LOGINÉlise Fontaine mène une existence discrète. Réceptionniste au sein du groupe Montclair, elle sert chaque matin le café à Étienne de Montclair, l'énigmatique et richissime propriétaire de l'entreprise, sans jamais échanger plus de trois mots avec lui. Sa sœur jumelle, Camille, a pris un chemin bien différent : mariée à un homme d'affaires influent, elle brille dans les cercles mondains que fréquente justement Étienne. Lorsque Camille, clouée au lit par une grippe soudaine, supplie Élise de la remplacer au bal masqué le plus prestigieux de la saison, celle-ci accepte à contrecœur, davantage pour ne pas décevoir sa sœur que par envie de paraître. Vêtue d'une robe qui n'est pas la sienne, dissimulée derrière un masque de dentelle noire, Élise pénètre dans un monde qui n'est pas le sien. Ce qu'elle ignore, c'est qu'Étienne de Montclair sait déjà tout. Il a besoin d'une personne extérieure à son cercle, quelqu'un d'incorruptible, pour démasquer un traître au sein de sa propre famille. Et cette personne, il l'a trouvée depuis longtemps, chaque matin, derrière un comptoir d'accueil. Entre mensonges nécessaires, désir grandissant et vérités qui menacent de tout détruire, Élise et Étienne s'apprêtent à vivre une histoire où l'amour et la trahison dansent le même tango.
View MoreTu es en retard, ma chérie. Et tu ne portes pas le collier d'émeraude que je t'ai offert. »
La voix grave d'Étienne de Montclair résonna dans le hall de marbre avant même qu'Élise Fontaine ne franchisse le seuil de la salle de bal. Elle se figea, le cœur battant si fort qu'elle craignit qu'il ne s'entende à travers sa robe de soie empruntée. Il ne pouvait pas s'adresser à elle. C'était impossible. Personne, dans cette salle remplie de lustres en cristal et de rires cristallins, ne pouvait savoir qui elle était réellement. « Je... » commença-t-elle, la gorge nouée. Elle chercha des yeux une échappatoire, mais l'homme se tenait déjà devant elle, immense dans son costume noir parfaitement taillé, un masque d'argent dissimulant la moitié supérieure de son visage. Seuls ses yeux étaient visibles, d'un bleu si froid qu'ils semblaient capables de transpercer n'importe quel mensonge. Élise Fontaine n'avait jamais voulu se trouver ici. Trois heures plus tôt, sa sœur jumelle Camille l'avait suppliée au téléphone, la voix rauque et fiévreuse. « Élise, je t'en supplie. Je ne peux pas y aller, j'ai trente neuf de fièvre et Julien est en déplacement à Genève. Si je n'y vais pas, les Montclair vont croire que je les snobe. Tu sais comme c'est important pour Julien, cette soirée. Personne ne remarquera la différence, on est identiques. » Identiques en apparence, peut-être. Mais tout le reste les séparait comme un gouffre. Camille avait épousé la fortune, elle vivait dans un appartement du seizième arrondissement avec vue sur la Seine. Élise, elle, travaillait comme réceptionniste au siège du groupe Montclair, prenait le métro chaque matin à six heures quarante cinq et rentrait chaque soir dans un studio de vingt mètres carrés à Belleville. Elle avait accepté par amour pour sa sœur. Elle n'avait pas imaginé un seul instant qu'elle croiserait Étienne de Montclair en personne, l'homme dont elle préparait le café chaque matin sans qu'il ne lui adresse jamais un regard. « Vous devez me confondre avec quelqu'un d'autre, monsieur », balbutia t elle finalement, tentant de maquiller sa voix d'un ton plus assuré, plus mondain, comme elle imaginait que Camille aurait parlé. Un sourire se dessina sur les lèvres de l'homme masqué. Un sourire qui ne montait pas jusqu'à ses yeux. « Vraiment ? » dit il en s'approchant d'un pas. « Alors laissez moi me présenter convenablement. Étienne de Montclair. Et vous êtes Camille Rousseau, épouse de mon associé Julien Rousseau. Nous nous sommes déjà rencontrés, il me semble, lors du gala de charité en avril dernier. » Élise sentit un vertige la saisir. Elle connaissait ce nom, Julien Rousseau, le beau frère de sa sœur par alliance. Camille lui avait tout expliqué au téléphone, les noms à retenir, les visages à saluer, les sujets de conversation à éviter. Elle avait mémorisé un rôle entier en moins de deux heures, comme une actrice jetée sur scène sans répétition. « Bien sûr », répondit elle en tendant une main légèrement tremblante. « Pardonnez moi, la chaleur de la salle m'a un instant désorientée. » Il prit sa main et y déposa un baiser, un geste d'une politesse ancienne, presque théâtrale. Ses lèvres effleurèrent à peine sa