تسجيل الدخولLA SENTENCE
POINT DE VUE : AZURIANE Je n'avais jamais vu Maître Orven aussi inquiet. Après avoir quitté la forêt, il ne prononça presque pas un mot. Son regard parcourait sans cesse les alentours, comme s'il craignait que quelqu'un nous suive. Je marchais à ses côtés, le panier de plantes serré contre moi. Mon esprit était encore prisonnier de ce qui venait de se produire. La bague. Cette lumière. Ces images. Et ces yeux dorés qui semblaient me regarder depuis un lieu que je ne connaissais pas. « Maître Orven. » Il ne répondit pas. « Vous alliez me dire quelque chose. » Il s'arrêta quelques secondes avant de reprendre sa marche. « Certaines vérités peuvent coûter la vie à ceux qui les connaissent. » Je fronçai les sourcils. « Vous me faites peur. » Il esquissa un triste sourire. « C'est justement ce que je voudrais éviter. » Avant que je puisse insister davantage, les cloches de la meute retentirent. Une fois. Puis deux. Puis une troisième. Je m'immobilisai. Je connaissais ce signal. Tous les membres de la Meute d'Obsidienne devaient immédiatement se rendre sur la grande place. Même moi. Lorsque nous arrivâmes au village, une foule s'était déjà rassemblée. Les guerriers formaient un large cercle autour de la place centrale. Les familles murmuraient entre elles. Les anciens occupaient les premiers rangs. Au fond, légèrement surélevés, se trouvaient les trois sièges de pierre réservés aux plus hauts dirigeants. Celui de l'Alpha. Celui de la Luna. Et celui du Bêta. Mon cœur se serra. Je n'avais jamais aimé ces assemblées. À chaque fois qu'elles étaient organisées, quelqu'un était puni. Je me glissai discrètement derrière les autres. J'espérais passer inaperçue. Mais c'était impossible. « La voilà. » « C'est l'humaine.» « Regardez sa bague.» Les murmures se propagèrent comme une traînée de poudre. Je baissai les yeux. Quelques instants plus tard, l'Alpha Varkhan Crowe fit son entrée. Sa haute silhouette imposait le silence. Il s'assit lentement sur son siège. À sa droite, la Luna Selene prit place avec l'élégance d'une reine. Son regard parcourut la foule. Puis il s'arrêta sur moi. Je sentis un frisson glacer mon dos. Elle souriait. Un sourire froid. Calculateur. Comme si elle attendait ce moment depuis très longtemps. L'Alpha se leva. « Cette réunion exceptionnelle a été convoquée à la demande de notre Luna. » Tous les regards se tournèrent vers elle. Selene s'avança avec une lenteur maîtrisée. Sa voix était douce. Presque rassurante. « Depuis plusieurs nuits, notre meute reçoit des signes inquiétants. » Personne n'osa l'interrompre. « Les chasseurs ont entendu des hurlements inconnus dans la forêt. Les animaux fuient nos terres. Et plusieurs guerriers disent avoir ressenti une énergie qu'ils n'avaient jamais connue. » Des murmures inquiets parcoururent l'assemblée. Je ne comprenais pas où elle voulait en venir. Selene poursuivit : « Ce ne sont pas des coïncidences. » Elle marqua une pause. « Tout a commencé au même moment. » Son regard se posa sur moi. « Depuis que cette humaine est arrivée parmi nous. » Un silence pesant tomba sur la place. Je sentis des dizaines de regards me transpercer. « Non! », murmurai-je. La Luna leva lentement la main. « Pendant vingt et un ans, nous avons cru que sa présence était une épreuve imposée par la Lune. Nous avons été patients. Nous lui avons laissé une place parmi nous malgré sa différence. » Je relevai brusquement la tête. Ces mots étaient un mensonge. Ils ne m'avaient jamais acceptée. Ils m'avaient seulement tolérée. Comme une servante. Comme une étrangère. « Mais aujourd'hui », reprit-elle, « les signes ne peuvent plus être ignorés. » Elle fit quelques pas dans ma direction. « Regardez-la. Depuis quelques jours, des phénomènes étranges se produisent autour d'elle. » Plusieurs membres de la meute hochèrent lentement la tête. Kaïden s'avança. « C'est vrai. Sa bague a émis une lumière étrange. Je l'ai vue de mes propres yeux. » Mon cœur s'emballa. Il utilisait