LOGINChapitre 77NaomiJe le trouve dans son bureau. Assis. Les papiers étalés devant lui. Il ne m'entend pas entrer. Je reste sur le seuil. Je le regarde. Il a l'air fatigué. Épuisé. Les traits tirés. Les yeux cernés. Il ne dort plus. Je le sais. Moi non plus.— Matteo.Il lève la tête. Ses yeux gris se posent sur moi. Il ne dit rien. Il attend.— Il faut que je te parle.— Entre.Je m'approche. Je m'assois en face de lui. Mes mains tremblent. Je les pose sur mes genoux. Je les serre. Je respire. Une fois. Deux fois.— Tu te souviens du médaillon ? Celui que j'ai trouvé dans les affaires de mon père ?— Oui.— Quand je l'ai ouvert, j'ai eu un vertige. Un souvenir. Je ne t'ai pas tout dit.Il ne bouge pas. Il attend. Ses yeux ne me quittent pas.— J'avais quatre ans. Peut-être
Chapitre 76MatteoL’appel me réveille en sursaut. Vittorio. Sa voix est grave.— On a trouvé l’informateur. Mort.Je ne pose pas de questions. Je m’habille. Je prends mon arme. Je sors.L’entrepôt est au bord du port. Un bâtiment gris, sans âme. Les hommes sont déjà là. Ils ont sécurisé les lieux. Vittorio m’attend devant la porte.— À l’intérieur.J’entre. L’odeur me frappe. Le sang. Frais. Épais. L’ampoule nue grésille. Le sol est en béton. Et au centre, l’homme. Cinquante ans. Visage tuméfié. Gorge ouverte. Yeux grands ouverts. Il ne voit plus rien.Je m’approche. Je m’accroupis. Les mains liées derrière le dos. Des marques. Il s’est débattu. Il a souffert. Longtemps. Avant qu’on ne l’achève.— Qui l’a trouvé ?— Un des gardes. Il a appelé immédiatement.— Vous n’avez touché à rien ?— Rien.Je me relève. Je fais le tour de la pièce. Les caisses. Les murs. Et c’est là que je le vois. Sur le mur du fond. Dessiné avec du sang. Le symbole. Un cercle noir traversé d’une épée. Les trai
Chapitre 75NaomiL'entraînement du matin se déroule comme les autres. Matteo me fait répéter les mêmes gestes, les mêmes frappes, les mêmes esquives. Mes paumes brûlent, mes muscles protestent, mais je ne m'arrête pas. Je ne m'arrête jamais. Chaque coup que je porte est une promesse. Chaque goutte de sueur est une victoire.— Encore, dis-je.— Tu es fatiguée.— Encore.Il cède. Comme toujours. Je frappe le sac de frappe. Une fois. Deux fois. Trois fois. Mon souffle est court. Ma vision se trouble légèrement. Je cligne des yeux. Je continue.C'est alors que je le vois. Posé sur une étagère, près des râteliers d'armes. Un médaillon. Petit, rond, en argent terni. Je l'ai déjà vu. Dans les affaires de mon père. Dans la boîte que Mme Costanza m'a remise. Je m'arr&e
Chapitre 74MatteoLes preuves sont sur mon bureau. Des photos, des relevés, des témoignages. Tout accuse l'un de mes plus anciens capitaines. Un homme qui a servi mon père. Un homme qui m'a vu grandir. Un homme que je croyais loyal.Je les examine une par une. Les dates correspondent. Les heures aussi. Les noms, les lieux, les conversations. Tout est là. Un dossier parfait. Trop parfait.Vittorio se tient devant moi. Il attend mon verdict.— C'est lui, Matteo. Tous les indices convergent. On a assez pour l'arrêter.Je ne réponds pas tout de suite. Je fixe les papiers. Quelque chose ne va pas. Je le sens. Mais je ne sais pas quoi.— Tu as des doutes ? demande Vittorio.— Les preuves sont trop belles. Trop nettes. Comme si quelqu'un avait voulu que je les trouve.— Tu penses à une manipulation ?— Je pense que le véritable tra&icir
Chapitre 73NaomiMatteo m'a donné son autorisation. Je ne sais pas pourquoi il a accepté. Peut-être parce qu'il comprend que j'ai besoin de savoir. Peut-être parce qu'il sait que je ne renoncerai pas. Toujours est-il qu'il m'a indiqué la porte, au fond d'un couloir que je n'avais jamais emprunté, et il m'a laissée entrer seule.La pièce est petite, poussiéreuse, éclairée par une fenêtre haute aux carreaux sales. L'air sent le papier jauni et le renfermé. Des étagères couvrent les murs, chargées de dossiers, de classeurs, de boîtes. Sur un bureau en bois sombre, une lampe éteinte, un encrier sec, une plume. Rien n'a bougé depuis des années.C'est le bureau de mon père. Son refuge secret. Le lieu où il venait travailler, loin des regards, loin de ma mère, loin de moi. Je m'approche du bureau. Mes doigt
Chapitre 72MatteoJ'accepte de la former moi-même. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce que je ne supporte pas l'idée qu'un autre homme lui apprenne à se battre. Peut-être parce que je veux contrôler chaque geste, chaque mouvement, chaque progrès. Peut-être parce que je veux être celui qui la verra devenir forte. Ou peut-être parce que je suis égoïste, et que je veux garder pour moi ces heures où elle est près de moi, même si c'est pour lui faire mal.Le premier jour, je la regarde entrer dans la salle d'entraînement. Elle porte des vêtements sombres, des cheveux attachés. Elle ne sourit pas. Elle attend.— Prête ?— Oui.Je ne perds pas de temps. Je lui apprends à se tenir, à frapper, à esquiver. Chaque geste est précis. Chaque mouvement est répété jusqu'&ag







