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L’obsession démentielle du milliardaire
L’obsession démentielle du milliardaire
Author: Persephone

Chapitre 1

Author: Persephone
last update publish date: 2026-03-24 22:53:25

FIN

Geneviève fixait le bâtiment du groupe Hale qui se dressait devant elle, ses façades vitrées reflétant les lumières de la ville. De là où elle était assise, elle voyait les étages s’animer, une lumière chaude se diffusant dans la nuit froide, comme si le bâtiment se moquait d’elle tandis qu’elle restait seule à l’extérieur.

Elle était assise sur une dalle de pierre juste devant l’entrée, une étroite bordure de marbre ornée de quelques plantes vertes, plus décoratives que protectrices. Les flocons de neige tombaient régulièrement, fondant sur sa robe et le pull léger collé inutilement à sa peau.

Son corps était trempé, sa peau brûlante sous le vent glacé, mais son visage restait vide. Elle ne sentait presque plus la neige.

À l’entrée, un des gardes de sécurité se déplaça mal à l’aise. Son regard se tournait constamment vers la frêle silhouette assise dans la neige. Il se pencha vers son collègue.

« Cette dame est là depuis trois heures », souffla-t-il, visiblement troublé. « Qu’est-ce qu’elle fait encore ici ? Je devrais lui demander de partir… Ce n’est pas un salon, c’est un immeuble d’entreprise. »

La tête du second garde se tourna brusquement vers lui, alarmée. Il attrapa rapidement le bras de l’homme avant qu’il ne fasse un pas en avant. « T’es fou ? » siffla-t-il. « C’est la femme de M. Hale ! »

Le premier garde fronça les sourcils. « M. Hale ? Tu veux dire… Victor Hale ? » Sa gorge se noua à l’énoncé du nom. Sa posture se redressa instantanément, le sang quittant son visage. « Le propriétaire de ce bâtiment ? Notre patron ? »

« Oui, idiot ! », répondit rapidement l’autre garde à voix basse, comme s’il craignait d’être entendu. « C’est sa femme. »

Le premier homme recula vers son poste, la surprise gravée sur ses traits. Ses yeux se tournèrent de nouveau vers la femme trempée, perplexes. « Alors… pourquoi est-elle assise là comme ça ? Pourquoi ne monte-t-elle pas à son bureau ? »

« Elle n’est pas autorisée », murmura le second garde. « M. Hale a donné l’ordre lui-même : sa femme ne doit en aucun cas entrer. Je tiens ça de Sheena, la blonde à l’accueil depuis plus de dix ans. Elle dit qu’il lui aurait même demandé de jeter tout ce que sa femme tentait de lui envoyer. »

La bouche du premier garde s’ouvrit. « Incroyable », murmura-t-il. « Les riches… Je n’aurais jamais pensé qu’ils traiteraient leurs femmes comme ça. Regarde-la. Elle ne leur ressemble pas du tout. On dirait une femme de mon quartier qui peine à joindre les deux bouts. »

« Ferme-la », répliqua l’autre garde sèchement. « On ne sait pas ce qui se passe chez eux. Parle pas trop, sinon on aura tous des ennuis. »

Le premier garde avala difficilement et se tut. Il reporta son attention sur le trafic de vingt-deux heures, même si ses yeux revenaient parfois vers la silhouette solitaire.

Geneviève frissonna lorsqu’une autre bourrasque glaciale la traversa, s’infiltrant à travers ses vêtements trempés. Pendant un instant, sa vision se brouilla, non pas à cause des larmes, mais sous le poids écrasant de l’épuisement.

Son téléphone sonna soudain, la ramenant à la réalité. Avec des doigts engourdis, elle le porta à son oreille.

« Madame ? » La voix familière de Mme Maisel, chaude et aimable, résonna dans l’appareil. La gouvernante de la maison des Hale semblait inquiète. « Vous avez livré le dîner ? Ça fait des heures que vous êtes partie… Vous avez réussi à le remettre à M. Hale ? Vous avez passé tout l’après-midi à cuisiner. Je ne vous ai jamais vue consacrer autant de temps à un repas… Vous deviez être vraiment inquiète pour sa santé. » Sa voix devint pleine d’espoir, presque excitée. « M. Hale a-t-il été heureux de vous voir ? »

Un silence s’installa du côté de Geneviève. La neige s’était déposée sur ses cils, sa respiration formant de la buée dans le froid. Enfin, elle murmura d’une voix douce et faible : « La réceptionniste ne m’a pas laissée entrer. Je lui ai remis le repas, mais elle a refusé de le prendre. Elle m’a dit que Victor lui avait ordonné de jeter tout ce que j’apportais. »

L’autre côté de la ligne resta silencieux, à l’exception de la respiration inquiète de Mme Maisel. On entendit un froissement, comme si la gouvernante faisait les cent pas, avant que sa voix ne revienne, douce et apologétique. « Madame… pourquoi ne rentrez-vous pas ? Il neige dehors, vous devez être gelée. Je fais venir le chauffeur ? »

« Pas besoin », murmura Geneviève, avant de raccrocher.