cela contre moi. Une autre voix s'éleva. « Moi aussi. J'ai senti une énergie inhabituelle près de la rivière. » Puis une troisième. « Les chevaux refusent de s'approcher d'elle. » Chaque témoignage ajoutait une pierre au mur qui se refermait autour de moi. Je fis un pas en avant. « Je ne comprends pas ce qui m'arrive. Je ne fais de mal à personne. » Personne ne sembla m'écouter. Maître Orven s'avança alors. Sa voix tremblait légèrement. « Alpha , permettez-moi de parler. » Varkhan acquiesça. Le vieil homme inspira profondément. « Azuriane a grandi parmi nous. Elle n'a jamais levé la main contre un membre de cette meute. Elle travaille du lever au coucher du soleil. Si des phénomènes se produisent, cela ne signifie pas qu'elle soit une menace. Nous devrions chercher à comprendre avant de condamner une innocente. » Pendant quelques secondes, un doute sembla traverser le visage de l'Alpha. Je m'accrochai à cet espoir. Puis Selene reprit la parole. Sa voix était toujours calme. « Et si cette hésitation coûtait la vie à nos enfants ? » Le silence retomba. « Un chef protège les siens avant tout. » Elle s'approcha de l'Alpha. « Si cette fille porte réellement une ancienne malédiction ,combien de morts faudra-t-il avant que nous réagissions ? » Les murmures changèrent de ton. La peur remplaçait peu à peu le doute. Je compris ce qu'elle faisait. Elle ne cherchait pas à convaincre. Elle cherchait à effrayer. Et cela fonctionnait. Je levai les yeux vers Varkhan. « Alpha , je vous en supplie » Il ferma lentement les yeux. Lorsqu'il les rouvrit, toute hésitation avait disparu. Son visage était devenu celui d'un chef prêt à prendre une décision irréversible. Il se leva. Toute la place retint son souffle. Sa voix résonna dans le village. « Azuriane. » Mon cœur cessa presque de battre. « Au nom de la Meute d'Obsidienne. » Je sentis mes jambes trembler. « Je te condamne. » Le monde sembla s'arrêter. « À la peine de mort. » Le silence fut absolu. Même le vent venait de mourir.LE PIÈGEPOINT DE VUE : AZURIANEJe n'aurais jamais dû suivre ces traces. Je le compris trop tard.La forêt s'étendait devant moi, silencieuse, humide et presque irréelle sous la lumière pâle de la lune. Les arbres devenaient de plus en plus serrés à mesure que j'avançais. Leurs branches s'entremêlaient au-dessus de ma tête, empêchant la lumière de pénétrer complètement.Je m'arrêtai. Pour la première fois depuis mon réveil, je me demandai sérieusement ce que je faisais là.Quelques heures plus tôt, j'étais morte. Je n'arrivais toujours pas à prononcer cette vérité sans sentir mon ventre se nouer. J'étais morte. La Meute d'Obsidienne m'avait condamnée. On m'avait frappée. On m'avait laissée sans défense. Puis mon corps avait été jeté dans une rivière comme si ma vie n'avait jamais eu la moindre valeur.Et pourtant, j'étais debout. Vivante.Je portai instinctivement une main à ma poitrine. Mon cœur battait. Régulièrement. Comme si rien ne s'était passé. Pourtant, je savais que quelque
LA RIVIÈRE DES MORTSPOINT DE VUE : AZURIANELe silence. Il n'y avait plus ni rivière. Plus de douleur. Plus de froid. J'avais l'impression de flotter dans un vide infini. Mon corps ne pesait plus rien. Je ne sentais même plus mes mains.Était-ce cela la mort ?Une étrange lumière argentée apparut au loin. Elle grandissait lentement. Je voulus m'en approcher. Ou peut-être était-ce elle qui venait vers moi. Je n'en étais plus certaine.À mesure qu'elle se rapprochait, une silhouette se dessina. Une femme. Sa longue chevelure blanche flottait autour d'elle comme une cascade de lumière. Sa robe semblait tissée avec les rayons de la lune. Son visage demeurait voilé. Impossible de distinguer ses traits. Pourtant sa présence m'apaisait.Je voulus lui parler. « Qui êtes-vous ? »Aucun son ne franchit mes lèvres.La femme leva doucement une main vers moi. « Il n'est pas encore temps »Sa voix ressemblait au murmure d'un ruisseau. Douce. Paisible. Je tendis instinctivement la main. Nos doigts
