LOGINChapitre 4 : Derrière le Masque
LE POINT DE VUE DE MARCUS
Assis dans ma voiture garée en face de Voss Tower, je sirotais mon café froid en observant l'entrée de l'immeuble. 17h45. Dans quinze minutes, Élena Morel franchirait ces portes. Dans quinze minutes, le piège se refermerait définitivement sur elle.
Et moi, Marcus Chen, bras droit de Gabriel Voss, complice de ce plan machiavélique, je ne faisais rien pour l'arrêter.
Mon téléphone vibra. Un message de Gabriel.
« Elle est en route ? »
Je levai les yeux vers le dernier étage de la tour, où je savais que Gabriel se tenait probablement devant sa baie vitrée, scrutant la rue comme un prédateur attendant sa proie.
« Pas encore. J'attends. »
« Assure-toi que personne ne l'intercepte avant qu'elle arrive. »
« Compris. »
Je posai le téléphone sur le siège passager et soupirai profondément. Comment en étais-je arrivé là ? Comment avais-je accepté de participer à cette vengeance qui, je le savais au fond de moi, ne mènerait nulle part sinon vers plus de douleur ?
La réponse était simple : la loyauté.
Gabriel m'avait sauvé la vie. Littéralement. Il y a cinq ans, quand j'étais au bord du gouffre, ruiné par une escroquerie dont j'avais été la victime, c'est lui qui m'avait tendu la main. C'est lui qui m'avait donné une seconde chance. C'est lui qui avait cru en moi quand plus personne ne le faisait.
Je lui devais tout.
Mais cela justifiait-il de détruire une innocente ?
Mon téléphone sonna. Ma femme, Mei.
« Chéri, tu rentres à quelle heure ce soir ? »
Sa voix douce, chaleureuse, contrastait violemment avec l'atmosphère glaciale qui m'entourait.
« Tard. Très tard. Il y a... une situation délicate au bureau. »
« Encore ? Marcus, tu travailles trop. Gabriel t'exploite. »
Si seulement elle savait. Si seulement elle savait que ce n'était pas du travail ordinaire. Que ce soir, j'allais être témoin du commencement d'une tragédie orchestrée de main de maître.
« Je sais, mon amour. Mais c'est important. Je t'appellerai plus tard. »
« Tu me promets que tu vas bien ? Tu as cette voix... cette voix que tu as quand quelque chose te tracasse. »
Mei me connaissait trop bien. Huit ans de mariage avaient créé entre nous une connexion que je ne pouvais pas tromper facilement.
« Je vais bien. Je te le promets. Je t'aime. »
« Moi aussi. Fais attention à toi. »
Après avoir raccroché, je me sentis encore plus mal. Mei était bonne. Pure. Elle voyait le meilleur en chaque personne. Si elle savait ce que je faisais en ce moment même, elle serait horrifiée.
Un taxi s'arrêta devant l'entrée de Voss Tower.
Mon cœur fit un bond.
Une femme en descendit, et même de loin, je la reconnus immédiatement. Élena Morel.
Je compris instantanément ce qu'elle essayait de faire. La robe noire moulante. Les talons aiguilles. Les cheveux cascadant sur ses épaules en vagues parfaites. Le maquillage subtil mais efficace. Elle s'était préparée. Elle venait en femme déterminée à séduire.
Pauvre idiote.
Elle ne savait pas qu'elle marchait directement dans la gueule du loup. Elle pensait être le chasseur, alors qu'elle était la proie depuis le début.
Je la regardai ajuster sa robe, respirer profondément pour se donner du courage, puis franchir les portes vitrées. Dès qu'elle disparut à l'intérieur, j'envoyai un message à Gabriel.
« Elle vient d'entrer. Exactement comme prévu. »
La réponse arriva instantanément.
« Parfait. Monte. Je veux que tu sois présent. Discrètement. »
Je fronçai les sourcils. Ce n'était pas prévu. Gabriel voulait gérer ce rendez-vous seul. Pourquoi changeait-il le plan maintenant ?
