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Chapitre 2 : La découverte

Autor: Déesse
last update Data de publicação: 2026-10-19 23:51:33

Marlène

La nuit est tombée comme un couvercle sur la ville et je suis dans la salle de bain, porte verrouillée, l'enveloppe entre les mains, ces documents que j'ai photographiés un mardi après-midi pendant qu'il était à son rendez-vous, ces pages que j'ai imprimées chez la copiste du quartier en payant cash et en évitant son regard, ces noms, ces dates, ces comptes offshore, ces transactions qui dessinent une toile que je n'avais pas voulu voir, que je ne peux plus ignorer, et je relis, je relis encore, mes yeux brûlent, ma gorge se serre, et la vérité s'installe dans ma poitrine comme un animal froid, Matteo n'est pas un homme d'affaires, Matteo est un chef de clan, le mot lui-même me donne la nausée, clan, comme dans les films, comme dans les livres, comme dans ces vies qui ne sont pas censées être les nôtres, et je m'assieds sur le bord de la baignoire, le carrelage est froid sous mes cuisses, la lumière blanche me fait cligner des yeux, et je touche mon lobe, ce tic qui revient, ce tic qui me trahit, et je pense à tout, à tout ce que je n'ai pas vu, à tout ce que j'ai choisi de ne pas voir, les horaires étranges, les coups de fil à voix basse, les hommes qui passent à la maison et qui ne disent jamais leur nom, les cadeaux trop beaux, les vacances trop chères, l'argent qui coule comme si de rien n'était, et je comprends que j'ai vécu dans une maison de verre sans jamais regarder le sol, et je me lève, je marche de long en large, mes pieds nus claquent doucement sur le carrelage, et la porte de la chambre s'ouvre, et j'entends ses pas, et je me fige, et il frappe à la porte de la salle de bain, et il dit

— Marlène, tu es là

et je range l'enveloppe dans la doublure de mon sac, vite, mes doigts tremblent, et je réponds

— Oui, une minute

et il dit

— Tu es sûre que ça va

et je touche mon lobe, et je dis

— Oui, je sors

et je tire la chasse, et je me lave les mains, et je regarde mon visage dans le miroir, ce visage que je connais si peu, ces yeux cernés, cette bouche pâle, et je me dis que je ne me reconnais plus, que je n'ai jamais su qui j'étais, que j'ai passé des années à être la femme de Matteo sans jamais être Marlène, et je sors, et il est là, dans le couloir, et il me regarde, et il dit

— Tu as l'air bizarre

et je secoue la tête, et je dis

— Je suis fatiguée, c'est tout

et il s'approche, et il me prend le menton, et il plonge son regard dans le mien, et il dit

— Tu me caches quelque chose

et je sens mon cœur qui bat trop vite, et je touche mon lobe, et je dis

— Non

et il me regarde encore, longtemps, et puis il lâche mon menton, et il dit

— Va te coucher, tu en as besoin

et je hoche la tête, et je vais vers le lit, et je me glisse sous les draps, et sa respiration est régulière, paisible, et je reste les yeux ouverts dans le noir, et je touche mon lobe jusqu'à ce que le sommeil vienne, un sommeil de plomb, un sommeil de condamnée, et je décide, je décide avec cette clarté qui vient parfois au bord du gouffre, je pars, ce soir, demain, peu importe, je pars, je prends l'enveloppe, je prends mon passeport, je prends ce qu'il faut, et je disparais.

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