Share

L'ÉPOUSE IMPRÉVISIBLE
L'ÉPOUSE IMPRÉVISIBLE
Author: Léo

Chapitre 1

Author: Léo
last update Petsa ng paglalathala: 2026-06-30 15:47:14

Trois jours. Soixante-douze heures que Zélia Vauclair avait signé ce foutu registre de mariage, vêtue d'une robe blanche beaucoup trop lourde, et qu'elle n'avait pas revu l'ombre de son très cher et très ingérable époux.

Assise en tailleur au milieu d'un lit king-size qui aurait pu accueillir une famille de pandas, elle fixait le plafond moulé à la feuille d'or. L'odeur du bois ciré et de la lavande haut de gamme lui picotait les narines. C'était grand. C'était luxueux. Et c'était d'un ennui mortel.

— Bon, Zélia, ma fille, on va faire le bilan, murmura-t-elle à haute voix, sa voix résonnant contre les murs tendus de soie.

Elle tapota le lourd trousseau de clés qu'Ambroise Kastell, son beau-père, lui avait solennellement remis le soir des noces.

— Point positif : tu as fui Hermine, Léopold et les sourires de vipère de Garance. Plus personne pour te dire que tu gâches ta vie en refusant de rentrer dans le moule. Point négatif : ton mari est un fantôme qui fait la une des tabloïds avec des mannequins polonaises pendant que tu moisis dans son donjon.

Zélia s'allongea sur le dos, les bras en croix. Elle avait été patiente. Elle lui avait laissé trois jours pour digérer le fait que son père lui ait imposé une parfaite inconnue pour le mater. Elle concevait que pour un héritier arrogant et habitué à collectionner les conquêtes, la pilule soit dure à avaler. Mais trois jours de disparition totale ? C'était trop. La politesse avait des limites, même chez les milliardaires.

Et surtout, elle avait faim. Son estomac poussa un rugissement digne d'un lion en cage.

Elle se leva, arrangeant son t-shirt informe un peu élimé – son vêtement de combat préféré – et quitta la chambre pour descendre le grand escalier de marbre. La maison était silencieuse, d'un calme presque religieux. En arrivant dans le hall principal, elle croisa une poignée de domestiques en plein travail, astiquant des cuivres déjà étincelants.

Au centre du salon, la gouvernante principale, une femme d'une cinquantaine d'années nommée Agnès, supervisait le tout, le dos droit comme un piquet et le regard dédaigneux.

— Madame Agnès ? l'interpella Zélia en s'approchant.

Elle tourna lentement la tête vers Zélia. Son regard descendit le long de son t-shirt, s'arrêta sur ses pieds nus, puis remonta avec une pointe de mépris mal dissimulée.

— Oui ? répondit-elle d'un ton sec, sans même ajouter de titre de civilité.

— Je meurs de faim. Faites-moi monter un plateau avec des œufs brouillés, du bacon bien croustillant et un grand jus d'orange dans la salle à manger, s'il vous plaît.

Un silence de plomb s'installa dans la pièce. Les autres employés ralentirent leurs gestes, sentant la tension monter. À quelques mètres, un jeune valet qui briquait un vase en porcelaine s'arrêta net, l'oreille tendue. Agnès croisa les bras, un sourire narquois étirant ses lèvres fines. Elle prit une posture outrageusement hautaine.

— Le chef est occupé à préparer le menu de la semaine prochaine, lança-t-elle d'une voix forte pour que tout le monde entende. Et pour être tout à fait franche avec vous... vous n'êtes pas la vraie Madame Kastell à mes yeux. Vous partirez d'ici comme toutes les autres avant vous. Alors, attendez le déjeuner comme tout le monde.

— Oh, c'est direct, murmura Zélia.

Dans son dos, le bruit étouffé d'un balai qui glissait résonna. Une des femmes de chambre venait de jeter un regard paniqué vers sa collègue. Le personnel retint son souffle.

Le sang de Zélia ne fit qu'un tour. Un petit rire nerveux lui échappa. Elle esquissa deux pas en avant, brisant la distance de sécurité. Elle regarda Agnès droit dans les yeux, son visage à quelques centimètres du sien.

