LOGINÉlianorC'est le dernier soir. Demain, nous rentrons. Demain, nous retrouverons la ville, le travail, les journalistes, le procès qui n'en finit pas, toute cette vie qui m'attend et que j'appréhende sans savoir pourquoi. Mais ce soir, ce soir est à nous. Ce soir est à moi. Ce soir est à lui.Marcus m'a proposé une promenade sur la plage, et j'ai accepté sans hésiter, sans réfléchir, sans laisser la peur me dicter ma conduite. J'ai accepté parce que j'en avais envie, parce que j'en avais besoin, parce que je savais que ce moment viendrait, que nous ne pourrions pas repousser éternellement cette conversation, cette décision, cet aveu.La plage est déserte, immense, baignée par la lumière argentée de la lune qui se reflète sur l'eau comme un chemin d'étoiles. Le sable est encore tiède sous nos pieds nus, les vagues viennent mourir doucement sur le rivage, et le vent du large apporte avec lui des parfums de sel et d'embruns, de liberté et d'infini.Nous marchons côte à côte, silencieux, s
MarcusLes flammes crépitent doucement dans la cheminée, projetant des ombres dansantes sur les murs du salon. La soirée touche à sa fin, les confessions ont laissé place à un silence paisible, chargé de cette intimité nouvelle qui s'est créée entre nous tous. Les jumeaux dorment profondément, blottis contre Viviane qui caresse doucement leurs cheveux. Mathis est monté se coucher, Maxime somnole sur le canapé, Liora range les verres et les tasses en silence.Et moi, moi je regarde Élianor.Elle est assise près du feu, les jambes repliées sous elle, les yeux perdus dans les flammes qui se consument lentement. La lueur orangée caresse son visage, dessine des ombres douces sur ses pommettes, fait briller ses yeux d'un éclat chaleureux. Elle est belle, si incroyablement belle, et elle vient de faire quelque chose d'immense, quelque chose de courageux, quelque chose qui m'a bouleversé plus qu'elle ne le saura jamais.Elle s'est mise à nu. Devant nous tous. Elle a ouvert son cœur, elle a ra
ÉlianorLe feu crépite dans la cheminée, les flammes dansent, jettent des ombres mouvantes sur les visages rassemblés autour de l'âtre. Dehors, le vent s'est levé, la mer gronde au pied de la falaise, mais à l'intérieur de la villa, il fait chaud, il fait doux, il fait bon. Nous sommes tous là, rassemblés dans le grand salon, emmitouflés dans des plaids et des coussins, les jumeaux blottis contre Viviane, Mathis affalé dans un fauteuil, Maxime allongé sur le canapé avec sa jambe immobilisée, Liora assise en tailleur sur le tapis, Marcus à côté de moi, tout près, si près que je sens la chaleur de son corps, que je respire son odeur, que je pourrais presque poser ma tête sur son épaule si j'osais, si je me laissais aller, si je n'avais pas encore ce reste de pudeur qui me retient.C'est Viviane qui a lancé l'idée, comme toujours, avec cette autorité douce qui n'appartient qu'à elle, cette façon de transformer les moments ordinaires en souvenirs inoubliables.— Et si chacun racontait que
LioraJe ne sais pas si je dois l'embrasser ou le frapper. Mon frère est allongé sur le canapé de la villa, la jambe immobilisée dans une attelle de fortune, le front bandé, le visage pâle mais le sourire toujours aux lèvres, ce sourire arrogant qui m'a exaspérée toute ma vie mais que je suis si heureuse de voir aujourd'hui.— Tu es complètement idiot, dis-je en tamponnant doucement la plaie sur son front avec un coton imbibé de désinfectant. Tu aurais pu te tuer.— Mais je ne me suis pas tué, répond-il en grimaçant sous le produit. Et la petite va bien, c'est tout ce qui compte.— Tu as été incroyable, Maxime. Vraiment incroyable.Il ouvre les yeux, me regarde avec une intensité qui ne lui ressemble pas, une sincérité qu'il cache d'habitude sous des couches d'humour et de désinvolture.— J'ai réagi sans réfléchir, dit-il. J'ai vu la petite tomber, et j'ai couru. C'est tout.— Ce n'est pas rien. Tu lui as sauvé la vie.— J'espère que ça va améliorer mon image auprès d'Élianor, plaisan
MarcusLa villa est grande, mais pas assez pour que nous ayons chacun notre chambre. Viviane a fait l'attribution des pièces avec un sourire entendu, un peu trop innocent pour être honnête, et je me retrouve dans la chambre voisine de celle d'Élianor, séparés par une simple porte communicante que personne n'a fermée à clé.Pas la même chambre. Pas le même lit. Mais si proches, si terriblement proches que je l'entends respirer la nuit, que je perçois le bruit de ses draps quand elle se retourne, que je sens sa présence à travers la cloison fine comme du papier de soie.Le premier soir, je n'arrive pas à dormir. Pas à cause de l'inconfort, le lit est parfait, la chambre est douce, la brise marine entre par la fenêtre ouverte. Non, si je n'arrive pas à dormir, c'est parce que je sais qu'elle est là, à quelques mètres de moi, de l'autre côté de cette porte, et que cette proximité est à la fois une torture et une bénédiction.Je me lève, je vais à la fenêtre, je regarde la mer qui scintill
VivianeL'idée m'est venue un matin, en regardant les jumeaux jouer dans le jardin avec Léon et Lola, en voyant Élianor passer la tête par la fenêtre de son bureau pour leur sourire, en observant Marcus qui allait et venait entre la maison et le parc, toujours présent, toujours discret, toujours amoureux. L'idée m'est venue comme une évidence, comme un rayon de soleil après la pluie, comme une réponse à toutes ces années de séparation et de souffrance.Il faut souder cette famille. Il faut créer des souvenirs communs, des moments partagés, des rires qui effaceront les larmes du passé. Il faut que nous apprenions à nous connaître, à nous aimer, à vivre ensemble comme la famille que nous aurions toujours dû être.Je vais trouver Élianor dans son bureau. Elle est au téléphone, comme toujours, en train de gérer une crise, de donner des ordres, de régner sur son empire avec cette autorité naturelle qui m'impressionne encore, qui me rend fière, qui me remplit d'admiration pour cette femme q







