LOGINLA BAGUE INTERDITE
POINT DE VUE : AZURIANE Je ne trouvai pas le sommeil cette nuit-là. Les mots de la Luna tournaient sans cesse dans ma tête. « Cette fille est une malédiction. » Je les avais entendus toute ma vie, sous une forme ou une autre. Monstre. Intruse. Erreur. Porte-malheur. Mais, cette fois, quelque chose était différent. Lorsque la Luna avait posé les yeux sur ma bague, son visage n'avait pas exprimé du dégoût. Il avait exprimé... de la peur. Pourquoi ? Je levai lentement ma main vers la faible lumière de la lune qui traversait la fenêtre de ma cabane. L'anneau d'argent semblait aussi vieux que dans mes souvenirs. Sa pierre bleue brillait faiblement, comme si elle retenait la lumière au lieu de la refléter. Je passai doucement mon pouce dessus. « Qui es-tu... ? » Comme toujours... le silence me répondit. À l'aube, je repris mes corvées. Le village semblait plus agité qu'à l'habitude. Les guerriers parlaient à voix basse. Chaque fois que je passais près d'eux, les conversations s'interrompaient. Les regards se tournaient vers moi. Je percevais leurs murmures. « C'est elle... » « La Luna avait raison... » « Il faut s'en méfier... » Je baissai la tête et continuai mon chemin. J'avais appris depuis longtemps que les mots faisaient parfois plus mal que les coups. Après avoir terminé les cuisines, Madame Elma m'envoya chercher des plantes médicinales dans la vieille forêt. « Dépêche-toi », lança-t-elle. « Les guérisseurs en auront besoin avant midi. » J'acquiesçai sans discuter. C'était la première fois depuis plusieurs semaines que je quittais seule le territoire de la meute. À mesure que je m'enfonçais entre les arbres, le bruit du village disparaissait. Le chant des oiseaux remplaça les cris des guerriers. L'air sentait la mousse humide et les feuilles fraîches. Je respirai profondément. Chaque fois que j'entrais dans cette forêt, je retrouvais un peu de paix. Je m'accroupis près d'un vieux chêne pour cueillir quelques plantes. Puis je me figeai. Une étrange chaleur venait d'envahir mon doigt. Je regardai aussitôt ma main. La bague. Elle se réchauffait. Très doucement. Je fronçai les sourcils. « Pas encore... » Je retirai précipitamment ma main des feuilles. La chaleur ne disparut pas. Au contraire... elle augmenta. Une faible lueur bleutée apparut sous la pierre. Mon souffle se coupa. « Non... » Je regardai autour de moi. Personne. Seulement les arbres. La lumière s'intensifia. De fins filaments bleus commencèrent à courir le long de l'anneau. Ils ressemblaient à de minuscules éclairs. Ils dansaient autour de mon doigt avant de disparaître. Je n'osais plus bouger. Puis... la forêt changea. Le vent s'arrêta. Les oiseaux cessèrent de chanter. Même les feuilles semblèrent se figer. Comme si le temps lui-même retenait son souffle. Une voix s'éleva dans mon esprit. Très faible. Impossible à distinguer. Je ne comprenais aucun mot. Pourtant... je sentais qu'elle m'appelait. Une douleur soudaine traversa ma tête. Je portai une main à mon front. Des images apparurent. Une immense salle de pierre. Des colonnes gigantesques. Des loups aux yeux d'or. Une couronne. Puis... un homme. Je ne distinguais pas son visage. Seulement deux yeux dorés qui semblaient me regarder avec une infinie douceur. « Qui êtes-vous...? » Les images disparurent aussitôt. Je tombai à genoux. Ma respiration était devenue irrégulière. La lumière de la bague s'éteignit brusquement. Tout redevint normal. Le vent souffla de nouveau. Les oiseaux reprirent leur chant. Comme si rien ne s'était passé. « Azuriane ! » Je sursautai. Maître Orven sortit lentement entre les arbres, son panier de plantes à la main. Il s'arrêta net en me voyant agenouillée. « Que t'arrive-t-il ? » Je relevai difficilement la tête. « Je... je ne sais pas... » Son regard descendit immédiatement sur ma main. Puis ses yeux s'agrandirent. Il venait d'apercevoir la bague. Ou plutôt... les derniers éclats de lumière qui disparaissaient autour d'elle. Son visage pâlit. « Impossible... » Je le regardai, surprise. « Vous savez ce que c'était ? » Il ne répondit pas tout de suite. Il semblait lutter contre ses propres souvenirs. Ses lèvres tremblaient légèrement. « Cela faisait... si longtemps... » Je me relevai lentement. « Maître Orven... dites-moi ce qui se passe. » Il leva les yeux vers moi. Pour la première fois depuis que je le connaissais... je vis de la peur dans son regard. « Azuriane... » Il marqua une longue pause. « Cette bague n'est pas un simple héritage. » Mon cœur s'emballa. « Alors... qu'est-elle ? » Il ouvrit la bouche. Puis la referma. Il secoua lentement la tête. « Pas ici... » « Pourquoi ? » Son regard parcourut rapidement la forêt, comme s'il craignait d'être entendu. « Parce que... si ce pouvoir s'est vraiment éveillé... alors quelqu'un finira forcément par venir te chercher. » Un frisson parcourut mon dos. « Qui ? » Avant qu'il ne puisse répondre... une branche craqua dans les profondeurs de la forêt. Tous deux tournâmes brusquement la tête. Il n'y avait personne. Ou du moins... personne de visible. Très loin, dissimulée derrière les troncs, une silhouette immobile observait Azuriane sans quitter la bague des yeux. Deux prunelles dorées brillèrent un bref instant dans l'obscurité. Puis elles disparurent.CE QUE JE NE ME RAPPELLE PASPOINT DE VUE : AZURIANEJe le regardai.