« Pourquoi ? »
« Au cas où elle essaie quelque chose. J'ai besoin d'un témoin. »
Quelque chose dans ce message me glaça. Gabriel anticipait-il une tentative de séduction ? Voulait-il un témoin pour se protéger... ou pour savourer davantage son triomphe ?
Je sortis de la voiture et traversai la rue. En entrant dans le hall d'accueil, je vis Élena discuter avec la réceptionniste. De près, elle était encore plus belle que sur les photos de surveillance que nous avions collectées. Des traits délicats, des yeux noisette expressifs, une élégance naturelle que même le stress évident ne parvenait pas à masquer.
Je compris soudain pourquoi Gabriel était tombé amoureux d'elle autrefois.
Et je compris aussi pourquoi sa trahison supposée l'avait détruit à ce point.
Je pris l'ascenseur de service et arrivai au dernier étage avant elle. Le bureau de Gabriel occupait tout l'espace : un open space design minimaliste dominé par du verre, de l'acier et une vue panoramique sur Paris. Froid. Impersonnel. Exactement comme Gabriel l'avait voulu.
Il se tenait face aux fenêtres, mains dans les poches, silhouette parfaitement immobile. Mais je connaissais assez mon patron pour détecter la tension dans ses épaules, la rigidité de sa posture.
Il était nerveux.
« Marcus. »
« Monsieur. »
Il se retourna. Son visage était un masque impénétrable, mais ses yeux... ses yeux trahissaient quelque chose. Une émotion qu'il essayait désespérément de réprimer.
« Tu vas t'installer dans la salle de réunion adjacente. Porte entrouverte. Tu pourras tout entendre. »
« Gabriel... » J'hésitai. « Es-tu certain de vouloir continuer ? Il est encore temps de— »
« Ne commence pas, Marcus. »
« Elle n'était pas impliquée dans ce que sa famille t'a fait. »
« Elle porte leur nom. Elle bénéficie de leur fortune. Elle est complice. »
« Elle avait vingt-deux ans à l'époque ! Comment aurait-elle pu être impliquée dans— »
« Suffit ! »
La violence de son ton me fit taire. Gabriel ferma les yeux, respira profondément, puis rouvrit les yeux avec ce regard de glace que je connaissais trop bien.
« Va dans la salle de réunion. Maintenant. »
Je hochai la tête et m'exécutai. Depuis la pièce adjacente, j'avais une vue partielle sur le bureau de Gabriel. Je m'installai dans l'ombre, invisible mais présent.
L'ascenseur émit un tintement.
Élena Morel venait d'arriver.
Je la vis entrer, hésitante d'abord, puis redressant les épaules comme pour se donner du courage. Ses yeux balayèrent la pièce avant de se poser sur Gabriel.
Et là, je vis quelque chose que je n'oublierai jamais.
Pendant une fraction de seconde, une microseconde, le masque de Gabriel tomba. Je vis passer dans ses yeux une tempête d'émotions : douleur, regret, désir, colère, amour. Tout en même temps. Un chaos d'émotions si intense que j'en eus le souffle coupé.
Puis le masque revint. Froid. Distant. Impénétrable.
« Mademoiselle Morel, je présume ? »
Sa voix était celle d'un inconnu s'adressant à une étrangère. Professionnelle. Neutre.
Élena s'avança, et je notai qu'elle tremblait légèrement. Mais sa voix était ferme quand elle parla.
« Gabriel. Merci de me recevoir. »
« Je vous en prie, asseyez-vous. » Il désigna un fauteuil face à son bureau. « Vous avez dit que c'était urgent. »
Elle s'assit avec une grâce étudiée, croisant les jambes d'une manière qui, je le savais, était calculée pour attirer l'attention. Gabriel ne broncha pas. Il s'installa derrière son bureau, créant une barrière physique entre eux.
