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CHAPITRE 6

مؤلف: Trimis Lirus
last update تاريخ النشر: 2026-08-07 18:58:45

LA RIVIÈRE DES MORTS

POINT DE VUE : AZURIANE

Le froid. C'était la dernière sensation dont je me souvenais. Puis plus rien.

Lorsque les guerriers m'avaient précipitée du haut de la falaise, je n'avais même pas eu le temps de crier. La rivière s'était ouverte sous moi comme une gueule immense avant de m'engloutir dans un fracas assourdissant.

À présent je sombrais. Mon corps descendait lentement vers les profondeurs. Mes bras ne répondaient plus. Mes jambes non plus. Mes cheveux flottaient autour de mon visage comme de longues algues noires.

J'ouvris difficilement les yeux. L'eau était sombre. La lumière de la lune n'atteignait presque plus cet endroit. Je ne voyais que des ombres. Des silhouettes mouvantes.

Était-ce la mort ?

Une étrange paix envahissait peu à peu mon esprit. La douleur avait disparu. Les coups. Les humiliations. La peur. Tout semblait s'éloigner. Je n'avais plus besoin de lutter. Je n'avais plus besoin de courir. Je pouvais enfin me reposer.

Une dernière bulle d'air s'échappa de mes lèvres avant de remonter lentement vers la surface. Je la suivis du regard. Elle était libre. Moi, je disparaissais.

Une larme se mêla à l'eau glacée.

« Est-ce que c'est vraiment la fin ? »

Personne ne répondit.

Des images commencèrent à défiler devant mes yeux. Je me revis enfant. Je devais avoir cinq ou six ans. J'étais assise seule derrière les cuisines de la meute. Les autres enfants jouaient ensemble. Leurs rires résonnaient dans toute la cour. Je les regardais de loin. Comme toujours.

J'avais voulu m'approcher. Une petite louve avait immédiatement reculé.

« Ne t'approche pas de nous ! »

Son frère avait ramassé une pierre.

« Va-t'en, humaine ! »

La pierre m'avait frappée au front. Je m'étais enfuie en courant. Je me souvenais encore de la chaleur du sang qui coulait sur mon visage.

Puis une autre image apparut. J'avais dix ans. Je portais un panier beaucoup trop lourd pour mon âge. Je tombais. Les légumes roulaient dans la boue. Madame Elma me giflait devant tout le village. Personne n'était intervenu. Personne.

Une troisième image. J'avais seize ans. Je regardais discrètement les jeunes loups danser autour du feu pendant la fête de la pleine lune. Une vieille femme m'avait tirée brutalement par le bras.

« Cette célébration n'est pas faite pour les monstres. »

Je baissai les yeux. Je n'avais jamais répondu. Jamais. Pourquoi aurais-je répondu ? Personne ne m'aurait écoutée.

Les souvenirs continuaient de défiler. Toujours les mêmes. Toujours cette solitude. Je cherchai désespérément un souvenir heureux. Un seul. Je n'en trouvai aucun.

Mon cœur se serra. « Est-ce que... ma vie n'a vraiment été que cela ? » Une existence dont personne ne voudrait jamais se souvenir ?

Une chaleur soudaine parcourut mon doigt. Je fronçai les sourcils. La bague. Elle brillait. Au fond de cette rivière elle brillait.

Une lumière bleue jaillit soudain de la pierre. Elle était beaucoup plus intense que les précédentes. Elle enveloppa lentement ma main. Puis mon bras. Puis tout mon corps. L'eau autour de moi commença à vibrer. Comme si une force invisible repoussait la rivière elle-même.

Je voulus ouvrir la bouche. Aucun son ne sortit. La lumière grandissait. Elle devenait presque aveuglante. Les poissons s'éloignaient à toute vitesse. Les plantes aquatiques semblaient s'incliner devant elle.

Puis une voix. Plus claire que toutes les autres. Une voix de femme. Douce. Ancienne.

« Enfin »

Mon cœur accéléra. « Qui êtes-vous ? »

Cette fois encore, aucun mot ne franchit mes lèvres. Pourtant la voix semblait m'entendre.

« Le sceau est brisé »

Autour de moi, la lumière se transforma en milliers de filaments argentés. Ils tournoyaient comme des étoiles. Ils pénétrèrent lentement dans ma poitrine. Une douleur fulgurante me traversa. Je crus que mon corps allait se déchirer. Puis tout disparut.

Très loin de là au sommet d'une montagne oubliée, un homme vêtu d'une simple cape de voyage ouvrit brusquement les yeux. Il était assis près d'un feu de camp presque éteint. Ses vêtements étaient usés par les années. Ses bottes couvertes de poussière. Son sac de voyage reposait contre un vieux chêne.

À première vue il ressemblait à n'importe quel voyageur solitaire. Pourtant son regard venait de changer.

Il fixa l'horizon. Là où se trouvait la Meute d'Obsidienne. Un souffle presque imperceptible lui échappa.

« Elle est morte »

Sa voix ne trahissait aucune panique. Seulement une profonde mélancolie.

Il se leva lentement. Ramassa son vieux manteau. Éteignit le feu d'un simple geste. Puis il murmura :

« J'arrive. »

Sans un bruit il s'enfonça dans la forêt.

Sous l'eau je ne bougeais plus. La lumière de la bague devint si intense qu'elle illumina les profondeurs de la rivière. Puis elle explosa.

Une onde silencieuse traversa les eaux. Les poissons s'enfuirent. Les arbres bordant la rive frémirent. Même la lune sembla perdre son éclat pendant une fraction de seconde. Puis tout redevint noir.

Mon corps resta immobile. Mes bras flottaient lentement. Mes yeux étaient fermés. Plus aucun souffle. Plus aucun mouvement.

Au même instant une silhouette surgit des profondeurs de la rivière. Je ne distinguais ni son visage ni ses traits. Seulement deux mains puissantes qui m'attrapèrent délicatement avant que mon corps ne disparaisse dans les ténèbres.

Ma conscience s'éteignit complètement. Et mon cœur cessa de battre.

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