peau, mais Élise sentit un frisson remonter le long de son bras. « La chaleur, bien sûr », murmura t il, un éclat étrange dans le regard. « Accordez moi cette danse, Madame Rousseau. Nous avons beaucoup de choses à discuter, vous et moi. » Avant qu'elle ne puisse protester, il l'entraîna vers le centre de la piste où des dizaines de couples masqués tournoyaient déjà au son d'un orchestre invisible. Élise n'avait pas dansé depuis des années, mais son corps se souvint instinctivement des pas qu'elle avait appris enfant, quand leur mère les emmenait, elle et Camille, à des cours de danse le samedi après midi, dans une autre vie, avant que tout ne s'effondre. « Vous dansez merveilleusement bien pour quelqu'un qui prétend avoir la tête qui tourne », observa Étienne, ses doigts fermement posés sur la taille d'Élise. « On ne perd jamais vraiment ce que l'on a appris », répondit elle sans réfléchir, laissant échapper une vérité plus personnelle qu'elle ne l'aurait voulu. Il l'observa un long moment, comme s'il cherchait quelque chose derrière son masque de dentelle noire. Élise détourna les yeux, terrifiée à l'idée qu'il puisse voir au delà de l'illusion. « Parlez moi de votre sœur », dit il soudain, changeant de sujet avec une aisance déconcertante. « Camille a une sœur jumelle, n'est ce pas ? Je crois me souvenir d'une conversation à ce sujet. » Le cœur d'Élise manqua un battement. « Une jumelle, oui », dit elle prudemment, choisissant chaque mot comme on marche sur de la glace fine. « Nous ne sommes pas très proches. Des chemins différents, vous comprenez. » « Dommage », répondit il, son regard toujours planté dans le sien. « J'aurais aimé la rencontrer un jour. On dit qu'elle lui ressemble trait pour trait. » Élise sentit sa gorge se serrer. Quelque chose dans le ton de sa voix, une note presque amusée, la mettait mal à l'aise, comme s'il jouait avec elle, comme un chat observant une souris avant de refermer sa patte. « Le monde est petit », dit elle simplement, espérant clore le sujet. La musique ralentit, les violons s'apaisèrent, et Étienne resserra légèrement son étreinte, l'attirant plus près de lui qu'il n'était nécessaire pour la danse. Elle pouvait sentir son parfum, du bois de santal mêlé à quelque chose de plus sombre, du cuir peut être, ou du tabac ancien. « Dites moi, Camille », murmura t il contre son oreille, sa voix si basse qu'elle en frissonna, « aimez vous les secrets ? » Élise leva les yeux vers lui, désorientée par la question. « Pardon ? » « Les secrets », répéta t il, un sourire énigmatique flottant sur ses lèvres. « Cette maison en est remplie ce soir. Des masques partout, des identités dissimulées, des vérités que personne n'ose prononcer à voix haute. J'ai toujours trouvé cela fascinant, la manière dont un simple morceau de tissu peut transformer complètement une personne. » « Ou révéler qui elle est vraiment », répondit Élise avant de pouvoir se retenir, pensant à sa propre situation, à ce masque qui la libérait paradoxalement d'être elle même le temps d'une soirée. Les yeux d'Étienne s'illuminèrent d'un éclat nouveau, presque triomphant, comme si elle venait de confirmer quelque chose qu'il soupçonnait déjà. « Voilà une réflexion bien profonde pour une simple soirée mondaine », dit il. « Vous me surprenez, Madame Rousseau. » La danse s'acheva, mais il ne relâcha pas sa main. Autour d'eux, les invités applaudissaient poliment l'orchestre, leurs masques scintillant sous les lustres. Élise chercha un prétexte pour s'échapper, pour retrouver un instant de solitude et reprendre ses esprits, loin de ce regard qui semblait tout voir. « Si vous voulez bien m'excuser », dit elle en tentant de retirer sa main, « je dois retrouver des connaissances. » « Bien sûr », répondit Étienne, la relâchant enfin. Mais alors qu'elle s'éloignait, il ajouta d'une voix suffisamment forte pour qu'elle l'entende. « Nous n'avons pas terminé notre conversation, Madame Rousseau. J'ai le sentiment que la soirée nous réserve encore bien des surprises. » Élise se fraya un chemin à travers la foule, le cœur battant, cherchant désespérément un endroit où respirer. Elle se glissa vers une terrasse isolée donnant sur les jardins, loin des regards, loin de cet homme dont le regard semblait la déshabiller de son déguisement couche après couche. Elle ne remarqua pas la silhouette qui l'observait depuis l'ombre d'une colonne, un téléphone à la main, en train de photographier discrètement la scène qu'elle venait de quitter. Quelqu'un, ce