LOGINLE CRIME DONT JE SUIS ACCUSÉE
POINT DE VUE : AZURIANE Trois jours plus tôt ! Si quelqu'un m'avait dit que, trois jours plus tard, toute la Meute d'Obsidienne me poursuivrait pour me tuer, je lui aurais ri au nez. Pas parce que je croyais être en sécurité. Mais parce que je pensais avoir déjà connu le pire. Je me trompais. Le bruit sec d'un seau lancé contre ma porte me tira du sommeil. « Debout ! » La voix de Madame Elma résonna à travers les planches de ma cabane. « Les guerriers veulent manger avant le lever du soleil. Si le petit-déjeuner n'est pas prêt, c'est toi qui en répondras ! » Je me redressai aussitôt. Mes os me faisaient souffrir. La veille, j'avais transporté des sacs de farine jusqu'à la tombée de la nuit. Je n'avais dormi que quelques heures. Pourtant, personne ne se souciait de ma fatigue. Je passai rapidement de l'eau froide sur mon visage avant de sortir. Le ciel était encore noir. Les étoiles brillaient au-dessus de la forêt. Pendant quelques secondes, je levai les yeux vers elles. C'était mon seul moment de liberté. Le seul instant où personne ne me criait dessus. « Tu comptes rêvasser longtemps ? » Je baissai immédiatement la tête. Madame Elma m'attendait, les bras croisés. « Les marmites ne vont pas se remplir toutes seules. » « J'arrive. » Je courus jusqu'aux cuisines. Le feu s'était presque éteint. Je rajoutai du bois. Puis je commençai à préparer la pâte, à couper les légumes et à remplir les grandes marmites. Tout devait être prêt avant le réveil des guerriers. Une heure plus tard, mes bras étaient déjà lourds. Mais la journée ne faisait que commencer. Après les cuisines. Les écuries. Après les écuries. Le linge. Après le linge. Le nettoyage de la salle commune. Après cela. Le bois. Puis les repas du soir. Ainsi se déroulait chacune de mes journées. Sans exception. Je n'étais pas un membre de la meute. J'étais leur servante. Leur domestique. Leur souffre-douleur. Parfois, je me demandais si quelqu'un connaissait seulement mon âge. Ou mon anniversaire. Je n'en étais même plus certaine. Je traversais la cour avec deux grands paniers de linge lorsque plusieurs jeunes loups s'arrêtèrent devant moi. Kaïden. Encore lui. « Regardez qui travaille déjà. » Il sourit. « Notre petite humaine est plus obéissante qu'un chien. » Les autres éclatèrent de rire. Je continuai de marcher. Je savais que répondre ne ferait qu'aggraver les choses. « Hé ! » Il m'arracha brutalement un panier des mains. Les vêtements tombèrent dans la boue. Mon cœur se serra. Je m'agenouillai aussitôt. Chaque tunique allait devoir être relavée. « Pourquoi faites-vous ça ? » Le silence tomba. Kaïden pencha légèrement la tête. « Tu oses poser des questions ? » Je relevai doucement les yeux. « Je voulais seulement comprendre.» Il s'accroupit devant moi. Son sourire disparut. « Comprendre quoi ? » « Pourquoi vous me détestez tous autant. » Pendant un bref instant. Je crus apercevoir une hésitation dans son regard. Puis elle disparut. « Parce que tu n'es pas des nôtres. » Il se redressa. « Et ça ne changera jamais. » Ils repartirent en riant. Je ramassai lentement les vêtements. Une goutte de boue glissa sur ma main. Elle s'arrêta contre ma bague. Je la contemplai quelques secondes. Cette vieille bague. C'était la seule chose que je possédais réellement. Je ne connaissais même pas son origine. Pourtant ; lorsque tout semblait s'effondrer autour de moi… je la serrais toujours dans ma main. Comme si elle pouvait me donner du courage. « Azuriane. » Je relevai la tête. Maître Orven se tenait devant moi. Son visage ridé exprimait une tristesse sincère. « Tu devrais rentrer te reposer quelques instants. Tu es épuisée. » Je souris faiblement. « Si je m'arrête, personne ne fera le travail à ma place. » Il baissa les yeux. « Ce n'est pas une vie. » Avant que je puisse répondre, un bruissement de robes attira notre attention. Toute la cour s'immobilisa. La Luna venait d'apparaître. Selene avançait avec une élégance glaciale. Tous les membres de la meute s'inclinèrent sur son passage. Je fis de même. Lorsqu'elle arriva à ma hauteur, elle s'arrêta. Je sentis son regard peser sur moi. Lourd. Méprisant. Elle tendit lentement la main. Du bout des doigts, elle releva mon menton. « Regarde-moi. » J'obéis. Ses yeux étaient d'une froideur terrifiante. Elle observa mon visage pendant plusieurs secondes. Puis son regard descendit jusqu'à ma bague. Je sentis ses traits se durcir. Une lueur étrange traversa ses yeux. Comme de la peur. Ou de la haine. Elle recula brusquement. Puis, d'une voix suffisamment forte pour être entendue par tous, elle déclara : « Cette fille est une malédiction. » Le silence tomba sur toute la cour. Personne n'osa répondre. Même le vent semblait s'être arrêté. Et, pour la première fois, je compris que le véritable cauchemar de ma vie ne faisait que commencer.CE QUE JE NE ME RAPPELLE PASPOINT DE VUE : AZURIANEJe le regardai.