로그인Je reculai brusquement lorsque la lumière argentée jaillit de mon poignet, illuminant la route déserte et les visages des deux Alphas.
Kaelric porta instinctivement une main à son visage. Lucian, lui, ne bougea pas. Il me regardait avec une expression que je ne parvenais pas à comprendre : de la stupéfaction, peut-être, mêlée à une sorte de respect.
Au loin, les loups répondirent à l’appel de Nyra.
Leurs hurlements firent vibrer les arbres.
— Qu’est-ce qui m’arrive ? demandai-je, la voix tremblante.
Lucian s’approcha d’un pas.
— Votre pouvoir se manifeste.
— Arrête de m’appeler Votre Majesté !
Il s’immobilisa immédiatement.
— Comme vous le souhaitez.
Cette simple réponse me déstabilisa davantage que ses précédentes paroles. Il venait de respecter ma demande sans discuter, alors que Kaelric avait passé trois ans à ignorer les miennes.
— Elena, gronda mon mari. Monte dans la voiture.
Je tournai lentement la tête vers lui.
— Tu n’as toujours pas compris ?
— Je ne te laisserai pas partir avec lui.
— Tu ne m’as jamais vraiment gardée auprès de toi. Pourquoi prétendre que tu tiens à moi maintenant ?
Sa mâchoire se contracta.
— Tu es ma Luna.
— Une Luna que tu as laissée seule pendant trois ans.
— Nous parlerons à la maison.
Je secouai la tête.
— Il n’y aura pas de retour à la maison.
Kaelric fit un pas vers moi. Son aura d’Alpha se répandit sur la route, lourde et oppressante. Mes jambes tremblèrent, mais je refusai de reculer.
Puis Lucian se plaça entre nous.
— Elle a dit non.
— Tu oses me défier sur mon propre territoire ? demanda Kaelric.
Lucian esquissa un sourire glacial.
— Nous sommes à la frontière de Silvermoon. Tu devrais vérifier tes cartes avant de menacer qui que ce soit.
Je regardai autour de moi. La route, les arbres et le panneau que j’avais aperçu plus tôt indiquaient effectivement que nous avions quitté les terres de Blackthorn.
Kaelric l’avait suivi jusque-là.
Pour moi.
Une pensée amère me traversa l’esprit. S’il avait fait preuve de la moitié de cette détermination lorsqu’il s’agissait de sauver mon père, je n’aurais peut-être jamais quitté son domaine.
— Elena, dit-il plus doucement. Rentre avec moi. Nous pouvons régler tout cela.
Je faillis rire.
— Tu veux régler quoi ? Mon père était en train de mourir, et tu as préféré tes affaires. Tu m’as humiliée devant ta première amour. Tu as refusé de signer les papiers du divorce. Maintenant, tu veux que je rentre comme si rien ne s’était passé ?
Son visage se ferma.
— Je n’ai jamais voulu te faire souffrir.
— Pourtant, tu l’as fait.
Je retirai définitivement mon alliance de mon doigt, même si je l’avais déjà jetée à l’hôpital. Le geste n’était plus nécessaire, mais je voulais que mes mains se souviennent de ce que signifiait être libre.
— Je ne suis plus ta femme dans mon cœur, Kaelric.
Le silence qui suivit fut brutal.
Pour la première fois, je vis quelque chose se briser dans son regard.
Mais je ne ressentis aucune satisfaction.
Seulement de la fatigue.
— Lucian, dis-je en me tournant vers l’autre Alpha. Je veux partir d’ici.
Il inclina la tête.
— Bien sûr.
Kaelric s’avança encore.
— Elena !
Je ne me retournai pas.
Le véhicule de Lucian était inutilisable, son moteur ayant rendu l’âme au moment le plus inattendu. Deux voitures de Silvermoon arrivèrent quelques minutes plus tard, conduites par des membres de sa meute.
L’un d’eux ouvrit la portière arrière.
— Alpha, tout est prêt.