« Oui, c'est... » Elle prit une inspiration. « C'est au sujet de mon frère. Et de notre entreprise familiale. Nous... nous traversons une période difficile. »
« Je vois. » Gabriel joignit ses mains sous son menton. « Et en quoi cela me concerne-t-il ? »
« Tu... » Elle se reprit. « Vous êtes l'un des financiers les plus influents du pays. Vous avez le pouvoir d'aider des entreprises en difficulté. Je pensais que peut-être... »
« Vous pensiez que je vous ferais une faveur ? » Un sourire sans chaleur. « Mademoiselle Morel, je ne suis pas une œuvre de charité. Je suis un homme d'affaires. Si je dois investir dans une entreprise, c'est parce qu'elle est rentable. Pas parce que quelqu'un me le demande gentiment. »
Je vis Élena se raidir. Elle ne s'attendait pas à une telle froideur. Bien sûr que non. Dans ses souvenirs, Gabriel était probablement quelqu'un de chaleureux, d'attentionné, d'aimant.
Cet homme face à elle était un étranger.
« Je comprends, » dit-elle lentement. « Mais notre entreprise était rentable. Très rentable. Jusqu'à ce que... »
« Jusqu'à ce que votre frère commette des fraudes fiscales et du détournement de fonds ? » Gabriel haussa un sourcil. « Oui, j'ai entendu parler de ça. C'est dans tous les journaux financiers. »
« Mon frère est innocent ! »
L'éclat de sa voix résonna dans le bureau. Élena se leva brusquement, les poings serrés.
« Julien n'a rien fait de mal. Quelqu'un a monté un coup contre lui. Quelqu'un veut la destruction de notre famille. »
Gabriel resta impassible.
« Des accusations graves. Avez-vous des preuves ? »
« Non, mais— »
« Alors ce ne sont que des spéculations. » Il se leva à son tour, contournant le bureau pour se rapprocher d'elle. « Écoutez, mademoiselle Morel. Je sympathise avec votre situation. Vraiment. Mais je ne peux pas risquer ma réputation en m'associant à une entreprise sous le coup d'une enquête judiciaire. »
« S'il te plaît. »
Le « tu » lui avait échappé. Sa voix s'était brisée. Et soudain, Élena ne fut plus la femme séduisante en robe noire. Elle redevint ce qu'elle était vraiment : une jeune femme désespérée, terrifiée, au bord du gouffre.
« S'il te plaît, Gabriel. Je sais que tu prétends ne pas te souvenir de moi. Je sais que tu dis que nous sommes des étrangers. Mais quelque part, au fond de toi, il doit rester quelque chose. Une trace. Un sentiment. Nous... nous avons été tout l'un pour l'autre. »
Gabriel resta silencieux. Je le vis serrer légèrement la mâchoire. Le seul signe qu'il luttait contre quelque chose.
« Je ne me souviens pas de vous, » dit-il finalement.
« Mens. » Une larme roula sur la joue d'Élena. « Tu mens. Je le vois dans tes yeux. »
« Vous vous trompez. »
« Gabriel, je t'en supplie. Si tu m'as aimée ne serait-ce qu'un seul jour de ta vie, si j'ai compté ne serait-ce qu'un peu pour toi, aide-moi. Aide ma famille. Je ferais n'importe quoi. N'importe quoi. »
Là. Le mot qu'il attendait. « N'importe quoi. »
Je vis Gabriel se rapprocher d'elle, réduisant la distance entre eux à quelques centimètres. Il leva une main et, avec une lenteur délibérée, essuya la larme sur sa joue.
« N'importe quoi ? » murmura-t-il.
Élena hocha la tête, le regard plein d'espoir.
« Très bien. » Gabriel recula d'un pas. « J'ai une proposition pour vous. »
« Je t'écoute. »
« Je suis prêt à investir dans l'entreprise de votre frère. À payer ses dettes. À faire disparaître les charges qui pèsent contre lui. Je peux tout arranger. »
« Vraiment ? » Le soulagement illumina son visage. « Tu ferais ça ? »
« À une condition. »
Le soulagement s'évanouit, remplacé par l'appréhension.
« Laquelle ? »
Gabriel la regarda droit dans les yeux.
« Devenez ma maîtresse. »
Le silence qui suivit fut assourdissant.
Élena cligna des yeux, comme si elle n'était pas sûre d'avoir bien entendu.