« Tu es arrivé. »« Oui. »« Comment ? »Il me regarda.« Ta mère m'a appelé. »« Comment ? »Il leva son poignet. La marque.« Avec ça. »Je regardai la marque.« Elle brille. »Il hocha la tête.« Oui. »« Pourquoi ? »Il me regarda.« Parce que tu es proche. »« De quoi ? »Il me regarda.« De ton pouvoir. »Je le regardai.« Il s'éveille ? »Il hocha la tête.« Oui. »« Quand ? »Il regarda vers la montagne.« Bientôt. »Je le regardai.« Tu dis toujours ça. »Il sourit.« Parce que c'est vrai. »Je le regardai.« Pourquoi maintenant ? »Il me regarda.« Parce que tu es prête. »
CE QUE JE NE ME RAPPELLE PASPOINT DE VUE : AZURIANENous marchâmes toute la matinée. La montagne grandissait à chaque pas. Ses sommets disparaissaient dans les nuages. Ses flancs étaient couverts de forêts sombres et de rochers gris.Uras marchait devant. Silencieux. Comme toujours.Je le suivais. Mes pensées tournaient. Les mots de la nuit précédente résonnaient encore. Ta mère m'a appelé. Le jour de ta naissance. Je te l'avais promis. De veiller sur toi. Parce que je t'ai attendue. Trois cents ans.Je le regardais. Son dos. Ses épaules. Sa démarche. Il ne ressemblait pas à un homme qui avait attendu trois siècles. Il ressemblait à un voyageur. Un vagabond. Un homme ordinaire. Pourtant... Pourtant, il avait sauvé ma vie. Avec son sang. Avec son pouvoir. Avec sa promesse.Je m'arrêtai. Il s'arrêta aussi. Il se retourna.« Ça va ? »Je le regardai.« Qu'est-ce qui s'est passé ? »Il fronça
POURQUOI M'AIDER ?POINT DE VUE : AZURIANEPuis je dis :« Pourquoi m'aides-tu vraiment ? »Il me regarda.« Je te l'ai dit. »« Non. »Il me regarda.« Quoi ? »« Tu m'as dit pourquoi tu devais m'aider. Mais pas pourquoi tu voulais m'aider. »Il me regarda longtemps.Puis il sourit.« Parce que je t'ai attendue. »« Attendu ? »« Oui. »« Combien de temps ? »Il me regarda.« Trois cents ans. »« Pourquoi ? »Il me regarda.« Parce que j'espérais. »« Espérais quoi ? »Il me regarda.« Que tu existes. »Le silence tomba.Je le regardai.« Que j'existe ? »Il hocha la tête.« Oui. »« Pourquoi ? »Il me regarda.« Parce que sans toi, je ne suis rien. »Je le regardai.« R
POURQUOI M'AIDER ?POINT DE VUE : AZURIANENous marchâmes jusqu'au crépuscule.La montagne était plus proche maintenant. Massive. Imposante. Ses sommets disparaissaient dans les nuages.Uras s'arrêta près d'un petit ruisseau.Il posa son sac.Il s'assit contre un rocher.Je m'assis en face de lui.Le silence était confortable.Pas lourd.Pas gênant.Juste... paisible.Je le regardai.Il regardait l'eau.Ses yeux argentés brillaient doucement.Je pris une profonde inspiration.« Uras. »Il leva les yeux.« Oui ? »Je le regardai.« Pourquoi m'aides-tu ? »Il me regarda.« Quoi ? »« Pourquoi m'aides-tu ? »Il ne répondit pas immédiatement.Il regarda l'eau.Puis il dit :« Parce que je le dois. »Je fronçai les sourcils.« Tu le dois ? »Il hocha la tête.« Oui. »« À qui ? »Il me regarda.« À ta mère. »Je sentis mon cœur se serrer.« Tu as connu ma mère ? »Il hocha la tête.« Oui. »« Comment ? »Il regarda le feu.« Il y a longtemps. »« Combien de temps ? »Il me regarda.« Vingt
LE VOYAGEURPOINT DE VUE : AZURIANENous marchâmes vers les montagnes pendant trois jours.Trois jours de silence.Trois jours de route.Trois jours à côté d'Uras.Il ne parlait pas beaucoup.Il marchait.Toujours devant.Toujours silencieux.Toujours vigilant.Je le regardais.Souvent.Ses épaules larges.Son dos droit.Ses mains calleuses.Ses yeux argentés qui scrutaient l'horizon.Il ne ressemblait pas à un roi.Il ne ressemblait pas à un Primordial.Il ressemblait à un voyageur.Un vagabond.Un homme sans importance.Pourtant, je savais.Je savais ce qu'il était.Je savais ce qu'il cachait.Mais je ne disais rien.Je le laissais faire.Je le laissais être.Parce que je comprenais.Il avait passé trois cents ans
LA NUIT OÙ JE M'ENFUISPOINT DE VUE : AZURIANEUras ne lâcha pas ma main.Il ne ralentit pas.Il ne regarda pas derrière lui.Il marcha plus vite.Je le suivis.Sans poser de questions.Sans comprendre.Sans savoir.Nous traversâmes la forêt.Les arbres défilaient.Les branches me fouettaient le visage.Mais je ne sentais rien.Ni la douleur.Ni la peur.Juste sa main dans la mienne.Juste sa chaleur.Juste sa présence.Puis il s'arrêta.Brutalement.Je faillis trébucher.Il me retint.« Qu'est-ce que... »Il posa un doigt sur ses lèvres.Silence.Je me tus.J'écoutai.La forêt était silencieuse.Trop silencieuse.Pas d'oiseaux.Pas d'insectes.Pas de vent.Juste le silence.Uras re