Lucian se tourna vers moi.
— Vous pouvez voyager avec moi ou dans l’autre voiture. Vous êtes libre de choisir.
Je regardai les deux véhicules, puis Kaelric, qui se tenait toujours près de son SUV.
— Je vais avec vous.
Je montai dans la voiture de Lucian.
Avant qu’il ne referme la portière, Kaelric s’approcha.
— Tu ne sais pas qui est cet homme.
Je le fixai.
— Et toi, tu ne sais plus qui je suis.
Il resta immobile.
Lucian referma doucement la portière.
La voiture démarra.
Je regardai Kaelric disparaître dans la nuit à travers la vitre arrière. Il ne me poursuivit pas.
Je ne savais pas si c’était parce qu’il avait enfin compris ou parce qu’il préparait déjà sa prochaine manœuvre.
Mais, pour la première fois, je ne voulais pas le savoir.
Le trajet jusqu’à Silvermoon se déroula dans un silence presque complet.
Je gardais les mains serrées sur mes genoux, observant les lumières de la ville s’éloigner derrière nous. Mon poignet ne brillait plus, mais une chaleur persistante circulait sous ma peau.
Lucian remarqua mon inquiétude.
— Votre pouvoir peut réagir aux émotions fortes, expliqua-t-il. La peur, la colère, la douleur…
— Alors il doit être particulièrement actif ce soir.
Un léger sourire apparut sur ses lèvres.
— Je l’avais remarqué.
Je lui lançai un regard.
— Vous souriez toujours quand les gens sont terrifiés ?
— Seulement lorsque je suis heureux qu’ils soient encore en vie.
Je détournai les yeux.
Je ne voulais pas me laisser distraire par son charme. Je ne connaissais rien de lui, et son statut d’Alpha rival le rendait dangereux.
— Pourquoi m’avez-vous appelée reine ?
Il devint sérieux.
— Le médaillon que vous portez appartient à la lignée Moonblood. Cette famille régnait autrefois sur les meutes avant la grande guerre.
— Mon père m’a dit que j’étais leur dernière héritière.
— Il a raison.
— Comment le savez-vous ?
Lucian prit quelques secondes avant de répondre.
— Mon père m’a raconté l’histoire de votre famille. Il disait que la dernière reine avait disparu lorsque le palais avait été détruit. Beaucoup ont cru que toute la lignée avait été exterminée.
Je caressai le médaillon.
— Mon père adoptif m’a sauvée. Il m’a élevée sans jamais me parler de tout cela.
— Il voulait vous protéger.
Je fronçai les sourcils.
— Me protéger de qui ?
Lucian tourna son regard vers la fenêtre.
— C’est précisément ce que nous devons découvrir.
Lorsque nous arrivâmes aux portes de Silvermoon, plusieurs gardes s’alignèrent immédiatement.
Ils s’inclinèrent devant Lucian.
Puis leurs regards se posèrent sur moi.
Un murmure parcourut le groupe.
— La Moonblood…
— Elle est vivante…
— La reine est revenue…
Je me crispai.
— Je ne veux pas qu’ils s’inclinent devant moi.
Lucian leva la main.
— Personne ne vous forcera à accepter un titre que vous ne comprenez pas encore.
Les gardes se redressèrent.
Une femme aux cheveux argentés se précipita vers nous. Elle portait une longue robe sombre et un pendentif en forme de lune.
— Alpha, dit-elle. Nous avons senti l’éveil depuis le sanctuaire.
Son regard se posa sur moi.
Elle s’arrêta net.
— Par la déesse lunaire…
— Seraphine, voici Elena, dit Lucian. Elle a besoin de votre aide.
La guérisseuse s’approcha avec précaution.
— Votre magie est instable. Il faut vous examiner immédiatement.
— Je ne suis pas malade.
— Non, répondit-elle doucement. Mais quelque chose en vous vient de se réveiller après des siècles de sommeil.
Je n’eus pas le temps de répondre.