Elle fixa l’écran noir de son téléphone un long moment, puis son pouce glissa presque de lui-même pour composer un numéro.

Victor Hale.

La sonnerie dura longtemps avant de se couper. Elle réessaya. Cette fois, l’appel passa.

« Qu’est-ce qu’il y a ? » La voix impatiente et brusque de Victor résonna.

Les lèvres de Geneviève esquissèrent le plus léger des sourires, qui n’atteignait pas ses grands yeux sombres. Ses longs cheveux soyeux tombaient sur ses épaules, légèrement humides de neige, et sa peau était pâle, presque diaphane, mettant en valeur la finesse de ses pommettes. Sa voix était calme, presque fragile.

« Tu as fini ton travail ? Quand rentreras-tu ? J’ai quelque chose dont je dois te parler. »

« Je suis occupé, coupa froidement Victor. Quoi que ce soit, règle-le toi-même. » La ligne se coupa, ne laissant que la tonalité froide résonner dans son oreille.

Sa main resta figée, le téléphone toujours contre son oreille bien que la ligne fût morte. Elle fixait droit devant elle, le corps immobile, mais à l’intérieur, son cœur battait douloureusement, trahissant le masque froid sur son visage.

Elle était mariée avec lui depuis cinq ans. Pendant toutes ces années, elle avait tout pris en charge, des moindres détails de sa vie aux responsabilités les plus lourdes. Chaque fardeau, chaque obligation…

Son téléphone glissa de ses doigts et tomba sur le sol.

L’appel de la semaine précédente résonnait encore dans ses oreilles, les voix des médecins refusant de s’estomper.

« Madame Brooks ? Vos parents ont eu un accident de voiture… Ils sont décédés. Pouvez-vous venir récupérer les corps ? »

Geneviève resta figée dans le noir, les mots se répétant encore et encore jusqu’à la vider de l’intérieur. Ses lèvres tremblèrent et elle murmura à peine : « Ça aurait été tellement bien d’être là avec Maman et Papa dans la neige… De la regarder tomber tous ensemble. Maman aurait adoré ça… elle a toujours aimé la neige. »

Ses mains se serrèrent en poings. Un frisson la secoua, sa poitrine se soulevant au rythme de respirations irrégulières et haletantes.

« Attends… non. Maman et Papa sont… morts. »

La pensée la frappa comme une lame de glace tandis que la réalité s’installait. Son visage devint pâle, le froid s’infiltrant dans ses os comme une entité vivante. L’obscurité devant elle semblait s’épaissir, comme un lourd rideau tiré sur sa vision. Même les yeux ouverts, elle ne voyait rien, seulement un vide sans fin. Elle les ferma brièvement, essayant de fuir le monde, mais une autre image apparut dans ce vide : Victor Hale. Son mari.

Et avec cette image vint un écho amer qui résonna dans son esprit : pourquoi ne s’était-il jamais soucié d’elle ?

Mais le silence s’assombrit encore davantage autour d’elle, la pressant de tous côtés.

Elle se souvenait de ces cinq années où Victor ne l’avait jamais accompagnée nulle part. Elle partait toujours seule. Chaque tristesse restait sans voix, les émotions étouffées avant même de naître, et les larmes toujours retenues.

Peu à peu, elle avait tout appris à taire. Même malade, elle allait seule à l’hôpital, attendait seule, repartait seule… comme si, depuis le début, elle n’avait jamais compté pour lui.

Elle ouvrit les yeux et se leva lentement, son corps tremblant du froid et du poids de ses pensées.

Son autre main attrapa son téléphone et elle commença enfin à s’éloigner du bâtiment, ses pas silencieux sur le sol enneigé. Lorsqu’elle atteignit le trottoir, un taxi l’attendait. Elle se glissa à l’intérieur sans un mot. Le moteur rugit, et la chaleur pénétra lentement ses membres gelés. Son regard se posa sur le siège à côté d’elle, là où elle avait laissé une pile de documents quelques heures plus tôt. Avec des doigts prudents, elle les rassembla sur ses genoux.

