LOGINChapitre 57ZeylanJe ne quitte plus la chambre. Kael insiste, Malrik menace, Sereina appelle. Je laisse sonner. Je reste assis près du lit, les yeux fixés sur elle.— Tu devrais rentrer, dit Kael depuis le seuil. Je peux poster des hommes.Je ne me retourne pas.— Non.— Tu n'as pas dormi depuis deux jours.— Je reste.Il n'insiste pas. Il connaît ce ton. Il sort sans un mot.Elle dort. Son visage est pâle. Ses cicatrices me bouleversent. Je ne comprends pas pourquoi. Cette femme m'est étrangère. Mais quelque chose en elle m'attire, me retient, m'obsède.Elle gémit dans son sommeil. Ses traits se crispent. La douleur la traverse.Et moi, je la sens. Là, dans ma poitrine.
Chapitre 56ElyssaLa douleur me réveille, une douleur sourde et diffuse qui pulse dans tout mon corps, et j'ouvre les yeux avec difficulté, les paupières lourdes, la vision floue, et je ne sais pas où je suis, je ne me souviens pas tout de suite, il n'y a que ce plafond blanc, cette odeur d'antiseptique, ces bips réguliers qui percent le silence, et puis je tourne la tête, lentement, à cause de la douleur dans ma nuque, et je le vois.Zeylan est assis sur une chaise près de mon lit, les coudes posés sur ses genoux, le visage tourné vers moi, et ses yeux gris sont fixés sur les miens avec une intensité qui me coupe le souffle, et pendant quelques secondes, je crois que tout est comme avant, qu'il est là, qu'il veille sur moi, qu'il m'a retrouvée, et j'oublie, j'oublie l'explosion, l'amnésie, Sereina, les mensonges, je
Chapitre 55ZeylanLa nouvelle tombe comme une déflagration dans le silence de mon bureau. Kael entre sans frapper, le visage plus fermé que d'habitude, et il me tend son téléphone où s'affiche un article, et je lis les mots sans les comprendre, sans vouloir les comprendre : « Une jeune femme victime d'une tentative d'assassinat en pleine rue, transportée d'urgence à l'hôpital central. » Et puis, plus bas, le détail qui me glace le sang : « Des témoins décrivent une femme brune, portant des cicatrices au visage. » Mon cœur s'arrête. Puis repart dans un galop violent.— Où est-elle ? je demande, et ma voix est un grondement qui ne souffre aucune hésitation.— Hôpital central, répond Kael d'une voix neutre, mais je vois dans ses yeux qu'il comprend, qu'i
Chapitre 54ElyssaJe marche vite, la tête baissée, le col relevé. La nuit est froide. La rue est presque vide. Je ne pense qu'à rentrer, qu'à fermer la porte derrière moi, qu'à oublier. Oublier les écrans. Oublier les journaux. Oublier ce mariage qui s'affiche partout comme une insulte.Le bruit surgit dans mon dos. Un rugissement de moteur. Trop rapide. Trop proche. Je n'ai pas le temps de me retourner. La voiture me percute de plein fouet. Une violence inouïe. Je suis projetée en avant. Je heurte le bitume avec un craquement sourd. La douleur explose. Elle efface tout. Elle noie le monde dans un brouillard rouge.Je reste allongée sur la chaussée, le souffle coupé, incapable de bouger. Le moteur ronronne encore. Des silhouettes floues s'arrêtent sur le trottoir. Des passants regardent. Ils détourne
Chapitre 53SereinaLa porte de ma chambre claque derrière moi, et le bruit résonne dans le silence de cette pièce trop grande, trop froide, trop vide, et je reste debout au milieu du tapis de soie, les poings serrés, la respiration courte, et je sens monter en moi une vague que je ne peux plus contenir, une vague de rage et d'humiliation qui déferle et qui emporte tout sur son passage, qui efface les années de maîtrise et de calcul et de retenue, qui fait de moi une femme que je ne reconnais pas, une femme qui tremble, une femme qui brûle, une femme qui a envie de hurler jusqu'à ce que sa voix se brise et que son âme se vide.Je m'approche de la coiffeuse, et je vois mon reflet dans le miroir, mon visage défait, mes yeux rougis, mes lèvres crispées, et cette image me répugne, elle me renvoie tout ce que je déteste, tout
Chapitre 52ZeylanJe la convoque dans mon bureau sans préambule, sans formule de politesse, un simple ordre transmis par Kael, et je l'attends debout derrière mon fauteuil, les mains appuyées sur le dossier de cuir, les yeux fixés sur la porte, et je sens la colère gronder en moi, sourde et patiente, une colère qui n'a pas explosé depuis la scène du conseil mais qui couve, qui s'accumule, qui attend le moment de frapper, et quand la porte s'ouvre enfin, quand Sereina entre dans la pièce avec cette démarche altière de reine offensée, quand je vois son visage parfaitement maquillé et son expression de défi, je comprends qu'elle n'a pas l'intention de se soumettre, qu'elle vient se battre, et cette certitude attise encore ma fureur.— Vous allez démentir, je dis sans attendre qu'elle se soit assise, sans mêm