« Quoi ? »
« Vous m'avez entendu. Je sauverai votre famille. En échange, vous m'appartiendrez. Totalement. Physiquement. Émotionnellement. Vous serez à moi quand je le voudrai, comme je le voudrai. »
« Tu... tu es sérieux ? »
« Parfaitement. » Il retourna s'asseoir à son bureau, reprenant cette posture de businessman froid et calculateur. « Considérez cela comme une transaction commerciale. Vous avez quelque chose dont j'ai envie. J'ai quelque chose dont vous avez besoin. Un échange équitable. »
Je vis Élena vaciller. Elle dut s'appuyer au bureau pour ne pas tomber.
« Je ne suis pas... je ne suis pas une marchandise. »
« Non. Vous êtes une femme désespérée prête à tout pour sauver sa famille. Vous venez de le dire vous-même. N'importe quoi. Eh bien, voilà ce que je demande. »
« C'est de la prostitution. »
« C'est un contrat. » Gabriel ouvrit un tiroir et en sortit un document déjà préparé. Bien sûr qu'il l'avait préparé. Tout cela faisait partie du plan. « Un contrat d'un an. Pendant un an, vous serez à ma disposition. En échange, je m'occupe de tous les problèmes de votre famille. À la fin de l'année, vous serez libre de partir. »
Élena regarda le document comme s'il s'agissait d'un serpent venimeux.
« Et si je refuse ? »
« Alors votre frère ira en prison. Votre mère perdra tout. Votre nom sera traîné dans la boue. Vous perdrez tout. » Il haussa les épaules. « Le choix vous appartient, mademoiselle Morel. »
Je ne pouvais plus supporter ça. J'étais sur le point de sortir de ma cachette, de mettre fin à cette mascarade, quand Élena parla.
« D'accord. »
Gabriel fronça légèrement les sourcils, surpris par la rapidité de sa réponse.
« D'accord ? »
« J'accepte. » Elle redressa les épaules, essuyant ses larmes. « Je serai ta maîtresse. Pendant un an. En échange, tu sauves ma famille. »
« Vous réalisez ce que vous acceptez ? »
« Oui. » Son regard se durcit. « Et toi, tu réalises ce que tu demandes ? Parce que si tu penses pouvoir me briser, Gabriel Voss, tu te trompes. Je suis plus forte que tu ne le crois. »
Pour la première fois, je vis Gabriel sourire. Un vrai sourire. Pas celui froid et calculateur qu'il arborait depuis le début. Un sourire qui trahissait... de l'admiration ?
« Nous verrons. » Il poussa le contrat vers elle. « Signez. »
Élena prit le stylo et, sans même lire le document, apposa sa signature au bas de la page.
« C'est fait. »
« Parfait. » Gabriel rangea le contrat. « Vos problèmes seront réglés d'ici la fin de la semaine. »
« Et... » Elle hésita. « Et quand... quand veux-tu... »
« Vous réclamez ? » Un sourire carnassier. « Bientôt, mademoiselle Morel. Très bientôt. Pour l'instant, rentrez chez vous. Prenez soin de votre mère. Dites à votre frère que tout va s'arranger. Je vous contacterai. »
Élena hocha la tête, se dirigea vers l'ascenseur, puis se retourna une dernière fois.
« Gabriel... tu te souviendras de moi. Je te le promets. Avant la fin de cette année, tu te souviendras de qui je suis vraiment. »
Elle disparut dans l'ascenseur, le laissant seul.
Dès que les portes se refermèrent, Gabriel s'effondra dans son fauteuil, passant une main tremblante dans ses cheveux.
« Merde. Merde. Merde. »
Je sortis de ma cachette et m'approchai.
« Gabriel... »
« Je sais ce que tu vas dire. »
« Tu es allé trop loin. »
« J'ai fait ce qui devait être fait. »
« Tu l'as transformée en ta propriété ! En un objet ! Ce n'est pas de la vengeance, Gabriel. C'est de la cruauté gratuite. »
Il leva les yeux vers moi, et ce que je vis me glaça. Il y avait de la souffrance dans son regard. Une souffrance immense.
