MasukLa nuit est fraîche. La ville scintille en contrebas. Des milliers de lumières qui dansent dans l'obscurité. C'est beau. C'est calme. C'est exactement ce dont j'ai besoin.
— Belle vue, n'est-ce pas ?
Sa voix.
Derrière moi.
Si proche.
Je ferme les yeux une seconde. Je rassemble mes forces. Puis je me retourne.
Il est là. À un mètre à peine. Les mains dans les poches de son smoking, le regard
Il est méconnaissable, totalement, absolument, terriblement méconnaissable.Une barbe de plusieurs jours mange son visage, cette mâchoire carrée que j'aimais caresser le matin, quand il dormait encore et que je pouvais le regarder sans masque, sans jeu, sans mensonge, est maintenant cachée sous une épaisseur sombre qui le fait paraître plus vieux, plus fatigué, plus brisé.Ses yeux sont cernés, des cernes violets, profonds, comme des blessures qui n'auraient jamais guéri, comme des nuits sans sommeil qui se seraient accumulées les unes sur les autres jusqu'à creuser des tombes sous ses paupières, et ses joues sont creuses, affaissées, comme si quelque chose avait été arraché de lui et n'avait pas été remplacé.Ses vêtements sont froissés, la chemise qu'il porte est la même que le jour o&
Je ferme les yeux, je voudrais, je voudrais tant, je voudrais dire oui, je voudrais rester, je voudrais oublier Alexander, oublier la vengeance, oublier tout ce pour quoi j'ai vécu pendant dix ans, mais je ne peux pas, je ne peux pas parce que si je choisis Dimitri, je perds Alexander, et perdre Alexander, c'est perdre une partie de moi-même, c'est perdre cette femme que je suis devenue en l'aimant, c'est perdre cette chance de me pardonner.— Je ne peux pas, Dimitri, répondé-je, et les mots sont un couteau dans ma gorge, un couteau dans mon cœur, un couteau dans le sien. Pas maintenant, pas comme ça, pas quand je ne sais même pas qui je suis, pas quand je ne sais même pas si je mérite d'être aimée, pas quand je ne sais même pas si je peux aimer sans détruire.— Alors quand ? demande-t-il, et sa voix est brisée, épuisée, désesp&eacu
Il répond, bien sûr qu'il répond, comment pourrait-il ne pas répondre quand je me jette sur lui comme une noyée qui s'accroche à son dernier refuge, quand mes doigts s'enfoncent dans ses cheveux, quand ma bouche cherche la sienne avec une faim que je ne contrôle plus, quand mon corps entier se tend vers lui comme une plante vers le soleil.Il me prend dans ses bras, il me porte vers le lit, il me dépose sur les draps, et cette fois, il n'y a pas de douceur, il n'y a pas de patience, il n'y a pas de cette lenteur exquise qu'il avait eue la première fois, il y a une urgence, une faim, un besoin viscéral de se perdre l'un dans l'autre, de se trouver l'un dans l'autre, de s'oublier l'un dans l'autre.Il défait ma robe, il la déchire presque, les boutons sautent, le tissu craque, et je m'en fiche, je m'en fiche de tout, je m'en fiche de cette robe, je m'en fiche de cette vie, je
15h17 - Hôtel Le Royal, Suite 412La porte s'ouvre avant que je frappe, comme la première fois, comme toujours, comme si nos corps étaient reliés par un fil invisible qui lui transmet ma présence avant même que j'arrive, avant même que je sonne, avant même que je sois sûre de vouloir entrer.Il est là, dans l'encadrement, et il me regarde, et dans ses yeux, je vois tout, l'inquiétude qu'il a portée pendant ces quatre jours, le désir qu'il n'a jamais cessé d'avoir, la patience qu'il a dû apprendre, la faim qu'il a dû retenir, et quelque chose de plus profond, quelque chose de plus vrai, quelque chose de plus essentiel.— Ivy, dit-il doucement, et son prénom dans sa bouche est une caresse, une prière, un chant. Tu es pâle, tu as maigri, tu n'as pas mangé, tu n'as pas dormi, tes yeux sont cernés, tes joues so
L'amour stable, profond, rassurant, l'amour qui m'a appris que je pouvais être aimée, que je méritais de l'être, que je n'étais pas cette femme laide et rejetée que j'avais été, mais une femme désirable, précieuse, unique.Je pense à Dimitri, à sa douceur, à sa patience, à sa façon de me regarder comme si j'étais la seule femme au monde, à ses mains qui exploraient mon corps sans se presser, à ses baisers qui descendaient le long de mon ventre comme une prière, à ses mots qui me disaient que j'étais belle, vraiment belle, pas à cause de mon visage, pas à cause de mon corps, mais à cause de ce que j'étais, de ce que j'avais traversé, de ce que j'étais devenue.La passion brûlante, dangereuse, interdite, la passion qui m'a appris que je pouvais être désir
Choisi quoi ? La vie, l'amour, la paix, Dimitri, Alexander, moi-même ? Je ne sais pas, je ne sais plus, je ne saurai peut-être jamais.Je sais juste que ces papiers, c'était le passé, et que le passé, je dois le laisser brûler, le laisser partir, le laisser mourir, comme je dois laisser mourir la femme que j'étais, celle qui a juré vengeance, celle qui a porté la haine comme un bouclier, celle qui a cru que détruire quelqu'un pouvait réparer ses propres blessures.Je remonte dans la chambre, je m'allonge sur le lit, je ferme les yeux, et dans l'obscurité, je vois leurs visages, Dimitri et Alexander, l'un à côté de l'autre, qui me regardent, qui m'attendent, qui me demandent de choisir.Je pense à Dimitri, à ses mains sur mon corps, à ses baisers sur ma peau, à ses mots qui m'ont appris que je pouvais être aimé







