LOGINÉtienne posa sa tasse.
— C’était compliqué ?
— Ma mère l’est toujours.
Il ne posa pas d’autres questions. Cette façon qu’il avait de laisser les choses respirer sans les forcer. Kelma but une gorgée de café, regarda Paris par la fenêtre de la cuisine — cette lumière de samedi matin, ces toits, cette ville qui prenai
Le message de Kelma arriva au moment exact où Christian posait son sac sur le banc du vestiaire.Il lut. Sourit — ce sourire froid et amusé qui n’appartenait qu’à lui. Je signe demain. Je t’enverrai mes conditions supplémentaires en soirée.Bien sûr elle enverrait des conditions supplémentaires. C’était Kelma — elle ne lâchait jamais rien sans négocier quelque chose en retour. Il rangea le téléphone, finit de se changer, et entra dans la piscine.L’eau était à vingt-six degrés.Christian plongea sans hésiter — ce plongeon propre, ce silence immédiat sous la surface, ce monde qui devenait bleu et sourd et parfait. La piscine de l’Hôtel Savane avait cette qualité des bassins de luxe &mdash
Étienne posa sa tasse.— C’était compliqué ?— Ma mère l’est toujours.Il ne posa pas d’autres questions. Cette façon qu’il avait de laisser les choses respirer sans les forcer. Kelma but une gorgée de café, regarda Paris par la fenêtre de la cuisine — cette lumière de samedi matin, ces toits, cette ville qui prenait son temps.— On sort ? dit-il.— Où ?— J’ai une idée.La voiture les attendait en bas.Le chauffeur d’Étienne — un homme discret d’une cinquantaine d’années qui connaissait Paris comme sa poche et ne posait jamais de questions. Ils traversèrent la ville dans ce samedi matin encore calme, ces rues
Sa mère.Kelma regarda l’écran une seconde de trop avant de décrocher. Étienne dormait encore. Elle se glissa hors du lit sans faire de bruit, attrapa son peignoir et sortit dans le couloir.— Maman.— Kelma. — La voix de Nadia Demeïderos avait cette qualité particulière des femmes qui avaient grandi dans les protocoles et qui ne les avaient jamais vraiment quittés — nette, posée, avec ce fond de reproche permanent qui ne se formulait jamais directement mais qui était là dans chaque intonation. — Je t’appelle depuis ce matin.— Il est tôt maman.— Il est neuf heures passées. Ton père a parlé à Édouard De Souza cette semaine.Kelma alla dans la cuisine. Ouvrit un placard. Chercha du café.— Je t’écoute, dit-elle.— Il paraît qu’il y aurait des bruits de divorce. Ton père voulait que je t’appelle pour savoir ce qu’il en est exactement.— Papa ne pouvait pas m’appeler lui-même ?— Kelma.— C’est une question simple maman.Un silence — ce silence que Nadia Demeïderos avait eu toute la vie
La portière s’ouvrit.Kelma ne bougea pas.Elle reconnut la voiture avant de reconnaître l’homme — cette berline sombre, cette silhouette dans la lumière des réverbères. Étienne sortit lentement, referma la portière derrière lui avec ce claquement discret des voitures suffisamment chères pour que même leurs portières ne fassent jamais de bruit inutile.Il la regarda.Elle le regarda.— Tu viens d’atterrir, dit-elle.— Il y a deux heures.— Et tu es directement là.— Oui.Kelma le regarda. Les messages dans la journée — cette photo de Lisbonne, ce tu vois, ce bonne soirée envoyé depuis trente mille pieds d’altitude pendant qu’elle bouclait ses dossiers. Elle avait su à ce moment-là, sans se l’avouer tout à fait, qu’il rentrait. Qu’il revenait.Il s’avança vers elle — cette façon tranquille qu’il avait de bouger, comme si le temps était de son côté.— Le bouquet était démesuré, dit-elle.— C’est l’idée.— Il ne rentre pas dans mon vase habituel.— J’ai demandé le plus grand vase du fleu
La journée avait filé.Étienne avait envoyé trois messages — rien d’urgent, rien de lourd, juste cette façon de maintenir un fil sans l’alourdir. D’abord à treize heures — bien mangé ? — auquel elle avait répondu oui. Puis vers seize heures une photo — une ruelle de Lisbonne depuis une fenêtre, juste cette légende : tu vois. Elle avait regardé la photo longtemps. Puis à dix-huit heures trente, alors qu’elle bouclait ses dossiers : bonne soirée.Elle avait éteint son écran. Pris son sac.Le taxi la déposa devant le Clarence à vingt heures moins cinq.Émilie était déjà là — évidemment. Installée dans le meilleur angle de la me
Kelma posa le vase sur le buffet du salon — le seul endroit qui pouvait contenir ce bouquet démesuré sans déséquilibrer la pièce. Elle recula d’un pas. Ajusta légèrement vers la gauche.Bien.Elle alla s’habiller.Tailleur gris perle, chemisier blanc, talons noirs. Ces gestes du matin qu’elle faisait dans un ordre précis depuis des années — d’abord le chemisier, puis la jupe, puis la veste, puis les chaussures, puis les bijoux. Fond de teint, poudre, mascara. Rouge à lèvres bordeaux — celui du vendredi, pas le nude des lundis de réunions importantes.Elle se regarda dans le miroir une seconde.Prit son sac.Sortit.Marc frappa à la porte de son bureau à onze heures pile.— Kelma. Merci de me recevoir.Elle leva les yeux de son dossier.— C’est mon bureau Marc. Asseyez-vous.Il s’installa en face d’elle avec ses dossiers, son ordinateur, ce café qu’il prenait toujours trop chaud et qu’il soufflait dessus pendant dix minutes avant d’y toucher. Marc — quarante ans, efficace, fidèle à Chr
Alice avait vingt-deux ans, et à cet âge-là elle n’avait pas encore appris que certaines intensités portent en elles leur propre fin.Elle était allongée contre lui, le souffle encore irrégulier, la peau parcourue de cette chaleur lente qui ne s’éteint jamais complètement, tandis que les doigts de
Christian nouait sa cravate pour la troisième fois.Pas parce qu'elle était de travers. Ses mains avaient simplement besoin de faire quelque chose pendant que sa tête faisait le reste.Dans le miroir, il voyait un homme prêt pour un dîner. Costume sombre, expression maîtrisée, la surface parfaite d
Une bouffée de colère mêlée d’amertume envahit Alice si brutalement qu’elle sentit tout son corps se tendre. Elle rejeta la tête en arrière, incapable de contenir plus longtemps ce qui montait en elle depuis que cette femme était sortie de la voiture.— Qu’est-ce que tu me veux ? lança-t-elle d’une
La voiture derrière elle accéléra brusquement, comme si une décision venait d’être prise. En quelques secondes à peine, elle combla la distance, se déporta sur la voie opposée et la dépassa sans hésitation. Alice n’eut même pas le temps de comprendre ce qui se passait que le véhicule se rabattait d







