LOGINAlexanderLa chambre d'hôpital est un sanctuaire blanc, aseptisé, glacial. Les murs sont lisses, impersonnels, d'une blancheur si pure qu'elle en devient agressive, presque hostile. Les néons du plafond jettent une lumière crue, chirurgicale, qui ne laisse aucune place à l'ombre, aucune place au mystère, aucune place à l'intimité. Et pourtant, dans cette pièce stérile, dans ce bloc de béton et d'acier conçu pour la science et non pour l'âme, il se passe quelque chose de sacré, de primitif, d'absolument miraculeux.Amelia est allongée sur le lit, le visage couvert de sueur, les cheveux collés en mèches sombres sur son front brûlant, les mains crispées sur les barreaux métalliques avec une force qui blanchit ses jointures. Elle souffre, mon Dieu, comme elle souffre. Chaque contraction est une vague de douleur qui la
IvyLes jours passent, les semaines, une éternité. Chaque matin, je scrute mon corps, je cherche des signes, un retard, une sensibilité, une nausée. Chaque matin, je prie, moi qui ne croyais en rien, moi qui avais renié Dieu et les hommes. Chaque matin, Dimitri me regarde avec cet espoir brûlant dans ses yeux gris, ce désir contenu, cette peur de me presser.Et puis, un matin, je me réveille avec un goût métallique dans la bouche, une odeur de café qui me retourne l'estomac. Je titube jusqu'à la salle de bain, je sors le test de grossesse que j'avais caché dans le tiroir, sous les serviettes. Mes mains tremblent, mon cœur bat si fort que je l'entends dans mes tempes.J'attends, le regard fixé sur cette petite fenêtre, ces minutes qui sont des siècles, cette attente qui est une torture. Et puis, le mot apparaît. Ce mot q
IvyNotre chambre est plongée dans une pénombre douce, les rideaux tirés, quelques bougies allumées. Dimitri m'a déposée sur le lit avec une révérence presque religieuse. Il est debout, il me regarde, et dans ses yeux gris, je vois un mélange de désir, d'amour et d'une émotion nouvelle, une gravité sacrée.Ce soir n'est pas un soir comme les autres. Ce soir, nous n'allons pas seulement faire l'amour pour le plaisir, pour la passion, pour le désir. Ce soir, nous allons faire l'amour avec une intention, un but, une prière. Ce soir, nous allons essayer de créer une vie.Il se déshabille lentement, ses gestes sont mesurés, presque solennels. Sa chemise tombe, son pantalon glisse, il est nu devant moi, son corps de guerrier, ses cicatrices, sa virilité déjà tendue par le désir. Il s'approche,
IvyJe suis Ivy. Ce prénom, ce masque, cette armure que j'ai portée pendant des années pour survivre, pour me venger, pour détruire. Et puis, ce prénom est devenu moi, la vraie moi, celle qui a aimé deux hommes, celle qui a tout perdu, celle qui a tout reconstruit.Nous sommes dans la grande demeure que nous partageons désormais avec Alexander et Amelia. C'est une maison immense, un manoir aux ailes séparées, pour que chaque couple ait son intimité, mais assez proche pour que nos vies s'entremêlent dans une étrange et magnifique harmonie.Dimitri est dans le salon, il lit un livre, ses longues jambes étendues devant la cheminée. Je m'approche de lui, il lève les yeux, il sourit. Cet homme, cet homme que j'ai aimé à en crever, que j'ai trahi, que j'ai perdu, que j'ai retrouvé, est aujourd'hui mon mari, mon amant, mon meilleur ami.Mais quelque chose me tourmente, un désir, une faim, une envie qui a grandi en moi à mesure que je voyais le ventre d'Amelia s'arrondir, à mesure que je voya
AmeliaLes semaines filent, les mois peut-être, je ne sais plus, je ne compte plus, je vis dans une bulle de coton et de lumière, une bulle où le temps n'a plus la même texture, plus la même densité, plus la même urgence. Mon ventre s'arrondit, doucement, paresseusement, comme une lune qui se lève sur l'horizon de ma peau. Chaque matin, devant le miroir de notre salle de bain, je passe ma main sur cette courbe naissante, ce dôme de vie, et je suis émerveillée, sidérée, anéantie par la beauté de ce qui se passe en moi.Alexander est devenu un autre homme. Lui, le roi de la nuit, le prédateur impitoyable, le magnat qui faisait trembler des industries entières d'un simple froncement de sourcils, s'est métamorphosé en quelque chose que je n'aurais jamais osé imaginer. Il est aux petits soins, d'une attention maladive, d'une tendresse qui me désarme.Il se lève avant moi, tous les matins, pour préparer mon petit-déjeuner lui-même, lui qui avait une armée de domestiques. Il me porte des pla
AmeliaL'après-midi décline doucement, la lumière liquide et dorée du soleil couchant se déverse dans le grand salon, caressant les tapis persans, les bibliothèques de chêne, rendant l'air lui-même palpable, riche comme du miel. Nous attendons Dimitri. Alexander fait les cent pas devant la cheminée monumentale, il ne tient pas en place, un lion en cage d'amour, nerveux, fébrile, magnifique. Chaque fois qu'il passe devant moi, je ressens sa tension, son excitation, sa peur que ça se passe mal.Je suis assise, recroquevillée sur le canapé, les pieds nus repliés sous moi. Ma main n'a pas quitté mon ventre de la journée. Ce geste est devenu un réflexe, une prière continue, un dialogue intime, muet et permanent avec le petit être qui a élu domicile dans le temple de ma chair. Je lui parle dans ma tête, je lui promets la lune, je lui demande pardon par avance pour le monde pourri dans lequel il va naître, et je lui jure que son père et moi, nous le rendrons meilleur.Le carillon de la porte
RoyJe suis tombé amoureux d’Amelia. De la patiente. De la rescapée aux yeux trop vieux. Mais Amelia n’existe plus. Elle a été dissoute sous le scalpel, aspirée par les drains, remplacée cellule par cellule.Ce qui est à la fenêtre, c’est Ivy. Ou plutôt, c’Elle. L’arme. Le piège. La vengeance faite
IvyLes jours qui suivent notre conversation sont tissés d’un silence différent.Un silence de conspirateurs, lourd de détails pratiques et d’horreurs tacites. Roy évite mon regard plus qu’avant, ses gestes sont plus mécaniques, comme s’il appliquait un protocole pour se protéger de la réalité de ce
IvyIl fait couler un filet d’eau tiède sur ma jambe, pour tester. Puis il commence à remplir la baignoire, doucement. L’eau monte autour de moi, enveloppante, lourde. C’est une sensation étrange, presque oubliée. Elle pèse sur ma peau, sur mes membres inertes. Elle ne nettoie pas encore, elle enve
RoySept mois.Sept mois de cet étrange purgatoire. Ma vie s’est organisée, calcifiée, autour de ce corps silencieux dans mon bureau. Le canapé-lit est devenu mon lit. Le bureau, ma salle de surveillance. La routine est épuisante. Réveil à six heures. Check des constantes. Changement de la sonde na