« Tu es arrivé. »« Oui. »« Comment ? »Il me regarda.« Ta mère m'a appelé. »« Comment ? »Il leva son poignet. La marque.« Avec ça. »Je regardai la marque.« Elle brille. »Il hocha la tête.« Oui. »« Pourquoi ? »Il me regarda.« Parce que tu es proche. »« De quoi ? »Il me regarda.« De ton pouvoir. »Je le regardai.« Il s'éveille ? »Il hocha la tête.« Oui. »« Quand ? »Il regarda vers la montagne.« Bientôt. »Je le regardai.« Tu dis toujours ça. »Il sourit.« Parce que c'est vrai. »Je le regardai.« Pourquoi maintenant ? »Il me regarda.« Parce que tu es prête. »
CE QUE JE NE ME RAPPELLE PASPOINT DE VUE : AZURIANENous marchâmes toute la matinée. La montagne grandissait à chaque pas. Ses sommets disparaissaient dans les nuages. Ses flancs étaient couverts de forêts sombres et de rochers gris.Uras marchait devant. Silencieux. Comme toujours.Je le suivais. Mes pensées tournaient. Les mots de la nuit précédente résonnaient encore. Ta mère m'a appelé. Le jour de ta naissance. Je te l'avais promis. De veiller sur toi. Parce que je t'ai attendue. Trois cents ans.Je le regardais. Son dos. Ses épaules. Sa démarche. Il ne ressemblait pas à un homme qui avait attendu trois siècles. Il ressemblait à un voyageur. Un vagabond. Un homme ordinaire. Pourtant... Pourtant, il avait sauvé ma vie. Avec son sang. Avec son pouvoir. Avec sa promesse.Je m'arrêtai. Il s'arrêta aussi. Il se retourna.« Ça va ? »Je le regardai.« Qu'est-ce qui s'est passé ? »Il fronça
POURQUOI M'AIDER ?POINT DE VUE : AZURIANEPuis je dis :« Pourquoi m'aides-tu vraiment ? »Il me regarda.« Je te l'ai dit. »« Non. »Il me regarda.« Quoi ? »« Tu m'as dit pourquoi tu devais m'aider. Mais pas pourquoi tu voulais m'aider. »Il me regarda longtemps.Puis il sourit.« Parce que je t'ai attendue. »« Attendu ? »« Oui. »« Combien de temps ? »Il me regarda.« Trois cents ans. »« Pourquoi ? »Il me regarda.« Parce que j'espérais. »« Espérais quoi ? »Il me regarda.« Que tu existes. »Le silence tomba.Je le regardai.« Que j'existe ? »Il hocha la tête.« Oui. »« Pourquoi ? »Il me regarda.« Parce que sans toi, je ne suis rien. »Je le regardai.« R
POURQUOI M'AIDER ?POINT DE VUE : AZURIANENous marchâmes jusqu'au crépuscule.La montagne était plus proche maintenant. Massive. Imposante. Ses sommets disparaissaient dans les nuages.Uras s'arrêta près d'un petit ruisseau.Il posa son sac.Il s'assit contre un rocher.Je m'assis en face de lui.Le silence était confortable.Pas lourd.Pas gênant.Juste... paisible.Je le regardai.Il regardait l'eau.Ses yeux argentés brillaient doucement.Je pris une profonde inspiration.« Uras. »Il leva les yeux.« Oui ? »Je le regardai.« Pourquoi m'aides-tu ? »Il me regarda.« Quoi ? »« Pourquoi m'aides-tu ? »Il ne répondit pas immédiatement.Il regarda l'eau.Puis il dit :« Parce que je le dois. »Je fronçai les sourcils.« Tu le dois ? »Il hocha la tête.« Oui. »« À qui ? »Il me regarda.« À ta mère. »Je sentis mon cœur se serrer.« Tu as connu ma mère ? »Il hocha la tête.« Oui. »« Comment ? »Il regarda le feu.« Il y a longtemps. »« Combien de temps ? »Il me regarda.« Vingt
LE VOYAGEURPOINT DE VUE : AZURIANENous marchâmes vers les montagnes pendant trois jours.Trois jours de silence.Trois jours de route.Trois jours à côté d'Uras.Il ne parlait pas beaucoup.Il marchait.Toujours devant.Toujours silencieux.Toujours vigilant.Je le regardais.Souvent.Ses épaules larges.Son dos droit.Ses mains calleuses.Ses yeux argentés qui scrutaient l'horizon.Il ne ressemblait pas à un roi.Il ne ressemblait pas à un Primordial.Il ressemblait à un voyageur.Un vagabond.Un homme sans importance.Pourtant, je savais.Je savais ce qu'il était.Je savais ce qu'il cachait.Mais je ne disais rien.Je le laissais faire.Je le laissais être.Parce que je comprenais.Il avait passé trois cents ans
LA NUIT OÙ JE M'ENFUISPOINT DE VUE : AZURIANEUras ne lâcha pas ma main.Il ne ralentit pas.Il ne regarda pas derrière lui.Il marcha plus vite.Je le suivis.Sans poser de questions.Sans comprendre.Sans savoir.Nous traversâmes la forêt.Les arbres défilaient.Les branches me fouettaient le visage.Mais je ne sentais rien.Ni la douleur.Ni la peur.Juste sa main dans la mienne.Juste sa chaleur.Juste sa présence.Puis il s'arrêta.Brutalement.Je faillis trébucher.Il me retint.« Qu'est-ce que... »Il posa un doigt sur ses lèvres.Silence.Je me tus.J'écoutai.La forêt était silencieuse.Trop silencieuse.Pas d'oiseaux.Pas d'insectes.Pas de vent.Juste le silence.Uras re