« Tu crois que je ne le sais pas ? » Sa voix se brisa. « Tu crois que je ne me déteste pas pour ce que je viens de faire ? »
« Alors pourquoi l'avoir fait ? »
« Parce que... » Il ferma les yeux. « Parce que je ne peux pas m'arrêter, Marcus. C'est parti trop loin. J'ai mis trop de choses en mouvement. Si je recule maintenant, tout ce que j'ai construit, tout ce que j'ai sacrifié ces trois dernières années n'aura servi à rien. »
« Et si la vengeance ne valait pas le sacrifice ? »
Gabriel ne répondit pas. Il resta là, enfoncé dans son fauteuil, regardant dans le vide.
Je sus alors que mon patron, mon ami, l'homme qui m'avait sauvé la vie, était en train de se détruire lui-même.
Et le pire ? Il le savait. Il le savait et il continuait quand même.
Parce que c'était plus facile de haïr que de pardonner.
Plus facile de se venger que de guérir.
Plus facile de briser que de reconstruire.
Je quittai le bureau sans un mot, le laissant seul avec ses démons.
En sortant de Voss Tower, je regardai la ville illuminée par les lumières du soir. Quelque part là-bas, Élena Morel rentrait chez elle, probablement en pleurs, se demandant ce qu'elle venait d'accepter.
Et quelque part dans ce building derrière moi, Gabriel Voss se demandait s'il pourrait vraiment aller jusqu'au bout de son plan.
Moi, Marcus Chen, je savais qu'une chose était certaine.
Cette histoire ne se terminerait pas bien.
Personne n'en sortirait indemne.
Pas Gabriel. Pas Élena. Pas moi.
Nous étions tous pris dans une spirale de vengeance et de douleur dont je ne voyais pas l'issue.
Et le pire restait à venir.
Chapitre 42LE POINT DE VUE DE JULIEN La lueur bleutée du petit matin filtrait à travers les stores de l’appartement de Sylvie, dessinant des lignes pâles sur le désordre de nos vêtements éparpillés au pied du lit. L’air était tiède, chargé d’un silence paisible et du parfum de sa peau sur mes draps. Elle était blottie contre mon épaule, un bras jeté sur ma poitrine, ses doigts traçant des cercles absents sur mon torse. Le monde semblait s’être arrêté, réduit à cette pièce, à cette paix.Mais mon esprit, lui, ne savait pas s’arrêter. C’était à la fois une force et une malédiction. Alors que la chaleur de son corps commençait à me berter vers le sommeil, une pensée a fait surface, têtue et glaciale. L’après. Toujours l’après.Je me suis tourné sur le côté, l’enveloppant un peu plus. Sa nuque sentait le shampooing et la sueur douce.« Sylvie ? » ai-je murmuré, ma voix encore rauque de sommeil et d’intimité.« Mmmh ?— Maintenant qu’Élena est hors de la course… qu’est-ce que tu comptes
Chapitre 41 :Une victoire, deux goûtsLE POINT DE VUE DE Julien L’appartement de Sylvie sentait le cèdre et le thé vert, avec en fond une vague odeur de vieux livres — une odeur qui, bizarrement, me rassurait toujours. La dernière lueur du soir filtrait à travers les stores, dessinant des raies dorées sur le parquet. Et au milieu du salon, il y avait elle, un sourire large aux lèvres et deux flûtes à champagne à la main.« Alors ? » a-t-elle lancé, les yeux brillants de malice. « Tu réalises, Julien ? C’est plié. Finito. Élena et Gabriel c'est fini . »J’ai pris la flûte qu’elle me tendait, nos doigts se frôlant une seconde de trop. Un courant, comme toujours.« Je réalise, oui. Surtout quand je vois ta tête de chat qui a avalé la canari. » J’ai levé mon verre. « À nous. Et à ton génie diabolique. »« À notre génie diabolique, corrige. Sans ton calme, il aurait flanché au dernier moment. »On a trinqué. Le champagne était frais, pétillant, à l’image de l’énergie entre nous. On a parl
