en se frottant, et l'air froid de la rue, quand elle poussa la porte de l'immeubl
Alice n'aurait jamais dû être là.Elle le savait dès l'instant où la porte s'était refermée derrière elle, avec ce petit clic sec qui résonnait encore dans sa tête comme un verdict. Trop tard pour reculer. Trop tard pour prétendre qu'elle s'était trompée d'adresse.L'appartement était silencieux. Tr







