ANMELDENLe vent hurlait contre les vitres de la voiture lorsque nous quittâmes Blackthorn.Je regardais le domaine disparaître dans le rétroviseur, incapable de chasser les dernières images de la bataille. Les corps, les cris, la brume noire… et cette voix qui avait prononcé mon nom comme si elle me connaissait depuis toujours.Lucian conduisait en silence.Je sentais son regard se poser sur moi de temps en temps, mais il ne me pressait pas de parler. J’appréciais cette retenue. Avec Kaelric, le silence avait toujours été une punition. Avec Lucian, il ressemblait à un refuge.— Tu trembles, finit-il par murmurer.Je baissai les yeux vers mes mains.— Je ne sais pas si c’est la peur ou la colère.— Tu as le droit de ressentir les deux.Je laissai échapper un rire sans joie.— J’ai passé tellement de temps à essayer d’être une bonne épouse, une bonne Luna… Maintenant, tout le monde m’appelle reine. Je ne sais même pas comment être moi-même.Lucian ralentit près d’un virage.— Tu n’as pas besoin
Le hurlement résonna si violemment que les vitres du hall se fissurèrent.Je me retournai, le cœur battant.Les lumières venaient de s’éteindre. Dans l’obscurité, je distinguais seulement les silhouettes des guerriers et les reflets dorés des yeux de Kaelric. Lucian se plaça instinctivement devant moi, mais je posai une main sur son bras.— Ne me cache pas, murmurai-je.— Je ne te cache pas. Je veux simplement que tu sois en sécurité.— Alors reste à mes côtés.Il acquiesça.Mon médaillon était glacé contre ma poitrine. Une sensation étrange rampait dans les couloirs, comme si quelque chose d’invisible se déplaçait à travers les murs.Puis la voix revint.Elena…Cette fois, elle semblait provenir de l’intérieur de ma tête.Je fermai les yeux.Tu as réveillé ce qui aurait dû rester endormi.— Montre-toi ! criai-je.Un rire grave traversa le hall.Les guerriers de Blackthorn se mirent à grogner. Certains reculèrent, incapables de supporter cette présence. Même Darius, jusque-là arrogant
Je sentis mes jambes céder au moment où la lumière argentée disparut.Kaelric me rattrapa avant que je touche le sol.— Elena !Sa voix résonnait étrangement loin. Mon corps tremblait, mes tempes pulsaient et ma poitrine me brûlait comme si j’avais avalé des flammes.Je repoussai sa main.— Ne me touche pas.Il hésita, puis recula.Lucian traversa le hall en quelques secondes. Il reprit forme humaine, attrapa une veste qu’un de ses guerriers lui tendait et s’agenouilla devant moi.— Regarde-moi, Elena. Respire lentement.Je suivis sa voix, malgré la douleur.— Je vais bien, murmurai-je.— Non. Tu viens de libérer une quantité de pouvoir capable de faire trembler plusieurs meutes. Tu n’as pas besoin de prétendre que tout va bien.Cette fois, je ne trouvai rien à répondre.Darius était toujours près de l’entrée, immobilisé par une barrière invisible. Il observait mon médaillon avec une expression mêlant peur et fascination.— Tu ne sais pas ce que tu as fait, dit-il.Je me redressai pén
Le premier coup de feu déchira le silence.Je me jetai au sol juste au moment où une balle traversait la fenêtre derrière moi. Les éclats de verre explosèrent dans l’air. Kaelric me saisit par le bras, mais je me dégageai aussitôt.— Elena, baisse-toi !— Ne me donne pas d’ordres !Un second tir retentit. Cette fois, il frappa la porte du bureau.Des cris s’élevèrent dans le couloir. Des pas précipités. Des grognements de loups. Blackthorn était attaquée, et les hommes de Darius avaient déjà pénétré dans la propriété.Mon médaillon brûlait contre ma poitrine.Je sentais quelque chose bouger sous ma peau. Une énergie ancienne, immense, qui semblait attendre depuis des siècles qu’on lui donne la permission de sortir.— Ils sont entrés par l’aile nord ! cria un garde.Kaelric se transforma partiellement. Ses yeux devinrent dorés, ses crocs apparurent.— Marcus ! Protégez le bureau ! Personne ne laisse Elena—— Je peux me protéger moi-même, grondai-je.Il me regarda, et pendant une fracti
Je refermai brutalement la boîte noire et relevai les yeux vers Lucian.— Je veux partir ce soir.Il posa la photographie de ma mère sur la table.— Elena, retourner à Blackthorn maintenant serait dangereux.— Je sais.— Darius est toujours en liberté, et nous ignorons combien de personnes travaillent pour lui.— Je sais aussi.Je serrai les poings. J’en avais assez qu’on me répète que j’étais en danger. Toute ma vie, j’avais été protégée par des secrets, des mensonges et des décisions prises à ma place.Cette fois, je voulais choisir.— Je ne retourne pas auprès de Kaelric, Lucian. Je retourne chercher la vérité sur ma naissance.Il me fixa longuement.— Alors, vous ne partirez pas seule.— Je ne veux pas que votre meute se retrouve au milieu d’une guerre à cause de moi.— Vous êtes déjà au milieu de cette guerre, Elena. Que vous le vouliez ou non.Je détournai les yeux.Il avait raison, et je détestais cela.— Très bien. Mais je veux parler à Kaelric seule.Son expression se durcit.
Je froissai la lettre de Kaelric dans ma main avant de la jeter sur la table.— Je ne retournerai pas à Blackthorn !Lucian, qui se tenait près de la fenêtre, leva les yeux vers moi.— Personne ne vous a demandé de retourner auprès de lui.— Alors pourquoi cette lettre me donne-t-elle l’impression qu’il essaie encore de contrôler ma vie ?Je regrettai immédiatement mes paroles. Ce n’était pas Lucian qui m’avait fait souffrir. Pourtant, depuis trois ans, j’avais appris à me méfier de chaque promesse, de chaque geste et de chaque mot.Il ramassa la lettre.— Kaelric affirme que Darius est impliqué. Nous devons découvrir ce qu’il sait, sans vous mettre en danger.— Et si c’était un piège ?— Nous le traiterons comme tel.Je croisai les bras.— Vous faites confiance à votre ennemi ?— Non. Je fais confiance à ma capacité de reconnaître un piège.Un petit sourire m’échappa malgré moi.— Vous êtes toujours aussi arrogant ?— Seulement quand j’ai raison.Je secouai la tête. Cet homme avait u