Au sommet des papiers, en lettres majuscules et autoritaires, étaient écrits ces mots : Accord de divorce.

Elle prit les papiers, son pouce effleurant le bord tranchant. Elle lut les mots à nouveau, mais son cœur resta immobile.

Elle ne ressentait ni tristesse ni colère, pas même un soulagement. Rien.

Son regard vide restait tourné vers la fenêtre. Les lumières de la ville défilaient, vives et fugaces.

Puisqu’elle devait tout affronter seule, à quoi bon le garder encore dans sa vie ? Elle ferma les yeux.

Une heure plus tard, le taxi la conduisit au manoir de Victor. Quand il s’arrêta, Geneviève descendit silencieusement, ses chaussons humides et glacés par la neige qui s’y était infiltrée. Elle parcourut l’allée jusqu’au vaste manoir, chaque pas lourd, engourdissant ses pieds. Les grandes portes s’ouvrirent avant qu’elle ne les atteigne, et Mme Maisel apparut, une petite femme aux cheveux argentés soigneusement attachés, les yeux écarquillés à sa vue.

« Madame, vous êtes trempée ! Vous allez attraper froid ! Il fait tellement froid dehors… » s’exclama-t-elle en se précipitant vers elle.

Geneviève ne répondit pas. Elle ne ralentit même pas. Elle passa devant la gouvernante et monta l’escalier principal sans un mot. Ses pas résonnaient dans la maison silencieuse.

Mme Maisel l’appela, l’inquiétude évidente dans la voix. « Madame, dois-je préparer un bain chaud ? Je vais vous sortir des vêtements secs, quelque chose de chaud… »

Mais seul le silence suivit. Geneviève ne se retourna pas. Sa silhouette n’était plus qu’une ombre dans l’escalier.

Dans sa chambre, Geneviève se dirigea directement vers la valise déjà préparée près de l’armoire et la traîna vers la porte. Mais son regard s’arrêta sur le grand portrait au-dessus du lit : sa photo de mariage avec Victor.

Elle fixa l’image.

Sur la photo, elle souriait, jeune et pleine d’espoir. Victor se tenait à ses côtés, les mains dans les poches, le visage marqué par une politesse distante.

Elle se souvenait parfaitement de ce jour. De l’excitation qui l’avait envahie à l’idée d’épouser un homme qu’elle croyait capable de l’aimer comme son père avait aimé sa mère. Elle avait cru à la même dévotion, à la même chaleur, à la même tendresse. À l’époque, son cœur était encore ouvert, rempli d’attentes naïves et de rêves d’amour partagé.

En regardant la photo à présent, Geneviève n’y voyait plus qu’une ironie cruelle. Tout cet espoir, toutes ces attentes n’avaient laissé derrière elles qu’un vide immense.

Elle ne se reconnaissait plus dans cette femme souriante.

Elle cligna des yeux et se détourna du portrait de mariage. Sans un regard de plus, elle tira sa valise derrière elle et quitta la pièce. Ses pas résonnèrent doucement dans l’escalier tandis qu’elle se dirigeait vers la sortie.

Juste au moment où elle atteignit la porte, celle-ci s’ouvrit de l’autre côté.

Victor entra, sa grande silhouette enveloppée d’un manteau épais parsemé de neige fraîche. Ses cheveux noirs, presque ébène, brillaient de flocons fondants, tombant juste assez pour encadrer un visage sculpté et net.

Dans son souvenir, il avait toujours semblé plus doux, presque juvénile, avec une mâchoire moins marquée et une expression plus ouverte. Mais maintenant, cinq ans plus tard, il semblait différent. Sa mâchoire était forte, ses lèvres parfaitement dessinées, et ses yeux gris perçants semblaient tout analyser. La valise à la main contenait probablement l’ordinateur portable dont il ne se séparait jamais.

D’un haussement d’épaules nonchalant, il secoua la neige de son manteau et entra dans la lumière chaleureuse du manoir, l’allure posée, presque tranquille.

Au moment où il pénétra dans le salon, son regard tomba sur la valise, puis se releva pour rencontrer celui de Geneviève.

Un instant de silence s’étira.

« Qu’est-ce que c’est que cette valise ? » demanda-t-il.

Sans attendre de réponse, son attention glissa déjà ailleurs. « Maisel, prenez mes affaires… » appela-t-il sèchement.

« Je veux divorcer. » La voix calme de Geneviève coupa net.

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