LA RIVIÈRE DES MORTSPOINT DE VUE : AZURIANELe froid. C'était la dernière sensation dont je me souvenais. Puis plus rien.Lorsque les guerriers m'avaient précipitée du haut de la falaise, je n'avais même pas eu le temps de crier. La rivière s'était ouverte sous moi comme une gueule immense avant de m'engloutir dans un fracas assourdissant.À présent je sombrais. Mon corps descendait lentement vers les profondeurs. Mes bras ne répondaient plus. Mes jambes non plus. Mes cheveux flottaient autour de mon visage comme de longues algues noires.J'ouvris difficilement les yeux. L'eau était sombre. La lumière de la lune n'atteignait presque plus cet endroit. Je ne voyais que des ombres. Des silhouettes mouvantes.Était-ce la mort ?Une étrange paix envahissait peu à peu mon esprit. La douleur avait disparu. Les coups. Les humiliations. La peur. Tout semblait s'éloigner. Je n'avais plus besoin de lutter. Je n'avais plus besoin de courir. Je pouvais enfin me reposer.Une dernière bulle d'air s
LA DERNIÈRE NUIT POINT DE VUE : AZURIANE Je n'entendis plus rien. Les lèvres de l'Alpha continuaient de bouger, mais aucun son ne parvenait jusqu'à moi. « À la peine de mort. » Ces mots résonnaient encore dans ma tête. Encore. Et encore. Je restai immobile, incapable de respirer. Autour de moi, les membres de la meute commencèrent à se disperser. Certains semblaient soulagés. D'autres satisfaits. Comme si ma mort allait enfin leur apporter la paix. Je cherchai un seul visage. Un seul regard. Quelqu'un qui me dirait que tout cela était une erreur. Je ne trouvai personne. Les guerriers s'avancèrent vers moi. Je ne résistai pas. À quoi bon ? Toute ma vie, j'avais obéi. Je pouvais bien obéir une dernière fois. Kaïden s'arrêta devant moi. Ses poignets furent liés derrière mon dos avec une corde épaisse. Je baissai les yeux. « Tu as enfin obtenu ce que tu voulais », murmurai-je. Il resta silencieux. Pendant une fraction de seconde, je crus apercevoir une hésitation dans son regard.
LA SENTENCE POINT DE VUE : AZURIANE Je n'avais jamais vu Maître Orven aussi inquiet. Après avoir quitté la forêt, il ne prononça presque pas un mot. Son regard parcourait sans cesse les alentours, comme s'il craignait que quelqu'un nous suive. Je marchais à ses côtés, le panier de plantes serré contre moi. Mon esprit était encore prisonnier de ce qui venait de se produire. La bague. Cette lumière. Ces images. Et ces yeux dorés qui semblaient me regarder depuis un lieu que je ne connaissais pas. « Maître Orven. » Il ne répondit pas. « Vous alliez me dire quelque chose. » Il s'arrêta quelques secondes avant de reprendre sa marche. « Certaines vérités peuvent coûter la vie à ceux qui les connaissent. » Je fronçai les sourcils. « Vous me faites peur. » Il esquissa un triste sourire. « C'est justement ce que je voudrais éviter. » Avant que je puisse insister davantage, les cloches de la meute retentirent. Une fois. Puis deux. Puis une troisième. Je m'immobilisai. Je connaissais c
LA BAGUE INTERDITEPOINT DE VUE : AZURIANEJe ne trouvai pas le sommeil cette nuit-là. Les mots de la Luna tournaient sans cesse dans ma tête. « Cette fille est une malédiction. » Je les avais entendus toute ma vie, sous une forme ou une autre. Monstre. Intruse. Erreur. Porte-malheur. Mais, cette fois, quelque chose était différent. Lorsque la Luna avait posé les yeux sur ma bague, son visage n'avait pas exprimé du dégoût. Il avait exprimé... de la peur. Pourquoi ?Je levai lentement ma main vers la faible lumière de la lune qui traversait la fenêtre de ma cabane. L'anneau d'argent semblait aussi vieux que dans mes souvenirs. Sa pierre bleue brillait faiblement, comme si elle retenait la lumière au lieu de la refléter. Je passai doucement mon pouce dessus.« Qui es-tu... ? »Comme toujours... le silence me répondit.À l'aube, je repris mes corvées. Le village semblait plus agité qu'à l'habitude. Les guerriers parlaient à voix basse. Chaque fois que je passais près d'eux, les conversat