— Je pensais que les grandes personnes avaient une cervelle pour réfléchir, dit Zélia, sa voix étonnamment calme mais tranchante comme une lame. Je me suis trompée. Je pense surtout que vous êtes fatiguée de votre travail.

Le masque hautain d'Agnès se fissura instantanément. Ses sourcils se froncèrent, ses yeux s'écarquillèrent de pure surprise. Elle ne s'attendait pas à ce qu'une gamine en t-shirt élimé ose lui parler sur ce ton devant ses subordonnés.

Zélia détourna le regard de ce visage décomposé et balaya la pièce des yeux. Son regard s'arrêta sur une jeune femme d'une trentaine d'années, vêtue de l'uniforme de la maison, qui tenait un plumeau et la fixait avec des yeux ronds comme des soucoupes.

— Vous, dit Zélia en la pointant du doigt. Comment vous vous appelez ?

— E-Emma, madame, bégaya-t-elle en serrant son plumeau contre sa poitrine.

— Parfait, Emma. À partir de maintenant, vous devenez la gouvernante en chef de cette maison.

— Quoi ?! s'exclama Emma, reculant d'un pas, prise de court. C'est... c'est une blague ?

Un murmure de stupéfaction courut parmi le personnel. Le valet au vase manqua de lâcher son précieux fardeau, tandis que deux autres employés s'échangèrent des coups d'œil affolés, persuadés que la nouvelle mariée perdait la tête.

La surprise d'Agnès se mua instantanément en une colère noire. Son visage vira au rouge cramoisi et elle laissa éclater un rire strident, mais chargé d'une confiance absolue.

— Non mais vous vous croyez où ?! Vous pensez pouvoir me virer ainsi ?! glapit-elle en gonflant la poitrine, un sourire féroce aux lèvres. Ça fait quinze ans que je travaille pour la famille Kastell ! J'ai vu défiler des dizaines de filles comme vous ! Monsieur Soren me fait entièrement confiance, vous n'êtes rien ici ! Vous ne tiendrez pas une semaine !

Certains employés hochèrent discrètement la tête, intimidés par l'assurance d'Agnès et sa longévité dans la maison. Ils attendaient de voir comment Zélia allait réagir à cette démonstration de force.

Zélia ne prit même pas la peine de lui répondre. Elle afficha son plus beau sourire de folle – celui qui faisait fuir les démarcheurs à domicile et paniquer son beau-père Léopold – et tourna les talons.

Elle traversa le hall d'un pas vif, ouvrit la lourde porte d'entrée et sortit sur le perron, sous le soleil de la mi-journée. Au bout de l'allée gravillonnée, deux colosses de la sécurité montaient la garde près des grilles en fer forgé. Zélia interpella le plus proche d'entre eux.

— Hé ! Basile ! On a un colis encombrant à expédier ! cria-t-elle en lui faisant signe d'approcher.

Basile, le vigile, se tourna vers son collègue, déstabilisé, avant d'accourir vers la jeune femme. Zélia rentra à nouveau dans la maison, talonnée par les deux armoires à glace, et pointa un doigt vengeur vers Agnès qui n'avait pas bougé, rayonnante d'une certitude arrogante.

— Cette dame ne fait plus partie du personnel. Mettez-la dehors. Immédiatement. Et veillez à ce qu'elle ne reprenne aucun trousseau.

Les gardes hésitèrent une fraction de seconde. Ils connaissaient Agnès depuis des années. Les autres domestiques s'étaient rapprochés, les yeux rivés sur la scène, le cœur battant. Mais Ambroise Kastell avait été très clair le jour du mariage devant toute l'équipe : « Ce que Zélia veut, Zélia l'obtient. Sa parole est la mienne. »

Sans un mot, Basile fit un pas en avant et prit Agnès par le bras.

— Ne me touchez pas ! C'est absurde ! Vous êtes tous devenus fous ! hurla-t-elle en se débattant alors qu'on la traînait inexorablement vers la sortie.

