MasukChapitre 53
Sereina
La porte de ma chambre claque derrière moi, et le bruit résonne dans le silence de cette pièce trop grande, trop froide, trop vide, et je reste debout au milieu du tapis de soie, les poings serrés, la respiration courte, et je sens monter en moi une vague que je ne peux plus contenir, une vague de rage et d'humiliation qui déferle et qui emporte tout sur son passage, qui efface les années d
Chapitre 55ZeylanLa nouvelle tombe comme une déflagration dans le silence de mon bureau. Kael entre sans frapper, le visage plus fermé que d'habitude, et il me tend son téléphone où s'affiche un article, et je lis les mots sans les comprendre, sans vouloir les comprendre : « Une jeune femme victime d'une tentative d'assassinat en pleine rue, transportée d'urgence à l'hôpital central. » Et puis, plus bas, le détail qui me glace le sang : « Des témoins décrivent une femme brune, portant des cicatrices au visage. » Mon cœur s'arrête. Puis repart dans un galop violent.— Où est-elle ? je demande, et ma voix est un grondement qui ne souffre aucune hésitation.— Hôpital central, répond Kael d'une voix neutre, mais je vois dans ses yeux qu'il comprend, qu'i
Chapitre 54ElyssaJe marche vite, la tête baissée, le col relevé. La nuit est froide. La rue est presque vide. Je ne pense qu'à rentrer, qu'à fermer la porte derrière moi, qu'à oublier. Oublier les écrans. Oublier les journaux. Oublier ce mariage qui s'affiche partout comme une insulte.Le bruit surgit dans mon dos. Un rugissement de moteur. Trop rapide. Trop proche. Je n'ai pas le temps de me retourner. La voiture me percute de plein fouet. Une violence inouïe. Je suis projetée en avant. Je heurte le bitume avec un craquement sourd. La douleur explose. Elle efface tout. Elle noie le monde dans un brouillard rouge.Je reste allongée sur la chaussée, le souffle coupé, incapable de bouger. Le moteur ronronne encore. Des silhouettes floues s'arrêtent sur le trottoir. Des passants regardent. Ils détourne
Chapitre 53SereinaLa porte de ma chambre claque derrière moi, et le bruit résonne dans le silence de cette pièce trop grande, trop froide, trop vide, et je reste debout au milieu du tapis de soie, les poings serrés, la respiration courte, et je sens monter en moi une vague que je ne peux plus contenir, une vague de rage et d'humiliation qui déferle et qui emporte tout sur son passage, qui efface les années de maîtrise et de calcul et de retenue, qui fait de moi une femme que je ne reconnais pas, une femme qui tremble, une femme qui brûle, une femme qui a envie de hurler jusqu'à ce que sa voix se brise et que son âme se vide.Je m'approche de la coiffeuse, et je vois mon reflet dans le miroir, mon visage défait, mes yeux rougis, mes lèvres crispées, et cette image me répugne, elle me renvoie tout ce que je déteste, tout
Chapitre 52ZeylanJe la convoque dans mon bureau sans préambule, sans formule de politesse, un simple ordre transmis par Kael, et je l'attends debout derrière mon fauteuil, les mains appuyées sur le dossier de cuir, les yeux fixés sur la porte, et je sens la colère gronder en moi, sourde et patiente, une colère qui n'a pas explosé depuis la scène du conseil mais qui couve, qui s'accumule, qui attend le moment de frapper, et quand la porte s'ouvre enfin, quand Sereina entre dans la pièce avec cette démarche altière de reine offensée, quand je vois son visage parfaitement maquillé et son expression de défi, je comprends qu'elle n'a pas l'intention de se soumettre, qu'elle vient se battre, et cette certitude attise encore ma fureur.— Vous allez démentir, je dis sans attendre qu'elle se soit assise, sans mêm
Chapitre 51ElyssaLes écrans sont partout. Sur les façades, dans les vitrines, dans les cafés. Ils diffusent en boucle les mêmes images. Zeylan et Sereina. Leurs sourires. Leurs visages rapprochés. Le titre qui annonce un mariage imminent. Je marche dans la rue en gardant les yeux baissés, mais c'est impossible d'y échapper. C'est partout. Sur toutes les lèvres. Dans tous les regards.Deux femmes sont arrêtées devant une pâtisserie. Elles commentent les photos avec excitation. Je ralentis malgré moi. Je m'arrête à quelques pas. Leurs voix percent le brouhaha de la rue.— Tu as vu les photos ? Ils forment un couple magnifique. On dirait des acteurs de cinéma.— Oui, et il paraît que le mariage est pour bientôt. La date est déjà fixée. T
Chapitre 50ZeylanLe journal est posé sur mon bureau. Je le fixe sans le voir pendant de longues secondes. Puis le titre s'impose à moi, lettres noires et épaisses qui clament au monde entier que mon mariage avec Sereina est imminent, que la date est fixée, que l'union des Ardev et des Valcyr scellera bientôt l'alliance la plus puissante du pays. La colère monte, immédiate, absolue. J'attrape le journal, je le froisse dans mon poing. Je quitte la pièce.Mes pas claquent dans les couloirs de marbre. Les domestiques s'écartent, s'aplatissent contre les murs, baissent les yeux. Je ne les vois pas. Je pousse les portes de la salle du conseil avec une force qui les fait claquer contre les murs. Tous les regards se tournent vers moi. Les chefs de famille sont alignés autour de la table d'ébène. Malrik est à sa place. Sereina est debout près de la fenêtre, dans sa robe bleue, un sourire de victoire aux lèvres.— Qu'est-ce que c'est que ça ? je gronde en jetant le journal froissé sur la tabl