Chapitre 40 : Le Retour Désespéré[Point de vue : Gabriel Voss - Shanghai, Chine - 4h30 du matin]Je fixai mon téléphone, incrédule.« Numéro bloqué. »Élena m'avait bloqué.Ma main trembla tellement que je faillis lâcher l'appareil.Quelle vidéo ? De quoi parlait-elle ?Je relus nos derniers échanges, mon cœur battant à tout rompre.« J'ai vu la vidéo. »« La vidéo de toi et Sylvie. Hier. Dans son appartement. »Hier.J'étais arrivé à Shanghai avant-hier. J'avais passé toute la journée d'hier en réunions avec les partenaires chinois. Comment aurais-je pu être avec Sylvie ?C'était impossible.Absolument impossible.Mais Élena semblait convaincue. Tellement convaincue qu'elle était partie. Qu'elle m'avait bloqué. Qu'elle avait dit que c'était fini.Non. Non, non, non.Je composai le numéro de Marcus. Il était 21h30 à Paris. Il répondrait.Il le fallait.« Gabriel ? » Sa voix était alerte. « Qu'est-ce qui se passe ? »« Marcus. » Ma voix se brisa. « Il faut que tu ailles chez moi. Main
CHAPITRE 39 LE POINT DE VUE DE Sylvie DuchampJ'avais passé toute la nuit à éditer les vidéos. Chaque angle. Chaque plan. Chaque moment devait être parfait.Et maintenant, à 10 heures du matin, c'était fait.Je regardai le fichier final sur mon écran. Quinze minutes de "Gabriel Voss" me faisant l'amour. De lui m'embrassant passionnément. De nous, enlacés dans mon lit.C'était parfait. Tellement parfait que même moi, qui connaissais la vérité, j'avais du mal à voir la différence.Le masque était invisible sous angle. Les mouvements de Julien étaient convaincants. Sa voix, assourdie par la passion, ressemblait assez à celle de Gabriel.Personne ne pourrait douter que c'était lui.Personne.Je créai un compte email temporaire. Anonyme. Intraçable.Puis je composai le message.« Chère Élena,"Je pense que tu devrais voir ça. Je suis désolée d'être celle qui te montre la vérité, mais tu mérites de savoir qui est vraiment l'homme avec qui tu vis." J'attachai le fichier vidéo.Mon doigt pl
Chapitre 38LE POINT DE VUE DE JULIEN Nous étions allongés dans le lit, nos corps enchevêtrés, nos respirations encore saccadées.Mon Dieu.Je n'avais jamais... jamais ressenti quelque chose comme ça.Sylvie était... il n'y avait pas de mots. Incroyable. Experte. Passionnée. Sensuelle au-delà de tout ce que j'avais connu.Chaque mouvement avait été parfait. Chaque toucher, électrique. La façon dont elle avait réagi à moi, dont nos corps s'étaient imbriqués... c'était comme si nous avions été faits l'un pour l'autre.Je n'avais jamais connu une femme comme Sylvie.Jamais.Elle se tourna vers moi, ses doigts traçant paresseusement des motifs sur mon torse.« C'était... » Elle sourit. « Parfait. »« Oui. » Ma voix était rauque. « Parfait. »« Les caméras ont tout enregistré. » Elle se redressa sur un coude, me regardant. « Chaque seconde. Chaque gémissement. Chaque moment. »La réalité me frappa soudainement.Les caméras. Élena. Le plan.Qu'est-ce que j'ai fait ?Mais avant que je puiss
Chapitre 37 : Le Jour JPoint de vue : Julien Morel14 heures. Pile.Je me tenais devant la porte de l'appartement de Sylvie, le masque dans une main, mon cœur battant si fort que je craignais qu'on puisse l'entendre dans le couloir.C'était le moment. Plus de retour en arrière possible.J'avais passé la nuit dernière éveillé, me retournant dans mon lit, rejouant la "répétition" dans ma tête. Le goût des lèvres de Sylvie. La douceur de sa peau. La façon dont son corps s'était cambré sous mes mains.*Mon Dieu.*Je frappai à la porte.Elle ouvrit presque immédiatement, comme si elle m'attendait juste derrière.« Julien. » Son sourire était électrique. « Entre. Vite. »Je pénétrai dans l'appartement. Tout était exactement comme hier, sauf que maintenant, je remarquai les détails. De petites caméras dissimulées. Une sur l'étagère du salon. Une autre camouflée dans un cadre photo. Probablement d'autres dans la chambre.« Tu les vois ? » demanda Sylvie en suivant mon regard.« Oui. »« Parf







