LOGINLilithLa réunion avec le ministre de l'Intérieur a lieu dans un restaurant étoilé, un lieu de velours et de chuchotements où les destins se scellent entre deux bouchées de foie gras. Damian est à son apogée : charmeur, érudit, dégageant une autorité si naturelle qu'elle en semble presque bienveillante. Je suis à ses côtés, son sourire en miroir, son rire calculé. Je joue mon rôle à la perfection.Le ministre, un homme aux cheveux gris et au regard fatigué, est séduit. Nous parlons de politique, d'économie, des défis de la nation. Puis, subtilement, Damian glisse la conversation vers les "problèmes de sécurité" entravant certains de nos projets d'infrastructure. Des procédures d'approbation "trop lentes". Des enquêtes "inutilement zélées".Le ministre comprend. Son sourire se fige légèrement. — La loi est la loi, Damian.— Bien sûr, Excellence, répond Damian avec un sourire désarmant. Mais la loi doit servir le progrès, pas l'entraver. Un pays a besoin d'hommes d'action. Comme vous.
LilithLes leçons de Damian deviennent plus intimes, plus invasives. Il ne se contente plus de mon esprit. Il veut tout. Mon corps, mes réactions, mes peurs les plus profondes. C'est une violation bien pire que celle de Cain. Cain prenait par la force. Damian prend par la persuasion, par une emprise psychologique si totale qu'elle en devient physique.Un soir, après une journée épuisante à démanteler les défenses d'une entreprise rivale, il me rejoint dans l'appartement. Je suis adossée au canapé, les yeux fermés, essayant de chasser la migraine qui me tenaille.— Vous êtes tendue, observe-t-il, sa voix trop proche.Je ouvre les yeux. Il se tient devant moi, ayant franchi l'espace sans un bruit. Son regard parcourt mon corps, non avec le désir brut de Cain, mais avec l'attention clinique d'un sculpteur examinant son marbre.— Les migraines sont souvent le symptôme d'une résistance intérieure, poursuit-il. Votre subconscient se rebelle contre l'inévitable.— Je suis juste fatiguée.— N
LilithL'appartement est une prison de luxe. Des murs blancs, des meubles design, une vue imprenable et mortelle sur la ville. Aucun objet pointu. Aucun cordon de rideau. Même les verres sont en plastique incassable. Damian a pensé à tout.Le lendemain, l'éducation commence. Ce n'est pas une métaphore. C'est un lavage de cerveau méthodique, une reprogrammation.Il ne me parle plus de violence, de territoires ou de sang. Il parle de marchés, de fusions, de capitaux, d'influence. Il me fait étudier des dossiers qui semblent légitimes : acquisitions d'entreprises, contrats gouvernementaux, œuvres de charité. Mais à y regarder de plus près, je vois les ficelles. Le chantage élégant. La corruption déguisée en lobbying. La mainmise sur des secteurs clés de l'économie.— Le vrai pouvoir, Lilith, n'est pas de faire peur au petit trafiquant, m'explique-t-il pendant que nous analysons les comptes d'une société pharmaceutique. C'est de contrôler le prix des médicaments qui sauvent des vies. C'es
LilithLa révélation me laisse plus morte que vivante. Les jours qui suivent sont un cauchemar éveillé. Chaque reflet dans une vitrine, chaque ombre dans une ruelle, porte son visage. Je ne dors plus. Je mange à peine. Le café de Georges devient un enfer. Le simple fait de servir un client me terrifie. Est-ce l'un des siens ? Est-ce lui, déguisé ?Je suis redevenue la proie. La petite chose tremblante du manoir. Tout le pouvoir que j'ai conquis, toute la froideur que j'ai cultivée, se sont évaporés, laissant place à une terreur pure, enfant presque.Une semaine après son apparition, une nouvelle enveloppe. Toujours sous ma porte. Cette fois, un ticket de train. Aller simple pour la ville. Mon ancienne ville. Le nid du serpent.Au dos, un mot : "Il est temps de rentrer à la maison, Lilith."Le choix n'en est pas un. Refuser, c'est signer l'arrêt de mort de tous ceux qui ont croisé ma route : Leo, Thomas, Georges. Damian n'a pas besoin de menaces explicites. Sa simple existence est une
LilithLes semaines s'étirent, se transformant en un étrange simulacre de normalité. Je travaille maintenant à temps partiel pour Georges, au café. Des tâches simples : servir, nettoyer, compter la caisse. Il ne pose pas de questions sur mon passé, et je lui en suis reconnaissante. Les clients m'appellent "Lili". Un nom simple, inoffensif. Il me va comme un vêtement trop grand, mais je m'y habitue.La mer, le vent, le rythme lent de la ville commencent à user les arêtes vives de ma terreur. Je dors mieux. Je sursaute moins. Parfois, pendant de brefs instants, j'oublie le sang et le pouvoir.C'est une illusion.Un soir, alors que je ferme le café seul, Georges étant parti plus tôt, l'orage gronde au large. La pluie fouette les vitres. Je verrouille la porte et éteins les lumières, plongeant la petite salle dans une pénombre bleutée.C'est alors que je le vois.Reflété dans la vitre noire de la porte.Debout sur le trottoir d'en face, immobile sous la pluie battante.Un homme grand, la
LilithL'air frais de la nuit me frappe le visage comme une gifle salvatrice. Je émerge des tunnels dans un parc à l'abandon, à plusieurs pâtés de maisons du manoir. Derrière moi, la silhouette massive de ma prison, de mon royaume, se dresse contre le ciel étoilé. Je ne me retourne pas.Je marche d'un pas vif, la capuche de mon manteau remontée, me fondant dans les ombres. Le sac à dos contient tout ce qui reste de Lilith Valois : de l'argent, des passeports, une arme, et la photo froissée de Thomas. Le reste – le pouvoir, la peur, la respect – est parti en fumée.La trahison de Silas et des autres ne me surprend plus. Dans ce monde, la loyauté est une denrée qui s'achète, et ma monnaie avait perdu de sa valeur. Leur décision était pragmatique. Je leur en veux presque moins qu'à moi-même.Je trouve une voiture discrète garée dans une rue voisine, comme prévu dans mon plan de fuite. Les clés sont sur la roue. Je démarre et je m'éloigne, sans un regard en arrière.Où vais-je ? Je ne sai