Une douleur violente traversa ma poitrine.
Je m’effondrai.
Lucian me rattrapa avant que ma tête ne heurte le sol.
Des images envahirent mon esprit : un palais en flammes, des cris, une lune rouge et une silhouette gigantesque enveloppée de ténèbres.
Une voix résonna dans ma tête.
Enfin, je t’ai retrouvée.
Je poussai un cri.
Seraphine pâlit.
— Non…
Lucian me serra légèrement contre lui.
— Elena ! Regardez-moi !
Je tentai de reprendre mon souffle.
— Il… il m’a retrouvée.
— Qui ?
Je levai les yeux vers lui.
— Un homme. Ses yeux étaient rouges. Il disait qu’il me cherchait.
Seraphine recula d’un pas.
— Le Souverain de la Nuit.
Lucian se redressa immédiatement.
— Êtes-vous certaine ?
La guérisseuse hocha lentement la tête.
— Si la reine s’est réveillée, alors le sceau a commencé à se briser.
Je sentis le froid envahir mes veines.
— Quel sceau ?
Personne ne répondit.
Au-dessus de nous, la lune disparut derrière un nuage noir.
Et, quelque part dans les profondeurs de la forêt, un hurlement terrifiant retentit.
Nyra murmura dans mon esprit :
Elena… notre véritable ennemi vient de se réveiller.
Le vent hurlait contre les vitres de la voiture lorsque nous quittâmes Blackthorn.Je regardais le domaine disparaître dans le rétroviseur, incapable de chasser les dernières images de la bataille. Les corps, les cris, la brume noire… et cette voix qui avait prononcé mon nom comme si elle me connaissait depuis toujours.Lucian conduisait en silence.Je sentais son regard se poser sur moi de temps en temps, mais il ne me pressait pas de parler. J’appréciais cette retenue. Avec Kaelric, le silence avait toujours été une punition. Avec Lucian, il ressemblait à un refuge.— Tu trembles, finit-il par murmurer.Je baissai les yeux vers mes mains.— Je ne sais pas si c’est la peur ou la colère.— Tu as le droit de ressentir les deux.Je laissai échapper un rire sans joie.— J’ai passé tellement de temps à essayer d’être une bonne épouse, une bonne Luna… Maintenant, tout le monde m’appelle reine. Je ne sais même pas comment être moi-même.Lucian ralentit près d’un virage.— Tu n’as pas besoin
Le hurlement résonna si violemment que les vitres du hall se fissurèrent.Je me retournai, le cœur battant.Les lumières venaient de s’éteindre. Dans l’obscurité, je distinguais seulement les silhouettes des guerriers et les reflets dorés des yeux de Kaelric. Lucian se plaça instinctivement devant moi, mais je posai une main sur son bras.— Ne me cache pas, murmurai-je.— Je ne te cache pas. Je veux simplement que tu sois en sécurité.— Alors reste à mes côtés.Il acquiesça.Mon médaillon était glacé contre ma poitrine. Une sensation étrange rampait dans les couloirs, comme si quelque chose d’invisible se déplaçait à travers les murs.Puis la voix revint.Elena…Cette fois, elle semblait provenir de l’intérieur de ma tête.Je fermai les yeux.Tu as réveillé ce qui aurait dû rester endormi.— Montre-toi ! criai-je.Un rire grave traversa le hall.Les guerriers de Blackthorn se mirent à grogner. Certains reculèrent, incapables de supporter cette présence. Même Darius, jusque-là arrogant