Les employés s'écartèrent précipitamment sur son passage, terrorisés par le spectacle. Arrivée au niveau du seuil de la porte, Agnès réussit à ancrer ses talons dans le sol une dernière fois pour se tourner vers Zélia. Sa colère s'allia à une assurance venimeuse.

— Profitez-en bien, Vauclair ! cracha-t-elle, le visage déformé par la haine. Si Soren l'apprend, vous ne ferez pas une minute de plus dans cette maison ! Il va vous détruire et vous jeter à la rue ! Vous m'entendez ?! Pas une minute !

La lourde porte en chêne se referma sur ses cris, plongeant le hall dans un silence de cathédrale. Tous les employés fixaient Zélia, pétrifiés, se demandant probablement qui serait la prochaine victime de la nouvelle mariée psychopathe. Le jeune valet au vase s'était pétrifié contre le mur, et Emma n'osait plus respirer.

Zélia se tourna vers elle avec un calme olympien.

— Bon, Emma... On en était où pour mes œufs brouillés ?

Patuloy na basahin ang aklat na ito nang libre
I-scan ang code upang i-download ang App

Pinakabagong kabanata

  • L'ÉPOUSE IMPRÉVISIBLE    Chapitre 350

    Deux heures plus tard, les portes du grand salon des instances Kastell s'ouvrirent avec une violence calculée, laissant entrer le tumulte des murmures de la haute société.Soren marchait en tête, ses pas réguliers marquant le rythme de ce qui allait devenir une exécution politique en règle.Zélia suivait à ses côtés, une pochette de cuir sombre pressée contre elle, contenant les originaux qui allaient briser la dynastie du mensonge.Léopold, installé au centre de l'assemblée, se leva lentement, esquissant un sourire qui se voulait confiant, bien que ses yeux trahissent une nervosité aiguë.À ses côtés, Hermine ajustait nerveusement ses gants de soie, son regard fuyant celui de sa fille.L'air dans la pièce était chargé d'une électricité statique, celle qui précède les tempêtes définitives.Soren s'arrêta au centre de la estrade, sa posture dégageant une autorité qui, pour la première fois, n'avait besoin d'aucun artifice pour s'imposer.— Nous ne sommes pas ici pour débattre d'opinion

  • L'ÉPOUSE IMPRÉVISIBLE    Chapitre 349

    — Cassien, rassemblez immédiatement les unités de garde privées et verrouillez les accès sud du domaine : nous ne laisserons pas les incendiaires quitter la vallée.Soren ne perdit pas une seconde à contempler la colonne de fumée qui souillait désormais le ciel. Sa voix était tranchante, une lame prête à l'action immédiate.Il se tourna vers Zélia, ses yeux croisant les siens avec une intensité froide.— Nous avons trois heures avant que les rapports officiels ne tentent d'étouffer cette attaque sous le sceau de l'accident. Mira, où sont les doubles des registres fonciers ?Mira Acar, debout près de la table en acajou, posa une main ferme sur une sacoche en cuir épais, encore imprégnée de l’odeur âcre de la suie.— Ils sont ici, monsieur. Je les ai faits copier la veille, par précaution. La perte du convoi est un coup dur pour les preuves matérielles, mais les titres de propriété sont sécurisés.Zélia s'approcha, ses doigts effleurant le cuir brut de la sacoche.Elle sentit la chaleur

  • L'ÉPOUSE IMPRÉVISIBLE    Chapitre 348

    L’odeur âcre de l’encre de Chine fraîchement étalée sur le parchemin épais emplissait le bureau.Le grattement saccadé de la plume de Zélia contre le papier était le seul rythme qui comptait en cette aube nouvelle.Elle déposa l’instrument sur le buvard en cuir. Elle venait de valider la première réquisition légale des terres spoliées.Soren, debout près de la haute fenêtre, observait la cour intérieure du domaine des Vauclair. Les premiers ouvriers agricoles s’affairaient déjà à la remise en état des granges.— Tu as fini ? demanda-t-il sans se retourner.— La signature est apposée, répondit-elle en levant les yeux vers lui. Ambroise ne pourra plus contester la légitimité de ce transfert. Le sceau est conforme.Soren se tourna vers elle, son visage marqué par une fatigue contenue mais sereine. Il s'approcha, posant une main ferme sur le dossier de la chaise de sa femme.— Mira et Cassien ont déjà sécurisé les registres comptables dans les dépendances, ajouta-t-il. Léopold a laissé de

