登入La pluie assombrit les pierres de l’hôtel de Varenne lorsque Élodie franchit l’entrée réservée au personnel.À l’étage, les salons destinés aux investisseurs sont encore fermés. Des employés alignent les catalogues sur les fauteuils dorés, règlent l’éclairage des vitrines et retirent les housses qui protègent les tableaux. La réception ne commence qu’à onze heures, mais les bouteilles reposent déjà dans les seaux d’argent et des bouquets blancs occupent chaque cheminée.Valentin attend Élodie devant une porte latérale.Son costume sombre se fond dans le décor. Seul le badge fixé à sa veste indique qu’il appartient au comité chargé d’examiner le fonds.— Le professeur est à l’intérieur.Il lui ouvre la porte.Le salon privé tranche avec le faste du reste de l’hôtel. Une table, trois ordinateurs et plusieurs dossiers imprimés ont remplacé le mobilier ancien. Le professeur Valcourt travaille près de la fenêtre, ses lunettes posées au bout du nez.Élodie retire son manteau.— Ils ont modi
Élodie termine les formalités de départ lorsque Raphaël entre dans le hall.Il porte un manteau noir sur une chemise sans cravate. La nuit a laissé une légère fatigue sur son visage, mais sa démarche garde la même assurance. Marc le suit avec deux téléphones et une pile de dossiers.Raphaël aperçoit la valise près d’Élodie.— Tu rentres à Paris ?— Oui.— Viens avec moi.Il fait signe à un employé de prendre son bagage.Élodie regarde à travers les portes vitrées. La voiture qu’elle a commandée n’est pas encore arrivée. L’hélicoptère de Raphaël l’attend déjà sur la plateforme.Elle tend son reçu au concierge.— D’accord.Raphaël ne laisse paraître aucune satisfaction. Il se contente de ralentir pour marcher à côté d’elle jusqu’à la voiture qui doit les conduire à l’appareil.Lucas se trouve encore près des anciennes écuries. Il parle au téléphone, entouré de deux membres de son équipe. Lorsqu’il voit Élodie monter avec Raphaël, il s’interrompt une fraction de seconde.La voiture démar
À dix heures, les employés démontent l’estrade installée devant le château.La veille, personne n’y prêtait attention. Elle semblait destinée à la remise des prix. Ce matin, les panneaux retournés contre le mur révèlent un autre décor : les emblèmes de Rochemont et de Mercier Automobiles, séparés par une date et les mots « partenariat compétition ».Une longue table attend encore sous la verrière. Trois stylos sont alignés devant des dossiers reliés de cuir. Les bouteilles de champagne repartent dans leurs caisses sans avoir été ouvertes.Élodie s’arrête en haut des marches.Rochemont se tient au milieu de la cour avec Hélène Kessler, la directrice de Mercier. Deux membres de son conseil l’accompagnent. Lucas attend un peu plus loin, les mains dans les poches de son manteau.— Vous n’allez pas suspendre trois années de négociations pour une seule course, dit Rochemont.Sa colère attire les regards malgré le ton contenu.Hélène Kessler ne se laisse pas impressionner.— Cette course dev
Élodie s’arrête à quelques pas de Raphaël.Le couloir est désert. Une lampe reste allumée près de l’escalier, laissant le reste de l’étage dans une lumière plus douce. Au rez-de-chaussée, les derniers invités regagnent leurs chambres.— Tu pourrais commencer par cesser de m’attendre devant mes portes, dit-elle.Raphaël ne bouge pas.— C’était toi, au volant de la vingt-sept ?Élodie sort sa clé de sa pochette.— Il est tard.— Le badge que tu portais hier disait Nora Weiss. La vingt-sept est inscrite au même nom. Tu as disparu avant les qualifications et tu portes encore le bracelet des pilotes.Son regard descend vers ses mains. De légères marques rouges restent visibles à la base de ses doigts, laissées par les gants et les vibrations du volant.— Quand est-ce que tu as appris à conduire comme ça ?Élodie introduit la clé dans la serrure.— Tu es venu me faire passer un interrogatoire ?— Je pose une question à ma femme.Elle tourne la poignée, puis se retourne vers lui.— C’est peu
— Les investisseurs ne doivent rien recevoir avant Paris, dit Madeleine derrière la porte. Rochemont leur montrera ce qu’ils sont venus voir. Le reste demeure sous notre contrôle.Élodie poursuit son chemin avant que le serveur qui approche ne remarque son arrêt.Un miroir ancien occupe le mur opposé. En passant devant, elle aperçoit le reflet de la pièce entrouverte : une bibliothèque, le dos de Rochemont et une femme debout près de la cheminée. Madeleine a coupé ses cheveux et les porte désormais au-dessus des épaules. Son visage est plus maigre que sur les images conservées par Valcourt.Elle est vivante, libre et assez proche de Rochemont pour négocier avec lui dans son bureau.Élodie rejoint le salon principal.Une quarantaine d’invités s’y répartissent autour de petites tables. Les finalistes de la course ont troqué leurs combinaisons contre des tenues de soirée. Les conversations portent sur les voitures pendant que Salvat présente discrètement certains invités à des gestionnai
Les feux rouges s’éteignent.Trente moteurs couvrent aussitôt le bruit des tribunes.Élodie maintient sa position pendant les premières secondes. Deux voitures tentent de remonter par l’extérieur, l’une d’elles bloque ses roues au premier freinage. Elle laisse passer l’incident, serre l’intérieur et ressort du virage en dix-septième position.Lucas prend le départ six places devant elle.Rochemont a organisé les qualifications pour favoriser Adrien Delmas. Sa voiture s’élance en première ligne et profite immédiatement de l’espace libre. Sur les écrans, son nom apparaît déjà au sommet du classement.Élodie ne regarde que la piste.Elle dépasse une première voiture dans la montée, puis une autre avant le passage des stands. Au deuxième tour, les concurrents commencent à se disperser. Elle peut enfin utiliser toute la largeur du circuit.Le numéro vingt-sept remonte jusqu’à la douzième place.Dans la tribune principale, les conversations s’interrompent peu à peu.Raphaël se tient derrièr
72 heures. Trois jours de vide absolu.Raphaël ne s'était pas assis depuis le milieu de l'après-midi. Dans le silence cathédral de son bureau, seul le froissement léger de sa chemise en coton égyptien trahissait ses mouvements. Il fixait les lumières de la Défense, immobile, les mains croisées dans
Le silence dans le bureau directorial du Groupe Dubois était devenu oppressant. Raphaël était debout devant l'immense baie vitrée, observant les artères de Paris qui commençaient à s'illuminer sous le crépuscule. Il ajusta ses boutons de manchette en onyx, un geste machinal qui trahissait une tensi
Élodie pressa le téléphone contre son oreille, ses doigts s'enfonçant dans le métal froid. — Léonard ? C'est Élodie... Elle se décolla du mur, le dos endolori par la violence de la scène précédente. En se retournant, elle fixa une dernière fois la porte close. C'était fini. Cinq ans d'efforts p
— Joyeux anniversaire, Élodie.La voix d'Élodie ne fut qu'un murmure, une vibration fragile aussitôt étouffée par le silence glacial du salon. Face à elle, l'unique bougie plantée dans un cupcake solitaire vacillait, projetant des ombres instables sur la table de marbre blanc. Élodie souffla. L'obs







