MasukPlus tard, je monte à mon tour. La chambre est fermée. Pas verrouillée, mais fermée. Je frappe doucement.— Éleni ?Pas de réponse. J'ouvre doucement. Elle est assise sur le lit, les jambes repliées, les bras autour de ses genoux. Elle ne pleure pas. Elle me regarde entrer, silencieuse.Je m'assois sur le bord du lit, à distance respectueuse. Ma main blessée repose sur ma cuisse, enveloppée dans un mouchoir improvisé.— J'ai besoin de te poser une question, dit-elle enfin.— Je t'écoute.
Léandros.Il est là, sur le seuil, le visage déformé par la rage, les yeux deux lames grises, sa main déjà sous sa veste, déjà sur son arme.— Ôte ta main de ma femme. Tout de suite.Sa voix est un mur, une montagne, un séisme. Rien ne bouge dans la pièce, même l'air semble s'être solidifié.Markos retire sa main, lentement, sans hâte. Il se tourne vers Léandros, un sourire mauvais aux lèvres.— Léandros. Déjà de retour. Quel dommage. Nous commencions
ÉleniL'accord est signé.Je l'apprends au petit-déjeuner, par une phrase lâchée négligemment entre deux gorgées de café. Léandros semble soulagé, presque détendu. Les docks sont partagés, les contacts internationaux acquis, le bénéfice mutuel. Markos repart ce soir, tout rentre dans l'ordre.Mais rien ne rentre dans l'ordre. Pas vraiment.Markos est toujours là, dans la maison, dans le parc, dans mon champ de vision. Il traîne, retarde son d&ea
Elle serre mon bras, ses ongles s'enfoncent légèrement dans le tissu de ma veste.— Et si je tombe ? Et si c'est plus fort que moi ?— Alors je te rattraperai. Toujours.Elle hoche la tête, respire profondément, retourne vers les invités. Son sourire est de nouveau en place, éclatant, factice.Je sais qu'elle souffre. Je sais qu'elle a peur. Je sais que chaque minute passée sous le regard de Markos est une torture. Mais je ne peux rien faire. Pas encore. Pas tout de suite.La nuit porte conseil, dit-on. La mienne portera vengeance.
Léandros se fige. Quelque chose passe dans ses yeux, une lueur dangereuse.— Il ne te prendra rien. Ni toi, ni le port, ni quoi que ce soit. Je m'en occupe.— Comment ?— Laisse-moi faire. Fais-moi confiance.Je voudrais lui dire que la confiance, c'est justement ce qui nous manque. Que chaque jour, je doute un peu plus de ce monde, de cette vie, de nous. Mais les mots ne sortent pas. Alors je hoche la tête, je me tais, je m'endors contre lui.Et je rêve encore de Markos. De ses mains. De son sourire.
ÉleniSon nom est Markos Vérénis.Il arrive au domaine par un après-midi pluvieux, dans une berline noire précédée par deux motos. Je l'observe depuis la fenêtre de la bibliothèque, mon livre abandonné sur les genoux. Il descend de la voiture avec la lenteur calculée de ceux qui savent qu'on les regarde.Léandros est à mes côtés, silencieux, tendu. Sa main serre le dossier de mon fauteuil, les jointures blanchies.— Qui est-ce ?— Un associé. Ancie
LéandrosLa nuit est un vide bruissant. Le manoir dort, ou fait semblant. Moi, je veille, prisonnier d’une cellule dont les murs sont faits de son souvenir. Le whisky ne fait qu’attiser le feu au lieu de l’éteindre.Toute la nuit, je pense à elle.Je pense à cette trace de fusain sur sa joue, un st
LéandrosJe l’ai observée toute la journée. Daphné m’a rapporté qu’elle n’avait touché à son petit-déjeuner que du bout des lèvres, qu’elle était restée des heures à la même fenêtre, immobile, les traits tirés. Les séquelles du dîner. Le conflit interne. C’est bon signe. Le calme avant une nouvelle
LeandrosLe dîner arrive. Elle mange par petites bouchées, avec une réticence qui faiblit à mesure que les saveurs l’envahissent. Je la vois lutter. Lutter contre le plaisir de la nourriture, contre la beauté du lieu, contre la sensation presque normale de ce dîner. Chaque bouchée est une petite tr
EléniLe temps a pris une texture nouvelle depuis la sortie au village. Il s’étire et se rétracte non plus selon la lumière du soleil, mais selon l’attente de la prochaine permission. Deux heures. Demain. Ces mots tournent dans ma tête, à la fois oasis et rappel du désert qui les entoure.Je suis à







