MasukSa voix n'est pas moqueuse. Pas encore. Mais je vois dans ses yeux une lueur, quelque chose qui pourrait devenir un sourire, qui pourrait devenir une provocation. Je ne lui donne pas ça. — Non. Je suis possessive. C'est différent. Il y a un autre silence. Plus long. Je ne baisse pas les yeux. Je ne recule pas. Je reste là où je suis. — Possessive. Il répète le mot. Il le goûte, comme il a goûté mon nom, comme il goûte tout ce qui vient de moi. — Oui. — De quoi ? — De ce qui est à moi. Je tourne les talons. Je sors. Je ne lui laisse pas le temps de répondre, de répliquer, de me dire que je n'ai rien à revendiquer. Je ne veux pas entendre ça. Je ne veux pas qu'il me dise que je n'ai pas de droits, que nous ne sommes pas un couple, que cette possession est une illusion. Je le sais déjà. Je le sais, et pourtant je continue. Je continue à avancer, à réclamer, à défendre ce que je ne suis même pas sûre de vouloir. Peut-être que c'est ça, être possessive. Peut-être que c'est voul
— SofiaJe l'entends avant de la voir.Son rire monte dans le couloir, clair, assuré, familier. Elle ne rit pas comme quelqu'un qui découvre. Elle rit comme quelqu'un qui connaît la maison, qui sait où sont les murs, qui a déjà fait ce chemin mille fois.Je m'arrête.Je devrais continuer. Je devrais entrer dans la pièce, me présenter, faire ce que je fais toujours : observer, écouter, comprendre. Mais mes jambes ne bougent pas. Mes pieds sont ancrés dans le sol, et je reste là, dans le couloir, à écouter.— Dante, arrête.Sa voix est teintée de quelque chose que je ne veux pas reconnaître. De l'affection. De la complicité. De cette intimité que je n'ai pas encore avec lui, que je n'aurai peut-être jamais.Je fais un pas.Je m'arrête devant la porte entrouverte. Je regarde.Elle est là.Grande. Blonde. Ses cheveux tombent sur ses épaules en vagues lentes. Elle porte une robe noire qui épouse ses formes sans vulgarité, juste assez pour qu'on la remarque. Juste assez pour qu'on ne puisse
— SofiaJe la vois avant qu'elle me voie.Elle entre dans le hall comme si elle possédait les murs, les fenêtres, la lumière qui tombe du plafond. Elle ne marche pas, elle avance, et l'espace se réorganise autour d'elle sans qu'elle ait besoin de le demander.Je suis debout près de la fenêtre, un dossier à la main, et je regarde.Elle est grande. Pas de cette grandeur qui écrase, de celle qui attire. Ses cheveux sont blonds, coupés court, et ils captent la lumière comme s'ils avaient été faits pour ça. Son manteau est gris, trop simple pour être ordinaire, trop bien coupé pour être bon marché. Elle ne porte pas de bijoux. Elle n'en a pas besoin.Je la regarde et je sais.Je sais qui elle est avant qu'elle se présente. Je sais ce qu'elle représente. Je sais ce qu'elle vient chercher.Dante ne m'a pas prévenue. Il ne m'a pas dit qu'elle viendrait. Il ne m'a pas dit qui elle est, ce qu'elle fait, ce qu'elle veut. Il ne m'a rien dit du tout, et je sens monter en moi une colère que je dois
Elle me regarde sans comprendre. Je cherche comment le dire, comment expliquer quelque chose que je ne comprends pas moi-même, cette sensation étrange dans ma poitrine, cette impression d'avoir reçu quelque chose que je n'attendais plus.— Ce n'était pas le même rire.Elle ne répond pas. Mais je vois qu'elle a entendu. Quelque chose se détend dans ses épaules, presque imperceptiblement. Elle repose le rapport sur le bureau.— Tu es bizarre.— Je sais.— Non, je veux dire… plus que d'habitude.Je ne trouve rien à répondre. Elle a raison. Je suis bizarre. Je me sens bizarre. Quelque chose est en train de se déplacer en moi, quelque chose que je ne contrôle pas, qui m'échappe et qui, pour la première fois, ne me fait pas peur.Je reprends le dossier. Je fais semblant de le lire. Je ne vois aucun mot.— Tu veux que je te montre le reste ?Sofia se lève. Elle s'approche du bureau, contourne, vient se placer à côté de moi pour regarder les cartes que je viens d'étaler. Son épaule est à quel
— Dante Le son sort d'elle et je m'arrête au milieu de mon geste. Ma main reste suspendue au-dessus du dossier que je viens de poser sur le bureau. Je ne bouge plus. Je n'ose pas bouger, de peur que le mouvement brise ce qui vient de se produire, que le silence revienne, que je me persuade d'avoir imaginé. Sofia rit. Ce n'est pas un rire franc, pas encore. C'est un souffle qui s'échappe, une surprise qu'elle n'a pas vue venir, quelque chose qui lui échappe et qu'elle essaie de rattraper en portant la main à sa bouche. Trop tard. Le son est déjà là, dans la pièce, entre nous, et il ne ressemble à rien de ce que j'ai entendu depuis son retour. Je la regarde. Elle est assise de l'autre côté du bureau, les jambes croisées, un rapport à la main. Je ne sais même plus ce que je viens de dire. Une remarque sur un des capitaines, quelque chose sur sa façon de gonfler sa voix quand il parle pour ne rien dire, et elle a ri. Comme ça. Sans prévenir. Ses yeux brillent encore. Elle essaie d
SofiaJe tiens mon rôle.C'est la première chose à laquelle je pense dans le club Ferraro. Pas à Dante, pas à la possibilité d'être reconnue comme celle que je suis, pas à la cave dont le nom de Ferraro suffit à réveiller l'odeur.Mon rôle.Je garde le visage qu'il exige. Je mesure mes réactions. Je ne laisse pas mon attention s'accrocher trop visiblement à ce que je cherche. Je suis quelqu'un d'autre ce soir. Pas une traîtresse. Pas une espionne. Une femme qui a des raisons d'être là, qui a des raisons de sourire, qui a des raisons de ne pas poser de questions.Tout est plus difficile qu'en préparation.Il y a ce que je sais devoir faire, et il y a mon corps qui apprend à le faire sans trahir l'effort. Ma respiration veut aller trop vite. Mes yeux veulent vérifier trop souvent où se trouve Dante. Mes mains veulent se crisper sur mon verre.Je résiste surtout à cette dernière envie.Il couvre.