Je sentis mes jambes céder au moment où la lumière argentée disparut.Kaelric me rattrapa avant que je touche le sol.— Elena !Sa voix résonnait étrangement loin. Mon corps tremblait, mes tempes pulsaient et ma poitrine me brûlait comme si j’avais avalé des flammes.Je repoussai sa main.— Ne me touche pas.Il hésita, puis recula.Lucian traversa le hall en quelques secondes. Il reprit forme humaine, attrapa une veste qu’un de ses guerriers lui tendait et s’agenouilla devant moi.— Regarde-moi, Elena. Respire lentement.Je suivis sa voix, malgré la douleur.— Je vais bien, murmurai-je.— Non. Tu viens de libérer une quantité de pouvoir capable de faire trembler plusieurs meutes. Tu n’as pas besoin de prétendre que tout va bien.Cette fois, je ne trouvai rien à répondre.Darius était toujours près de l’entrée, immobilisé par une barrière invisible. Il observait mon médaillon avec une expression mêlant peur et fascination.— Tu ne sais pas ce que tu as fait, dit-il.Je me redressai pén
Le premier coup de feu déchira le silence.Je me jetai au sol juste au moment où une balle traversait la fenêtre derrière moi. Les éclats de verre explosèrent dans l’air. Kaelric me saisit par le bras, mais je me dégageai aussitôt.— Elena, baisse-toi !— Ne me donne pas d’ordres !Un second tir retentit. Cette fois, il frappa la porte du bureau.Des cris s’élevèrent dans le couloir. Des pas précipités. Des grognements de loups. Blackthorn était attaquée, et les hommes de Darius avaient déjà pénétré dans la propriété.Mon médaillon brûlait contre ma poitrine.Je sentais quelque chose bouger sous ma peau. Une énergie ancienne, immense, qui semblait attendre depuis des siècles qu’on lui donne la permission de sortir.— Ils sont entrés par l’aile nord ! cria un garde.Kaelric se transforma partiellement. Ses yeux devinrent dorés, ses crocs apparurent.— Marcus ! Protégez le bureau ! Personne ne laisse Elena—— Je peux me protéger moi-même, grondai-je.Il me regarda, et pendant une fracti
Je refermai brutalement la boîte noire et relevai les yeux vers Lucian.— Je veux partir ce soir.Il posa la photographie de ma mère sur la table.— Elena, retourner à Blackthorn maintenant serait dangereux.— Je sais.— Darius est toujours en liberté, et nous ignorons combien de personnes travaillent pour lui.— Je sais aussi.Je serrai les poings. J’en avais assez qu’on me répète que j’étais en danger. Toute ma vie, j’avais été protégée par des secrets, des mensonges et des décisions prises à ma place.Cette fois, je voulais choisir.— Je ne retourne pas auprès de Kaelric, Lucian. Je retourne chercher la vérité sur ma naissance.Il me fixa longuement.— Alors, vous ne partirez pas seule.— Je ne veux pas que votre meute se retrouve au milieu d’une guerre à cause de moi.— Vous êtes déjà au milieu de cette guerre, Elena. Que vous le vouliez ou non.Je détournai les yeux.Il avait raison, et je détestais cela.— Très bien. Mais je veux parler à Kaelric seule.Son expression se durcit.
Je froissai la lettre de Kaelric dans ma main avant de la jeter sur la table.— Je ne retournerai pas à Blackthorn !Lucian, qui se tenait près de la fenêtre, leva les yeux vers moi.— Personne ne vous a demandé de retourner auprès de lui.— Alors pourquoi cette lettre me donne-t-elle l’impression qu’il essaie encore de contrôler ma vie ?Je regrettai immédiatement mes paroles. Ce n’était pas Lucian qui m’avait fait souffrir. Pourtant, depuis trois ans, j’avais appris à me méfier de chaque promesse, de chaque geste et de chaque mot.Il ramassa la lettre.— Kaelric affirme que Darius est impliqué. Nous devons découvrir ce qu’il sait, sans vous mettre en danger.— Et si c’était un piège ?— Nous le traiterons comme tel.Je croisai les bras.— Vous faites confiance à votre ennemi ?— Non. Je fais confiance à ma capacité de reconnaître un piège.Un petit sourire m’échappa malgré moi.— Vous êtes toujours aussi arrogant ?— Seulement quand j’ai raison.Je secouai la tête. Cet homme avait u