  • L'ÉPOUSE IMPRÉVISIBLE    Chapitre 347

    — Vous pouvez garder le costume de patriarche, Ambroise, mais il ne vous protège plus contre la loi.Zélia poussa les doubles portes en chêne du cabinet privé avec une assurance tranchante.Elle ne laissa pas le temps au vieil homme de dissimuler ses notes.Soren, juste derrière elle, ferma le verrou dans un claquement sec qui résonna contre les boiseries sombres.Ambroise leva les yeux, les sourcils broussailleux froncés, sa plume restant suspendue au-dessus d’un parchemin.— Zélia, Soren. Votre intrusion manque singulièrement de tenue, même pour vous.— La tenue, c’est pour ceux qui ont encore un nom à défendre, répondit Soren.Il s'approcha du bureau, les mains enfoncées dans les poches de son manteau, le regard rivé sur son aïeul.— Nous ne sommes pas ici pour les mondanités, grand-père.Zélia déposa une liasse de documents épais sur le buvard de cuir.Le poids du papier semblait étouffer l’air de la pièce.— Voici les preuves de la spoliation orchestrée il y a vingt ans contre mo

  • L'ÉPOUSE IMPRÉVISIBLE    Chapitre 346

    Soren abattit une liasse de documents épais sur le bureau en chêne de l’étude, faisant trembler les verres d’eau.— Voilà tout ce qu’il nous faut, Zélia. Les signatures de Léopold, les dates de transfert et la preuve du démantèlement artificiel de l’héritage de votre père.Zélia ne perdit pas une seconde. Elle saisit la pile, ses yeux parcourant les lignes avec une précision chirurgicale.— Il n’y a plus de marge d’erreur possible. Mira, contactez le procureur dès maintenant.Mira Acar hocha la tête, ses doigts pianotant déjà sur son clavier pour finaliser le dossier de transmission.— C’est prêt. Chaque lien bancaire, chaque société écran, chaque mouvement suspect est répertorié.Soren posa une main ferme sur l’épaule de sa femme, un contact bref, une promesse d’acier.— Ils ne pourront pas se défausser cette fois. Le réseau est tombé, et avec lui, leur crédibilité.Zélia leva les yeux, une lueur de satisfaction froide dans le regard.— La vérité n’est plus une option, c’est une cond

  • L'ÉPOUSE IMPRÉVISIBLE    Chapitre 345

    Le lendemain, à l’aube, le bureau de l'étude Vauclair était inondé par une lumière crue qui révélait chaque particule de poussière dansant dans l’air.Zélia ne perdit pas une seconde.Elle fit pivoter la lourde bibliothèque en chêne, dévoilant la paroi dissimulée qu’elle avait identifiée la veille, lors du démantèlement des dernières structures de Léopold.Soren, debout derrière elle, ajusta ses gants de cuir.Il sentait la tension, cette électricité statique qui précédait les grands basculements.— Mira m’a confirmé que le mécanisme est verrouillé par un sceau à double détente, murmura-t-il, les yeux fixés sur la serrure ouvragée.Zélia hocha la tête, sans quitter le loquet des yeux.— C’est un système que mon père utilisait pour ses dossiers les plus sensibles, ceux qu’il craignait de voir tomber entre les mains de quiconque.Elle inséra la clé que Léopold avait été forcé de céder quelques heures plus tôt.Le déclic fut sec, métallique, presque brutal.La paroi coulissa avec un gémi

Higit pang Kabanata
Galugarin at basahin ang magagandang nobela
Libreng basahin ang magagandang nobela sa GoodNovel app. I-download ang mga librong gusto mo at basahin kahit saan at anumang oras.
Libreng basahin ang mga aklat sa app
I-scan ang code para mabasa sa App
DMCA.com Protection Status