soir là, avait un intérêt tout particulier à savoir exactement qui se cachait sous ce masque de dentelle noire. Élise inspira profondément l'air frais de la nuit, ignorant qu'elle venait de mettre le premier pied dans un jeu bien plus dangereux qu'elle ne pouvait l'imaginer, un jeu où elle n'était pas la seule à porter un masque, et où Étienne de Montclair, depuis le début, connaissait la vérité qu'elle croyait si bien dissimulée.Le lendemain matin, Étienne convoqua une réunion de crise dans son bureau, rassemblant Élise, sa mère, Bertrand Aubry et un Maxime visiblement diminué, encadré discrètement par deux agents de sécurité privés qu'Étienne avait engagés dès l'aube. L'enquêteur qu'il avait contacté quelques jours plus tôt, un homme au visage buriné du nom de Girard, se tenait également présent, un épais dossier posé devant lui sur la table.« J'ai passé la nuit à rassembler tout ce que nous savons », commença Girard sans préambule. « Et je crains que la situation soit bien plus grave que ce que vous imaginiez tous. »« Expliquez-vous », dit Étienne, la main posée protectivement sur celle d'Élise sous la table, un geste que sa mère remarqua avec un léger sourire malgré la gravité du moment.« Sophie Lareau n'a pas simplement disparu il y a dix-huit mois », commença Girard en ouvrant son dossier. « Elle a été activement recrutée par un réseau international de blanchiment d'argent opérant à travers plusieurs
La question d'Étienne resta suspendue dans l'air, chargée d'une accusation à peine voilée qui fit pâlir instantanément Bertrand Aubry. Autour d'eux, les invités commençaient à remarquer la tension palpable du petit groupe, certains se rapprochant discrètement pour ne rien manquer du scandale naissant.« Ce n'est ni le lieu ni le moment », dit Bertrand d'une voix tendue, glissant un regard nerveux vers les convives environnants. « Étienne, faisons-nous confiance depuis vingt ans. Ne gâchons pas cela devant tout Paris. »« La confiance semble être une denrée particulièrement rare ce soir », répondit Étienne froidement. « Nous continuerons cette conversation dans mon bureau. Tous les quatre. Maintenant. »Mais alors qu'ils se dirigeaient vers la sortie, un mouvement soudain dans la foule attira l'attention d'Élise. Maxime, profitant de la confusion générale, s'était discrètement éclipsé vers les ascenseurs de service, une mallette à la main, celle-là même qu'elle l'avait vu échanger plus
Le temps sembla se figer dans le salon doré tandis que Julien fixait tour à tour Élise et sa véritable épouse, assise non loin, la vérité sur les jumelles éclatant enfin au grand jour devant témoins.« Julien, s'il te plaît, ne fais pas de scène », supplia Camille en se précipitant vers eux, ayant remarqué la confrontation depuis l'autre bout de la pièce. « Je peux tout t'expliquer. »« M'expliquer quoi exactement ? » siffla Julien, sa voix montant dangereusement dans les aigus. « Que ta sœur se fait passer pour toi depuis des semaines ? Que vous complotez toutes les deux dans mon dos ? »« Personne ne complote contre toi », intervint Élise fermement, consciente que la situation menaçait de dégénérer de façon incontrôlable. « J'aide Étienne à découvrir qui vole l'entreprise, rien de plus. »Un rire froid, presque hystérique, échappa à Julien. « Vous aidez Étienne ? C'est vous qui devriez vous inquiéter de ce que je pourrais révéler, mademoiselle Fontaine. »« Julien, tais-toi », le su
Trois jours passèrent sans le moindre contact entre Élise et Étienne, trois jours durant lesquels Élise continua son travail à la réception avec un professionnalisme glacial, évitant soigneusement tout regard vers l'ascenseur privé de la direction. Puis, le mercredi soir, une nouvelle invitation arriva, non pas sous forme de carte manuscrite cette fois, mais par l'intermédiaire de Marion, sa collègue, visiblement impressionnée.« Monsieur de Montclair veut te voir dans son bureau », annonça-t-elle. « Il a l'air... différent, aujourd'hui. »Élise monta les étages le cœur serré, s'attendant au pire, peut-être même à un renvoi déguisé. Mais lorsqu'elle pénétra dans le bureau, elle trouva Étienne entouré de dossiers, le visage marqué par plusieurs nuits visiblement sans sommeil, un homme qu'elle ne reconnaissait presque plus.« J'ai eu tort », dit-il immédiatement, avant même qu'elle ne puisse prononcer un mot. « J'ai fait vérifier les transactions. Elles ont été maquillées par quelqu'un












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