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Chapitre 3 : La trahison

Author: Déesse
last update publish date: 2026-10-19 23:52:06

Marlène

Le lendemain matin, la lumière entre par les volets entrouverts et découpe le lit en bandes blanches et grises, et Matteo n'est plus là, son côté est froid, l'oreiller garde la forme de sa tête comme une empreinte de plâtre, et je me lève, et je m'habille, et je vérifie l'enveloppe, et je bois un café debout dans la cuisine, et la maison est silencieuse d'une façon qui me serre la poitrine, et je décide que c'est aujourd'hui, que je ne peux pas attendre, que chaque heure qui passe est une heure de trop, et je monte à l'étage, je prends ma valise au fond du placard, je la pose sur le lit, et je commence à la remplir, des vêtements, des affaires, des objets sans importance, et mes mains s'activent, et mon esprit est vide, vide comme une chambre qu'on a débarrassée, et je touche mon lobe, et je descends, et je passe devant le bureau de Matteo, la porte est entrouverte, et je m'arrête, et je pousse la porte du bout des doigts, et la pièce est vide, et l'ordinateur est allumé, et l'écran affiche une page que je ne comprends pas, des chiffres, des noms, et je m'approche, et je lis, et mon sang se glace, et je recule, et je heurte la chaise, et le bruit me fait sursauter, et je sors, et je descends les escaliers trop vite, et je trébuche sur la dernière marche, et je me rattrape à la rampe, et je pose ma valise près de la porte, et je prends mon téléphone, et je cherche un numéro, un taxi, n'importe quoi, et la porte d'entrée s'ouvre, et Matteo est là, et il n'est pas seul, il y a un homme derrière lui, un homme que je n'ai jamais vu, grand, maigre, le visage comme une lame, et Matteo me regarde, et son regard n'est plus le même, il n'y a plus rien dans son regard, ni chaleur, ni question, ni même de la colère, juste une surface lisse et dure comme du verre, et il dit

— Tu pars

et ce n'est pas une question, et je recule, et ma valise est derrière moi, et je ne peux pas reculer plus loin, et je touche mon lobe, et je dis

— Je ne savais pas

et ma voix est un filet, un souffle, et il dit

— Tu savais

et il fait un pas vers moi, et l'homme derrière lui ne bouge pas, il attend, il attend comme une machine, et je dis

— Matteo, je t'en supplie

et les mots sortent de ma bouche comme des sanglots, et il secoue la tête, lentement, presque tristement, et il dit

— Tu aurais dû te taire

et il fait un signe, un geste de la main, à peine un frémissement, et l'homme avance, et je vois ses mains, ses mains nues, et je crie

— Non, Matteo, non, je ne dirai rien à personne, je te le jure, pitié

et le cri se perd dans la maison vide, et je tombe à genoux, et mes genoux heurtent le parquet, et la douleur remonte comme une vague, et je dis

— Pitié, pitié

et le mot n'a plus de sens, et Matteo détourne le regard, et l'homme est sur moi, et je sens son souffle, et ses mains se referment, et je touche mon lobe, et je touche mon lobe, et tout se brouille, et le monde devient un tunnel, et je ne vois plus que le plafond, et les moulures, et une fissure dans le plâtre que je n'avais jamais remarquée, et je pense que c'est fini, que tout est fini, et je voudrais dire quelque chose, mais l'air ne passe plus, et mes lèvres bougent sans bruit, et Matteo est là, dans mon champ de vision, immobile, il me regarde comme on regarde un objet qu'on a brisé et qu'on ne peut pas réparer, et l'homme serre, et je sens mes os, et ma gorge, et tout se comprime, et le monde devient noir, et dans le noir il y a une chaleur, une chaleur qui monte, et je ne sais pas si c'est la mort ou la peur, et je touche mon lobe une dernière fois, et mes doigts retombent.

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    — Marlène La salle sent la sueur et la cire froide. Il y a une lampe à pétrole au milieu de la table, une carte étalée dessous avec des épingles à tête rouge et une autre carte plus ancienne, déchirée au coin, qu'on a posée dessus pour boucher un trou. Les hommes sont debout, tous debout, six ou sept, la casquette à la main pour deux d'entre eux, et quand j'entre ils se taisent d'un seul coup, pas comme des gens polis, comme des gens qui ont appris à se taire avant d'avoir la pensée. Je m'assois au bout. La chaise est plus haute que les autres, d'un rien, juste ce qu'il faut pour qu'on me voie malgré moi. Ils ont préparé ça sans moi, cette nuit, dans mon dos ou presque, et ils me le posent là maintenant, avec le papier, les épingles et les mots déjà choisis. Enzo tient le crayon. Il le tient comme une arme très petite. Il parle. Sa voix est basse, régulière, une voix qui ne cherche pas à convaincre, et c'est bien plus efficace qu'une voix qui convainc. Il montre les routes du cra

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